Dans une lettre, Anne Hidalgo alerte le gouvernement sur la situation des camps de réfugiés à Paris, qui grossissent à vue d’œil depuis le démantèlement de la Jungle de Calais.

Un réfugié dans le camp de Stalingrad à Paris
Un réfugié dans le camp de Stalingrad à Paris © AFP / Joël Saget

Il n'y aura plus de "Jungle" de Calais ce lundi. Après le démantèlement de ce camp de réfugiés géant de Calais qui a commencé la semaine dernière, le bidonville devrait être complètement rasé ce lundi. Les travaux de démolition ont repris dimanche matin. Plusieurs pelleteuses déblaient le site, désormais désert, qui a été touché par plusieurs incendies dans le courant de la semaine.

"L'évacuation de 5.000 personnes s'est déroulée dans les meilleures conditions", a déclaré samedi François Hollande, en visite dans le Maine-et-Loire. Le chef de l'Etat a assuré qu'il n'y aurait plus de camps de migrants en France. Et que le camp de Paris serait lui aussi évacué dans les prochains jours.

Jusqu'à 2.500 réfugiés dans le camp de Paris

En effet, à Paris, le camp qui s'étend de la station de métro Stalingrad à la station Jaurès, en passant par l'avenue de Flandres, grossit à vue d’œil. Dans une lettre envoyée la semaine dernière et dévoilée ce dimanche par France 5, la maire de Paris Anne Hidalgo a alerté les ministres de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et du Logement Emmanuelle Cosse sur "la situation humanitaire et sanitaire dramatique des migrants qui occupent depuis plus de deux mois les abords du métro Stalingrad".

Il y aurait quelque 2.500 migrants dans les campements parisiens, et "de nouveaux campements se sont reconstitués après chacune des opérations de mise à l'abri successives", selon Anne Hidalgo, qui dénonce ce qu'elle qualifie de méthode "qui consiste à attendre le point de rupture pour héberger".

"La même opération que pour Calais"

Samedi, François Hollande a assuré que les réfugiés de Paris n'étaient pas tous venus de Calais. "Il y en a peut-être eu quelques uns, concède-t-il, en revanche il y a eu un nouveau courant migratoire venant de Libye (...) qui se sont dirigés vers Paris", a-t-il déclaré, promettant "la même opération que pour Calais mais dans des conditions différentes" : les migrants relevant du droit d'asile seront hébergés dans des Centres d'accueil et d'orientation (il n'y en a aucun à Paris pour l'instant), les autres seront "raccompagnés".

L'évacuation du camp de Stalingrad, la trentième, devrait donc être la dernière. Mais à l'approche du démantèlement, c'est l'incertitude dans le campement. Les bénévoles ne savent plus trop quoi dire aux migrants : "A l'heure actuelle, comme c'est fait dans l'obscurité la plus complète, on ne sait jamais si ça va être une évacuation ou une opération de contrôle, tout le monde a peur", explique Loïc, l'un des bénévoles.

"Gigantesque loterie"

"Dès que je vois la police, j'ai peur : je ne sais pas s'ils vont m'emmener dans un hébergement ou dans un commissariat" explique Moussad, qui vient du Soudan. La peur d'être arrêtée s'ajoute aux mauvais échos des Centres d'accueil et d''orientation. Parmi les résidents du camp par exemple, deux Soudanais sont restés six semaines à Dreux avant d'être amenés à la Boulangerie, un centre pour SDF à Paris : "Ce n'est pas bien, on peut juste dormir, on doit partir tous les matins", explique l'un d'entre eux.

"Le système actuel est une gigantesque loterie : certains tirent les bons tickets, ça se passe bien, puis ils passent dans le pire, où on les met à la rue tous les jours, sans assistance juridique, sans cours de Français" (Loïc, bénévole)

Pour Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris en charge du logement, "la situation est devenue totalement inacceptable du point de vue de la ville de Paris, qui a fait plusieurs démarches vis-à-vis de l'Etat, on ne peut pas continuer comme ça". Le centre humanitaire de la Porte de la Chapelle, assure-t-il, aura vocation à accueillir le flux de réfugiés qui arrivent tous les jours à Paris. Il doit ouvrir prochainement.

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