Après Wuhan, une deuxième ville chinoise est placée en quarantaine. L'objectif est d'enrayer la propagation du coronavirus qui a fait au moins 17 morts et qui est parti de Wuhan, mais qui est déjà apparu ailleurs. Questions à Arnaud Fontanet, responsable de l'unité des maladies émergentes à l'Institut Pasteur.

Les mesures de protection se multiplient en Chine pour faire face au nouveau coronavirus
Les mesures de protection se multiplient en Chine pour faire face au nouveau coronavirus © AFP / Miguel Candela Poblacion / ANADOLU AGENCY

[Mise à jour : Trois cas de coronavirus ont été confirmés vendredi soir en France, l'un à Bordeaux, les deux autres à Paris. Les trois patients ont séjourné en Chine. ]

La ville de Pékin a annoncé jeudi qu'elle annule les festivités du Nouvel an chinois. Une deuxième ville, Huanggang à 70 km à l'est, fait l'objet des mêmes mesures que Wuhan, mise en quarantaine. Stations de métro fermées, masque obligatoire, transports en commun à l'arrêt : les habitants de Wuhan, dans le centre de la Chine, se sont retrouvés coupés du monde ce jeudi, en quarantaine pour cause de coronavirus. Wuhan ville de 11 millions d'habitants est au cœur de l'épidémie qui a contaminé plus de 570 personnes et fait 17 morts. Le virus a commencé à se répandre dans plusieurs pays, avec notamment un cas près de Seattle aux États-Unis. 

L'épidémiologiste Arnaud Fontanet, responsable de l'unité des maladies émergentes à l'Institut Pasteur.

FRANCE INTER : L'information de ces dernières heures, c'est la mise en quarantaine de la ville de Wuhan. Cette mesure était-elle indispensable ? 

ARNAUD FONTANET : "En Chine, les bilans s'affolent depuis quelques jours avec cette décision très forte du gouvernement chinois de fermer la ville de Wuhan. Il est vrai qu'empêcher les personnes de sortir de la ville va certainement limiter, freiner la progression de l'épidémie, mais si déjà des foyers épidémiques se sont allumés et sont conséquents dans d'autres villes de Chine, cette mesure drastique aura malgré tout fort probablement peu d'impact sur le devenir de l'épidémie."

Pour l'instant, il n'y a aucun cas en France. Le délai d'incubation étant de 14 jours, faut-il s'attendre à ce qu'un cas apparaisse en France dans les jours à venir ? 

"Il est tout à fait plausible qu'un cas apparaisse en France parce que les personnes voyagent et que la situation en Chine n'est pas limitée à la ville de Wuhan, mais à d'autres villes. Donc, on peut s'attendre à voir un cas diagnostiqué en France. Il faut y être prêts, ce qui est le cas. On a pu réactiver un système de vigilance basé sur la surveillance du MERS-CoV, qui est un autre coronavirus qui impose les mêmes conditions d'isolement que ce nouveau coronavirus. Dans les pays étrangers où les patients sont mis à l'isolement, il n'y a pas d'épidémie secondaire. Donc le scénario pour l'instant le plus plausible ce sont des importations en France, vraisemblablement. Mais sur le sol français, on a de bonnes raisons d'espérer qu'il n'y ait pas d'épidémie qui démarre. 

Nous avons une situation très contrastée entre une épidémie qui semble en pleine expansion en Chine (avec un nombre estimé par modélisation à 4 000 personnes infectées à Wuhan, mais probablement plus). À côté de cela, on a vu des exportations du coronavirus sur plusieurs pays comme la Thaïlande, le Japon, la Corée du Sud ou les États-Unis, où là, il n'y a pas eu de transmission secondaire à partir de ces cas qui étaient importés. 

Donc, c'est un élément rassurant : on peut  dire que quand les patients sont bien mis en isolement, il n'y a pas de transmission secondaire et pas d'épidémie qui débute. Donc, pour un pays comme la France, par exemple, il est plausible que dans les jours ou semaines qui viennent, des cas soient importés, il faudra que ces patients soient détectés au plus tôt et mis en isolement ,et là, le risque d'épidémie est considéré comme faible."

En France, à quel moment intervient cette mise à l'isolement ? Est-ce qu'on cherche à repérer les patients dès l'aéroport ? 

