Six mois après, quel bilan du changement de mode de calcul des APL ? La réforme a fait des gagnants et des perdants. Les jeunes allocataires et notamment les jeunes actifs, sont, selon plusieurs associations, le segment le plus touché, avec des pertes parfois importantes. Elles interpellent le gouvernement.

Le nouveau calcul des APL est plus défavorable aux jeunes actifs
Le nouveau calcul des APL est plus défavorable aux jeunes actifs © AFP / Riccardo Milani / Hans Lucas

Ils s'appellent Loïc, Camille, Anaël, Laurendy ou Jordan... Tous ont entre 20 et 30 ans, et tous ont vu leur APL (Aide personnalisée au logement) baisser ces derniers mois, dans des proportions non négligeables. Cuisinier payé autour du Smic, au chômage partiel cet hiver, Laurendy a constaté une baisse de ses aides de 372 à 179 euros. Camille, en CDI temps partiel chez McDo de 262 à 128 euros, rendant, dit-il, "les fins de mois difficiles". Logé en résidence étudiante, Loïc, sans emploi il y a 2 ans et aujourd'hui un peu au-dessus du salaire minimum, dans le secteur de la ferronnerie, à La Rochelle, a lui aussi vu fondre ses APL à deux reprises.

Un ancien mode de calcul très favorable aux jeunes entrant sur le marché du travail

Pour Loïc, la baisse est de plus de 200 euros au total : "Je trouve ça dur, parce que je n'étais pas préparé. Avec l'ancien mode de calcul basé sur les revenus d'il y a 2 ans, j'aurais continué à toucher des APL plein pot pendant deux années. Sachant que mon loyer tourne autour de 400 euros, c'est une sacré somme en moins. Ce sont inévitablement des loisirs en moins, de la qualité de nourriture en moins." Il ajoute :

"Dire aux jeunes qu'ils n'auront plus les même droits que leurs grands frères et leurs grandes sœurs, c'est un peu rude quand même. Surtout aujourd'hui avec le Covid qui a compliqué tous leurs projets."

Il faut dire qu'avec l'ancien mode de calcul, les primo-accédants sur le marché du travail bénéficiaient de fait d'un coup de pouce, "une sorte de prime à l'installation", acquiesce Eddie Jacquemart de la Confération Nationale du Logement. "Quel que soit leur salaire, leur APL était calculé sur l'époque où ils étaient étudiants. Le système leur était donc relativement favorable. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, alors même qu'on ne cesse de répéter que la jeunesse doit être soutenue", déplore ce représentant associatif.

Baisse de 38 euros en moyenne ?

"Non seulement cette réforme aura bien permis de faire des économies", complète Marianne Auffret, directrice de l'Union Nationale pour l'Habitat des Jeunes qui représente un réseau de résidences pour jeunes travailleurs, "mais les jeunes sont effectivement les grands perdants du changement de mode de calcul", explique-t-elle. L'association a épluché les variations d'APL depuis janvier pour les 4000 jeunes hébergés dans ses structures, et le résultat est sans appel : la baisse est en moyenne de 38 euros par personne. Pour les jeunes actifs dont les revenus sont proches du Smic (entre 800 et 1300  euros), elle atteint même 95 euros. À cela s'ajoute, dit-elle, une instabilité de revenus, car le système s'actualise tous les trimestres. Or, les jeunes ont besoin de stabilité pour se projeter. Marianne Auffret s'indigne :

"Quand on se souvient du tollé qu'avait suscité la baisse d'APL de 5 euros au début du quinquennat, on ne peut pas passer sous silence ces pertes bien plus significatives !"

Pour Marianne Auffret de l'UNHAJ, comme pour Eddie Jacquemart de la CNL, il n'est pas trop tard pour corriger le tir. L'un et l'autre réclament une rencontre avec le gouvernement pour discuter de possibles ajustements qui permettraient d'amortir l'impact de la réforme. Parmi les propositions sur la table : mettre en place un système au forfait pour ces jeunes actifs. Une option qui n'est pas retenue à ce stade, répond-on dans l'entourage de la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon. En revanche, ce type de mécanisme a déjà été mis en place pour les étudiants, les apprentis et les jeunes en contrat de professionnalisation, indique-t-on.

L'exécutif prépare son propre bilan

Le gouvernement annonce par ailleurs avoir l'intention de publier d'ici fin juillet ses chiffres actualisés, complétant les premières estimations de la Caisse nationale d'allocations familiales. Elle relevait début juin, que 41% des allocataires avaient vu leur APL baisser, 26% augmenter, et un tiers n'avaient pas vu de changement. 8% des foyers sont sortis des APL en janvier, sous l'effet de la réforme mais pas seulement.

Sans rejeter les études menées par l'UNHAJ, l'exécutif précise que cet échantillon ne peut être considéré comme représentatif de la jeunesse dans son ensemble. Le fait que certains jeunes aient perdu des sommes significatives, assure-t-il, ne veut pas non plus dire que le nouveau système de calcul est forcément injuste.