Dans son discours de présentation du plan de réforme du système de santé à l'Élysée, le président de la République dit vouloir le "restructurer pour les 50 années à venir". Il souhaite en faire (ou en refaire) "l'un des piliers de l'État-providence du 21e siècle", pour éviter notamment "l'implosion" de l'hôpital.

Emmanuel Macron interpellé par des personnels soignants à Rouen en avril 2018
Emmanuel Macron interpellé par des personnels soignants à Rouen en avril 2018 © AFP / Christophe Ena

Le terme est presque plus économique que social : "restructurer". Pour Emmanuel Macron, repenser son organisation, c'est la clé pour maintenir un système de santé efficace. Le président estime en effet que ce dernier ne souffre pas d'un "sous-financement" mais d'un "handicap d'organisation" qui implique des changements sur le long terme.

Mais en attendant que ces changements se concrétisent, il va tout de même y remettre des moyens supplémentaires : 400 millions d'euros supplémentaires pour l'assurance maladie l'an prochain (+2,5 % au lieu des +2,3 % prévus jusqu'ici). Au total, le plan "Ma santé 2022" prévoit 3,4 milliard d'euros d'investissements sur quatre ans.

Au total, le plan compte une cinquantaine de mesures, dont certaines sont particulièrement symboliques.

Des assistants pour soulager les médecins

Cette mesure pourra concerner tous les médecins, sous certaines conditions. Ces assistants médicaux devront permettre de "regagner du temps médical", en permettant aux médecins "d'être accompagnés par des professionnels qui effectuent des gestes simples" (prise de tension, température, etc.) Pour Emmanuel Macron, il s'agit là d'imiter un système qui existe déjà "dans les pratiques médicales de nos voisins".

Il vise le déploiement de 4.000 de ces assistants médicaux dans un premier temps, mais "nous en financerons autant que de besoin", promet le président. Les quartiers prioritaires pour l'accès au soins et les déserts médicaux seront prioritaires.

Des volontaires contre les déserts médicaux

Pour pallier le manque de médecins dans certaines zones où l'accès aux soins est difficile, environ 400 médecins salariés seront recrutés, sur la base du volontariat, pour s'installer dans ces territoires en 2019. Le gouvernement espère que les volontaires seront suffisamment nombreux... Sinon, il envisage de forcer un peu le volontariat avec des mesures coercitives d'ici deux ou trois ans.

La fin du numerus clausus

Pour Emmanuel Macron, c'est la fin d'une "absurdité" : la limitation du nombre d'étudiants admis en deuxième année d'études de médecine, sages-femmes, dentaires ou de pharmacie. Et donc, à terme, une limitation aussi du nombre de médecins. "Chaque année, 25.000 étudiants passent d'excellents lycéens à celui ou celle qui échoue pour la première, deuxième ou troisième fois à la première année", a déploré le chef de l'État. "Mes ministres m'ont proposé une rénovation complète des études de santé et notamment médicales. Le numerus clausus sera donc supprimé [à la rentrée 2020] pour cesser d'entretenir une rareté artificielle."

Il faudra être patient pour voir les résultats de cette réforme : ils ne se concrétiseront que dans 10 ou 15 ans, à l'issue des études des futurs médecins concernés.

Un nouveau statut d'hôpital "de proximité"

Il sera créé par une loi en 2019. Il s'agira d'un label qui concernera entre 500 et 600 hôpitaux, qui "auront vraiment des missions dédiées à la proximité", selon la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Des services qui comprennent notamment "la médecine polyvalente, la médecine générale, la gériatrie, les soins de suite".

L'idée est aussi de rapprocher autant que possible les médecins de ville et les hôpitaux, afin qu'ils travaillent ensemble. Objectif affiché par Emmanuel Macron : que "l'exercice isolé" de la médecine de ville de viennent "marginal", et qu'il puisse même "disparaître à l'horizon de janvier 2022". Il souhaite ainsi encourager les médecins libéraux à travailler en cabinet ou au sein d'une équipe de soin.

Vers une diminution de la tarification à l'activité

Mis en place en 2004, cette méthode de financement permet aux établissements d'être rémunérés en fonction de l'activité médicale qu'ils effectuent (elle représente 63 % des ressources des hôpitaux publics, un chiffre que le gouvernement veut faire passer à 50 %). Car le système connaît aujourd'hui des dérives, et notamment une inflation du nombre d'actes dans les hôpitaux.

Des forfaits "patient diabétique" et "patient insuffisance rénale chronique" seront mis en place dès 2019. Il sera élargi à d'autres pathologies à partir de 2020.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.