"On sait qu'essayer de les repérer à l'aéroport, par exemple avec des portails thermiques, va éventuellement permettre de diagnostiquer quelques cas. C'est ce qui s'est passé en Thaïlande ou au Japon. Néanmoins, c'est une mesure qui n'est pas infaillible car les patients peuvent être encore en incubation de leur maladie (il peut y avoir jusqu'à 14 jours entre le moment où vous avez été en contact avec un patient infecté et le moment où vous développez la maladie) donc pendant ces 14 jours vous n'avez pas de fièvre et vous pourriez passer ces contrôles. 

De la même façon, les patients peuvent avoir transité par une autre ville, une capitale européenne et du coup, cibler seulement les vols en provenance de Chine ne suffirait pas à les intercepter. Ce qui est vraiment important, c'est que sur le sol français, on soit très vigilant pour la détection des cas symptomatiques quand ils se déclarent. Et c'est là où les consignes sont : pour une personne qui reviendrait de Chine dans les 15 jours précédents et qui développerait des symptômes de type fièvre, toux ou difficultés respiratoires, appelez le 15. 

Le régulateur du 15 va décider de la conduite à tenir. Il ne faut pas aller voir votre médecin, pas aller aux urgences parce que vous pourriez contaminer d'autres personnes. Je parle bien sûr uniquement de personnes qui reviendraient de Chine dans les 15 derniers jours. 

L'Organisation Mondiale de la Santé est réunie en ce moment même pour éventuellement déclarer l'urgence de santé publique de portée internationale. Qu'est ce que cela impliquerait ? 

"L'urgence de santé publique de portée internationale est déclenchée de façon exceptionnelle pour des grandes alertes : il faut que ce soit soudain, grave. Il faut que cela concerne l'ensemble de la planète et il faut que la réponse nécessite une coordination internationale. Donc, les membres du comité d'experts sont en train d'examiner tous ces critères. Les questions qui se posent aujourd'hui c'est "est-ce que la transmission interhumaine est suffisamment efficace pour justifier d'une crainte à l'échelle mondiale ? 

On l'a vu, les cas isolés pour l'instant dans des pays autres que la Chine ont pu être contenus sans trop de difficulté. Et puis, quelle est la réelle gravité puisqu'il y a quand même, on ne va pas déclencher des alertes des urgences de santé publique de portée internationale pour toutes les épidémies. Or, aujourd'hui, on a beaucoup de mal à savoir quelle est la sévérité réelle de ces pneumonies. 

On a l'impression qu'elles sont moins sévères que le Sras, mais les bilans évoluent de jour en jour. Alors, la portée d'une telle action, c'est que ça permet après de porter déjà sur l'agenda des pays le risque posé par ce nouveau coronavirus, pour mobiliser les gouvernements, pour permettre des actions concertées, notamment sur la surveillance et la collecte des données. Mais également pour engager des moyens coordonnés à l'échelle mondiale de recherche sur les tests diagnostiques, des traitements et des vaccins. "

Où en est-on de l'enquête sur ce virus? Pour l'instant, on ne connaît toujours pas ni le patient zéro ni l'animal source. On sait juste que l'origine, c'est un marché d'animaux à Wuhan. 

"Là, on ne connaît pas précisément le patient zéro. Mais dans les tout premiers patients, il y avait des vendeurs qui travaillaient dans ces marchés d'animaux à Wuhan. Donc, c'est là que se situe le patient zéro, un, deux ou trois, ce n'est pas très grave. On a la source, on sait que c'est ces marchés d'animaux, très vraisemblablement, qui sont à l'origine. D'ailleurs, les séquences génétiques dont on dispose qui peuvent être comparées maintenant par l'ensemble de la communauté scientifique des virologues, des premiers patients nous montrent qu'effectivement, c'est fin novembre / début décembre 2019, qu'est apparu en population humaine ce nouveau virus. 

Donc toutes les informations coïncident et pointent vers ce marché. Dans ces marchés, on vend des animaux. Typiquement, on parle d'un marché de fruits de mer et de poissons, mais on sait aussi qu'il y a d'autres animaux qui sont vendus, des mammifères qui sont peut être des meilleurs candidats pour la source. Et il faut maintenant faire des échantillonnages dans ces marchés pour essayer d'identifier l'espèce animale qui était infectée et qui l'a transmis à l'homme. Le marché de Wuhan est fermé, mais il y a d'autres marchés où ces travaux peuvent se mener." 

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