Avec un trentième jour de grève ce vendredi 3 janvier, les opposants à la réforme des retraites ont passé le cap-record du mois complet de mobilisation ininterrompue. Les actions ont particulièrement touché les transports en commun et modifié les habitudes, mais aussi le bilan environnemental des usagers.

Très prononcée dans les transports, la grève a modifié nos habitudes de voyages en un mois. Avec ou sans pollution supplémentaire ?
Très prononcée dans les transports, la grève a modifié nos habitudes de voyages en un mois. Avec ou sans pollution supplémentaire ? © Richard, de Sakutin, Guez (AFP)

Record battu. Ce vendredi 3 janvier, la grève contre la réforme des retraites a passé le cap du mois de mobilisations partout en France, et ce sans la moindre interruption. À la SNCF, ça représente une durée historique, car le record précédent datait de 1986-87 : à l'époque, la grève avait duré 28 jours sans pause. Ici non plus, pas de trêve : même à Noël, les grévistes à la SNCF avaient annoncé un trafic ferroviaire perturbé, avec un TGV sur trois, trois TER sur 10 et un Transilien sur six.

C'est d'ailleurs dans les transports que cette grève s'est particulièrement fait sentir tout au long du mois, et qu'elle continue de le faire,  malgré une amélioration prévue dans les prochains jours selon un communiqué de la SNCF. Pour s'extirper du travail ou s'y rendre, pour aller fêter le réveillon ou le nouvel an en famille, pas de miracle, il a souvent fallu s'adapter et prendre la première option possible. Quitte à ne pas être trop regardant sur le bilan carbone de ses déplacements. Un mois après les premières perturbations, quelles observations en tirer ?

Sur les rails

En temps normal, la SNCF lance chaque jour 15 000 trains sur le réseau ferroviaire national, répartis comme suit selon les données partagées par le gouvernement :

  • Transiliens - 5 400 trains, 2,7 millions voyageurs
  • TER - 7 500 trains, 1 million voyageurs
  • TGV - 750 trains, 300 000 voyageurs
  • Intercités - 220 trains, 100 000 voyageurs

S'il est difficile d'établir un pourcentage général de trains ayant effectivement pris leur départ entre le 5 décembre 2019 et début janvier (chaque journée ayant ses perturbations différentes, et certains trajets étant remplacés par des bus), il est évident de constater que les voyageurs ont souvent dû trouver un plan B. Rien que sur le réseau Intercités, la SNCF évoque seulement 1 trajet sur 5 honoré en moyenne dans le courant du mois

D'après les chiffres de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), l'impact environnemental de nos voyages en train dépend énormément du type de wagon que l'on utilise

Les TER, trains les plus polluants, sont aussi les plus nombreux en temps normal. Pendant la grève, ces wagons régionaux ont oscillé entre une moitié et un quart de trajets disponibles ... et ont parfois été remplacés par des bus. Problème : c'est beaucoup plus polluant ! Un autocar interurbain dégage 177 gCO2/km selon l'Union des Transports Publics et Ferroviaires. C'est six fois plus que le TER qu'il remplace.

Au volant

Faut-il mentionner la voiture, plan B évident pour ceux qui s'étaient fait lâcher par leur train ? Un trajet dans son véhicule personnel est plus de 100 fois plus gourmand en CO2 qu'en TGV. Et des voitures, il y en a eu et pas qu'un peu, dans certaines grandes villes comme Paris. Le site Sytadin, géré par la Direction des routes d’Île-de-France (DIRIF), a recensé des records d'embouteillages dans la région au début du mouvement : jusqu'à 631 kilomètres le lundi 9 décembre, soit une hausse de 91% par rapport aux bouchons "normaux".

Et forcément, quand les voitures s'entassent ... "Aux heures de pointe, on a constaté une hausse de 13 % des émissions polluantes liées au trafic routier pendant la première quinzaine de décembre", analyse Charlotte Songeur. Elle est membre d'AirParif, un organisme qui scrute la qualité de l'air en région francilienne. On a évité les pics de pollution grâce à la météo. "Il y a eu beaucoup de vent et de pluies, ç'a permis de balayer les particules", ajoute-t-elle.

"Au lieu de commencer à 7h30 du matin, l'heure de pointe s'est avancée à 6h40."

Mais le problème n'est pas que parisien. L'organisme Atmo Grand Est, lui aussi scrutateur de la qualité de l'air, a noté une hausse des émissions de carbone suie à Strasbourg pendant la période. "Un tiers de ces émissions est liés aux hydrocarbures, et au trafic routier", souligne Camille Weisse, membre d'Atmo Grand Est. "Au 1er janvier, il y avait 26% de carbone-suie dans l'air", c'est presque trois fois plus que le taux moyen dans la région.

Strasbourg non plus, d'ailleurs, n'a pas pu éviter les bouchons. Normalement visitée par 20 000 véhicules chaque jour, la métropole strasbourgeoise a vu arriver 10% d'automobilistes de plus que d'habitude certains jours de grève. "Pendant le mois, les automobilistes ont eu plus de mal que d'habitude à entrer dans la ville", enchérit Benoît Wulff, membre du Service de l’Information et de la Régulation Automatique de la Circulation (SIRAC). "Au lieu de commencer à 7h30 du matin, l'heure de pointe s'est avancée à 6h40."

Au guidon

Action, réaction : les trains, les métros et les voitures bloquées ont provoqué l'explosion du nombre de cyclistes dans ces grandes villes. Sur les pistes cyclables strasbourgeoises (déjà très empruntées, Strasbourg étant la capitale française du vélo), la présence de vélos en libre-service Vélhop a grimpé 5 à 10% pendant la grève. À Paris, la hausse est spectaculaire : sur les 36 sites évalués par la mairie, la fréquentation des vélos a doublé. On comptait 89 095 cyclistes le mercredi 4 décembre, veille de la grève, contre 182 098 le 11 décembre.

Côté pollution, le vélo a cela de pratique qu'il règle vite la question! Rien à signaler, si ce n'est notre propre expiration de CO2 pendant les côtes un peu rudes.

Dans les airs

L'avion, épargné par les grèves ? Pas de raison. La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) confirme quatre journées de grèves organisées par le syndicat Usac-CGT pendant le mois : les jeudi 5, vendredi 6, mardi 10 et mardi 17 décembre 2019

En tout, 1 450 vols ont été carrément annulés suite aux grèves :

  • 450 le jeudi 5 décembre
  • 450 le vendredi 6 décembre
  • 450 le mardi 10 décembre
  • 100 le mardi 17 décembre

Avec une moyenne de 172 grammes de CO2/km, l'avion est largement le plus polluant des transports ... et ce, quelle que soit la destination !  Un Paris-Marseille ou un Paris-Berlin, même combat : chaque voyageur aura dégagé une petite centaine de kg de CO2.

Avec ces 1 450 vols annulés, on parle donc d'une économie moyenne de près de 22 000 tonnes de CO2.

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