Samedi à Paris, les "gilets jaunes" ont dédié leur douzième journée de mobilisation aux personnes blessées depuis mi-novembre lors des manifestations. Parmi ces dernières, Antoine, amputé de la main, devait prendre la parole publiquement. Une agression l'en a dissuadé.

Antoine, blessé à Bordeaux par une grenade qui lui a coûté sa main.
Antoine, blessé à Bordeaux par une grenade qui lui a coûté sa main. © Radio France / Thibault Lefèvre

C'était l'une des figures de cette manifestation en hommage aux blessés du mouvement des "gilets jaunes". Ce samedi à Paris, Antoine a été agressé en marge du cortège par une personne qu'il soupçonne d'être d'extrême droite.

"J'étais à Paris aujourd'hui pour manifester contre les violences policières, avec d'autres blessés, tout à l'avant du cortège" raconte ce Bayonnais de 26 ans, amputé de sa main droite après l’explosion d’une grenade qu’il essayait de renvoyer sur les forces de l’ordre, à Bordeaux, le 8 décembre dernier. 

Alors qu'il s'écarte un instant des manifestants, accompagné de son frère, pour acheter des cigarettes, Antoine est approché par un homme d'une vingtaine d'années, "tout sourire". "Il était blond, il présentait bien, avec un imperméable beige, des cheveux courts. Il avait l'air gentil, Il m'a demandé si j'étais anti-fasciste. Je suis non violent, alors j'ai répondu 'oui'. Immédiatement, il m'a décoché une droite qui m'a explosé le nez. Je saignais de partout."

Son agresseur prend la fuite et Antoine est guidé par son frère vers une pharmacie. Alertés par l'agitation, des policiers viennent à leur rencontre. "Cette fois-ci, les policiers ont été compréhensifs" souligne-t-il. "Ils ont pris ma déposition, ils m'ont demandé si je voulais porter plainte. Ils ont voulu vérifier si ce n'était pas quelqu'un des forces de l'ordre qui m'avait agressé, notamment en me demandant si mon agresseur portait un brassard rouge."

Son nez n'est pas cassé, il s'en tire avec le visage tuméfié et gonflé. Mais surtout, il demeure choqué par l'agression, au point de ne plus retourner dans le cortège

"Peut-être qu'il m'a agressé parce que je devais prendre la parole"

Antoine, amputé de la main droite : "Je n'ai pas été agressé par hasard"
Antoine, amputé de la main droite : "Je n'ai pas été agressé par hasard" © Radio France / Thibault Lefèvre

Antoine devait prendre la parole place de la Bastille au nom des blessés du mouvement et pour lui, cette agression n'a rien d'un "hasard" :  "Je ne sais rien de ses motivations, mais peut-être qu'il m'a reconnu. Il est venu me voir moi, pas mon frère qui était avec moi, ni mon ami qui nous accompagnait" affirme-t-il. 

"Peut-être [qu'il m'a agressé] parce que je devais prendre la parole ou parce que je représente les blessés... Chacun des blessés qui est là pour réclamer l'interdiction de ces grenades est une cible potentielle pour des gens qui ne sont pas d'accord" suppose-t-il, sans pouvoir l'assurer. "Ou peut-être qu'il m'a simplement agressé parce que récemment, je me suis teint les cheveux en rose et que je devais représenter quelque chose qui lui déplaisait."

Pour Antoine, ce geste "gratuit" ne peut, au regard du contexte, que venir de quelqu'un qui appartient à la branche "violente de l'extrême droite" : "Je pense très clairement [que] quelqu'un d'extrême gauche qui vous demande si vous êtes 'antifa' et à qui on répond 'oui', il ne va pas vous taper dessus. Même quelqu'un de droite [modérée], pour moi c'est de l'extrême-droite et c'est la branche clairement violente."

"On a essayé de me bâillonner"

Remis de sa frayeur, le Bayonnais déplore ces comportements qui viennent brouiller le message des manifestants. "On parle des casseurs mais pour moi, ces gars-là sont bien plus dangereux. Ils ne s'attaquent pas à des bâtiments ou des voitures, ils s'attaquent à des gens."

"Ça me révolte de savoir que parmi les 'gilets jaunes', il y a des gens qui sont capables de telles choses, qui desservent complètement le mouvement." poursuit-il, amère. "Chaque fois qu'une personne se fait agresser, que ce soit par des policiers ou par d'autres manifestants, c'est à chaque fois une perte dans le combat pour une justice sociale."

Mais loin de le décourager, l'agression a renforcé l'envie d'Antoine de se "battre pour que ce genre de choses n'arrive plus" : "Pour moi c'est très effrayant et en même temps, c'est pas parce que j'ai peur que je vais abandonner. Là on a essayé de me faire taire, on a essayé de me bâillonner et techniquement ça a réussi, mais je sais que chaque autre blessé qui était avec moi va continuer à prendre la parole aujourd'hui et moi-même, je vais continuer les prochains jours. On va continuer le combat."

De la manifestation ce samedi Antoine garde aussi un autre sentiment, vis à vis, cette fois, des "leaders" du mouvement. Lui qui a pu rencontrer les têtes d'affiche des "gilets jaunes", et notamment Eric Drouet, décrit un homme qui s'est mis en avant lors de la manifestation, sans considération pour les blessés, des blessés qui ont même été "bousculés" par son service d'ordre. "C'était le chaos, j'ai senti que je n'avais pas ma place dans cette manifestation. Le service d'ordre autour d'Eric Drouet était assez effrayant, il ne m'inspirait pas confiance. Je ne connais pas Eric Drouet, je ne sais pas qui il est, mais je ne pense pas avoir envie d'avoir à nouveau affaire à ces personnes-là."

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