A quoi peut bien rimer le procès de l'Arche de Zoé sans ses vedettes? Le baroudeur aux cheveux ras et sa compagne blonde, visages fermés, entrant au tribunal de N'Djamena : c'est l'image qu'on avait gardée d'Eric Breteau , le fondateur de l'association, et d'Emilie Lelouch , son bras droit, chargée notamment de la sélection des "orphelins du Darfour". On s'en souvient, les 103 enfants que l'association s'apprêtait à évacuer du Tchad vers la France n'étaient dans leur immense majorité ni soudanais, ni orphelins. Las, exilés en Afrique du Sud depuis 4 ans, les deux principaux prévenus, en ce lundi 4 décembre après-midi, ne sont pas là. Ils ont indiqué par fax, vendredi soir, qu'ils avaient déjà tout dit, et qu'ils ne faisaient pas confiance à la justice française, en l'occurrence la 15ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. Pas d'avocat non plus pour les représenter.

"Sans eux, ça ne vaut plus rien"

On rumine sec sur les bancs de la presse. "Sans eux, ça vaut plus rien ". Dès demain, la plupart des journalistes auront déserté, vers des audiences mieux achalandées. La présidente du tribunal, Marie-Françoise Guidolin , peste contre cette absence qu'elle qualifie de "lâcheté ". Ironise sur le fait qu'ils se soient "évaporés ", laissant seuls "ceux qu'ils ont entraîné dans cette arche devenue galère ". La présidente commente, s'indigne, fait des bons mots, à défaut d'action plus coercitive. Car que peut la cour? Le parquet rappelle que les prévenus n'ont pas violé leur contrôle judiciaire. Cinq ans après les faits, il y a longtemps que ces mesures ont été levées, totalement pour Emilie Lelouch, partiellement pour Eric Breteau. Avec pour seule interdiction celle de travailler pour une association à but humanitaire. Il s'en garde bien : selon la presse, Eric Breteau organise des safaris aériens pour les touristes, tandis que sa compagne a fondé une compagnie de cirque. On peut le comprendre : comment justifier un contrôle judiciaire strict sur une aussi longue période? Fallait-il les empêcher de refaire leur vie loin de la France, où l'on doute qu'ils puissent retrouver un travail? Peut-on aller les quérir de force, dépêcher les gendarmes jusqu'au Cap? Jean-Baptiste Rozès, avocat de plusieurs ex-bénévoles , aujourd'hui constitués parties civiles, s'emporte. "Nous ne voyons pas comment ce procès peut se tenir sans eux, il est indispensable de déployer des moyens pour le faire venir ". Comprendre, un mandat d'arrêt international. Ne serait-ce que pour "lancer un message ", faire comprendre aux prévenus qu'ils ne sont "pasau-dessus des loi s".

Pas de renvoi du procès

Peine perdue. Pragmatique, Marie-Françoise Guidolin estime sans doute qu'il est inutile de perdre du temps en renvoyant le procès. Le dossier est suffisamment étayé, quatre prévenus sont présents (Philippe Van Winkleberg , le médecin; Alain Péligat , le logisticien; Marie-Agnès Peleran , la journaliste;Christophe Letien , le trésorier). Surtout, les absents ne pourront se prévaloir, en cas de condamnation, de n'avoir pas eu droit à un procès équitable. Leur avocate,Céline Lorenzon , était présente à l'audience de fixation, qui a notamment établi le calendrier des audiences. Le jugement sera donc "contradictoire " et leur sera "signifié ". En cas de condamnation, on pourra, le temps venu, imaginer un mandat d'arrêt international, qui les empêcherait de voyager, et de mettre un pied sur le sol français. En attendant, le procès de l'Arche de Zoé commence donc sans ses principaux protagonistes.

"Le genre à vous mettre dans la merde sans état d'âme"

A la barre, la plupart des témoins cités sont également absents. Ceux qui viennent sont des seconds rôles. Un pilote, recruté pour convoyer un avion au Tchad, rentré en France avant la fin de la mission. Breteau l'a très vite énervé. "C'est le genre d'homme, témoigne le pilote, à vous mettre dans la merde sans état d'âm e". Nathalie, ex-bénévole de la mission, rentrée en France quelques semaines avant l'opération, enfonce le clou. "Aujourd'hui, je me sens coupable de ne pas avoir vu que cet homme était un manipulateur tout puissant ". Citane Ferrer, première famille accueillante à avoir porté plainte , nous avait parlé, avant le procès, du côté "gourou " de Breteau. De cette assemblée générale où les familles scandaient et applaudissaient son nom. Le portrait, peu flatteur, se dessine peu à peu. Celle d'un homme bouffi d'orgueil, qui a préféré tenter d'enlever des enfants qui n'étaient ni en danger, ni orphelins, plutôt que de renoncer à son grand oeuvre, sa mission de Sauveur des Orphelins du Darfour.

Personne pour les défendre

Bien sûr, les absents ont toujours tort. Personne n'est là pour défendre Eric Breteau et sa compagne. Seul l'avocat de Philippe Van Winkelberg, Jean-Claude Guidicelli , refuse de les accabler : il déplore un procès qui ne serait qu'un "remake " de celui de N'Djamena (en décembre 2007, six membres de l'association avaient été condamnés à huit ans de travaux forcés, avant d'être transférés en France, puis graciés). Quatre des prévenus sont en effet les mêmes : Breteau, Lelouch, Van Winkelberg et Alain Péligat. Dominique Aubry, le pompier de la misson, etNadia Merimi , l'infirmière, condamnés au Tchad, ne sont pas poursuivis à Paris. Mais pour le reste, on laisse l'avocat à sa démonstration. A Paris, contrairement à N'Djamena, les prévenus ne sont pas jugés pour enlèvement d'enfants. Ils sont renvoyés pour "exercice illicite de l'activité d'intermédiaire pour l'adoption ", "aide à l'entrée ou au séjour irrégulier " et enfin "escroquerie ". Pour tout cela, ils risquent jusqu'à 10 ans de prison et 750 000 euros d'amende . Quand aux droits de la défense, ils auraient été garantis.. Si Eric Breteau et Emilie Lelouch avaient pris la peine d 'en faire usage. Le procès se poursuit jusqu'au 12 décembre.A ECOUTER:Nathalie Cholin, ex bénévole de l'Arche de Zoé, infirmière. Aujourd'hui partie civile au procès."Il y avait des vrais soignants, avec des vraies valeurs" target="_blank" href="node/add/rf-billet-blog?destination=tableau-de-bord/blogs#"> Lecture

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