Les scientifiques cherchent à déterminer s'il y existe un lien entre le vaccin et la formation de caillots sanguins constatée chez de très rares patients. Des auto-anticorps provoquant l'agrégation des plaquettes ont été détectés, explique l'immunologue Alain Fischer.

L'Agence du médicament a confirmé l'existence d'un risque "rare" de thrombose atypique associé au vaccin contre le Covid-19 d'AstraZeneca
L'Agence du médicament a confirmé l'existence d'un risque "rare" de thrombose atypique associé au vaccin contre le Covid-19 d'AstraZeneca © AFP / MARCO BERTORELLO

Berlin et Munich ont annoncé ce mardi suspendre l'utilisation du vaccin AstraZeneca chez les moins de 60 ans. Les deux villes allemandes invoquent une mesure de "précaution", et disent attendre de nouvelles recommandations nationales. La raison est la même que celle qui avait poussé la France à interrompre provisoirement mi-mars l'utilisation du vaccin suédo-britannique : des cas de thromboses survenus après l'injection du produit. Depuis, la campagne de vaccination a repris dans l'Hexagone. Et la recherche se poursuit activement, pour en savoir plus sur l'éventuel lien, encore non établi formellement, entre la formation de caillots sanguins et le vaccin.

"Plusieurs équipes européennes, dont des Allemands, ont mis en évidence chez ces personnes qui ont développé, cinq à quinze jours plus tard, une complication sous forme de thrombose, une petite diminution des plaquettes et des anomalies de la coagulation, que l'on appelle une coagulation intra-vasculaire disséminée", explique ce mardi à France Inter le professeur Alain Fischer, professeur d'immunologie et président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale. 

"Au moins un cas similaire" en France

"Ils ont détecté des auto-anticorps qui provoquent l'agrégation des plaquettes. C'est cela qui déclenche la formation anormale du caillot", poursuit-il. "Je sais qu'en France, il y a au moins un cas similaire. Probablement que cet anticorps est un marqueur de cette complication, et il reste à établir s'il y a vraiment un lien causal avec le vaccin", ajoute le professeur d'immunologie. 

D'après Alain Fischer, ce lien est "possible" mais "pas certain, puisque heureusement, le nombre de cas est très rare". Il y a toutefois là un point "qui nécessite d'être investigué pour comprendre ce qu'il se passe et établir s'il y a ou non un lien avec la vaccination", souligne-t-il, précisant qu'une communication serait faite prochainement soit au niveau européen, soit au niveau français de l'Agence nationale de sécurité du médicament. 

Invité de France Inter mardi midi, Alain Fischer avait déjà précisé que les événements très rares observés chez des patients ayant reçu le vaccin AstraZeneca étaient très différents des accidents thrombotiques classiques, beaucoup plus fréquents en population générale.

31 cas en Allemagne

L'autorité allemande des vaccins a également fait état ce mardi de 31 cas de thrombose veineuse cérébrale (TVC) rare, dont neuf mortelles, après l'administration du vaccin d'AstraZeneca. Sur ces 31 cas de caillots sanguins dans le cerveau, 19 présentent des carences en plaquettes sanguines. Tous les cas signalés concernent des femmes âgées de 20 à 63 ans à l'exception de deux hommes, âgés de 26 et 57 ans. 

Vendredi, l'Agence du médicament (ANSM) a aussi confirmé l'existence d'un risque "rare" de thrombose atypique associé au vaccin contre le Covid-19 d'AstraZeneca, après la survenue de nouveaux cas en France, dont deux décès, tout en soulignant que la balance bénéfice/risque restait "favorable".

Balance bénéfice/risque

Le vaccin développé par le laboratoire suédo-britannique et l'université d'Oxford avait été suspendu le 15 mars par plusieurs pays européens après le signalement de cas de caillots sanguins, parfois mortels. La France a levé la suspension le 19 mars, après un avis de l'Agence européenne des médicaments (AEM) le jugeant "sûr et efficace" et affirmant que sa balance bénéfice/risque face à l'épidémie de Covid-19 était positive. La Haute autorité de santé a toutefois recommandé de le réserver aux personnes de 55 ans et plus car jusqu'alors les cas de thrombose veineuse cérébrale avaient uniquement été observés chez des moins de 55 ans.

Sur 1,4 millions de vaccins AstraZeneca injectés en France au 18 mars, environ 5.700 effects indésirables ont été analysés par les centres de pharmaco-vigilance, en "grande majorité" des "syndromes pseudo-grippaux, souvent de forte intensité" (fièvre, maux de tête, courbatures).