Dans une note d'alerte tout juste rendue publique, les spécialistes du Conseil scientifique alertent sur les 4 ou 5 prochains mois, qui seront "particulièrement critiques" dans la gestion de la crise sanitaire. Trouver des stratégies de réaction est "urgent", selon eux.

Un CRS devant l'hôpital de la Timone à Marseille
Un CRS devant l'hôpital de la Timone à Marseille © AFP / Nicolas Tucat

Cette note a été transmise au gouvernement le 22 septembre dernier, soit la veille des annonces du ministre de la Santé sur les zones d'alerte maximale et renforcée et leurs conséquences, entre autres, sur les bars et restaurants. "La France est confrontée à une situation sanitaire dégradée", affirme d'emblée le conseil, et il est donc urgent d'agir.

Quatre à cinq mois "critiques"

Tout en reconnaissant que "la situation semble moins préoccupante qu'en mars dernier", le conseil scientifique estime que "les 4 ou 5 mois qui viennent" seront "particulièrement critiques" : "En raison de la reprise forte de la circulation du virus, en particulier dans certaines métropoles, alors même que les conditions climatiques vont favoriser la transmission", expliquent les experts.

Alors que le nombre quotidien de contaminations tourne autour de 9 000 à 13 000, le Conseil projette qu'il est très probablement en réalité de 25 000, en tenant compte des cas asymptomatiques et des personnes qui ne se font pas tester. Le tout cumulé à un doublement des hospitalisations tous les 16 jours, voire 8 jours dans certaines régions.

Quatre options, du laisser-faire au couvre-feu

Il est donc urgent d'agir, souligne le conseil, qui liste 4 options

  1. On ne change rien (ce qu'ils appellent la "stratégie de référence")

  2. On prend des "mesures différenciées" selon l'âge ou l'état de santé

  3. On mélange des mesures volontaires et contraignantes

  4. On prend des mesures plus fortes, de type couvre-feu

C'est la troisième option que le conseil propose d'adopter, avec une déclinaison au niveau territorial pour des durées et des horaires variables. Les mesures concernant les zones d'alerte maximale ou renforcée ont été annoncées par le gouvernement le lendemain de la remise de la note. Et on retrouve dans le document du conseil un fait évoqué aussi par le gouvernement : au niveau des jeunes, les rencontres dans les bars, restaurants et les fêtes extra universitaires sont responsables d'un nombre important de contaminations.

Il préconise aussi un plan de protection des Ehpad, avec un dépistage systématique et répété des personnels soignants et non soignants, tout en limitant volontairement le nombre de contacts sociaux (famille et amis). La note rappelle en effet que les réunions familiales ou amicales jouent aussi un rôle crucial dans la contamination.

Le Conseil scientifique répondait également à l'avance à une critique forte dans les territoires, en se prononçant à nouveau pour des "dispositifs de liaison incluant des formes de participation et de délibération citoyennes qui pourraient être implantées au niveau des grandes métropoles". Pour ne plus être accusé de prendre, depuis Paris, des décisions ayant des conséquences importantes sur certaines régions.

Si la progression ne ralentit pas, il y aurait d'ici le 1er novembre, par exemple, en Ile-de-France, 20 000 hospitalisations, et de 2 000 à 5 000 décès. Il y a urgence à agir, insiste le Conseil, puisque les effets ne seront visibles qu'au bout de 15 jours : tout retard se traduirait par des mesures ultérieures plus fortes. À la date de la remise de la note, le 22 septembre, le Conseil estimait aussi que la situation était encore contrôlable.