Au lendemain de l'attaque au hachoir qui a fait deux blessés vendredi à Paris devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, neuf gardes à vue sont en cours. Le principal suspect a dit "assumer son acte".

Les abords de la rue Nicolas Appert surveillés à Paris après l'attaque de vendredi 25 septembre
Les abords de la rue Nicolas Appert surveillés à Paris après l'attaque de vendredi 25 septembre © AFP / Marie Magnin / Hans Lucas / Hans Lucas

En plein procès de l'attentat meurtrier qui a visé l'hebdomadaire satirique en janvier 2015, un homme qui se présente comme né au Pakistan et âgé de 18 ans, selon les premiers éléments de l'enquête, s'en est pris vendredi vers 11H45 à deux salariés de l'agence de presse Premières Lignes.  L'immeuble, situé au 10, rue Nicolas Appert (XIe arrondissement), abritait autrefois les locaux de Charlie Hebdo. Les deux victimes avaient déjà été les témoins impuissants de l'attaque de janvier 2015. Le point sur l'enquête.

État des victimes

"Nous avons des nouvelles rassurantes, ils sont sortis en début de soirée du bloc opératoire", a déclaré ce samedi sur franceinfo Luc Hermann, journaliste, co-fondateur de l'agence qui produit notamment des reportages pour l'émission Cash Investigation. Les deux victimes sont soignés dans deux hôpitaux différents. 

"On attend d'avoir les médecins dans la journée. Ils ont été gravement blessés au visage. L'attaque a été d'une violence inouïe. Cet homme, avec son énorme tranchoir, les a frappés au visage extrêmement fortement. Tout d'abord notre collaboratrice, ensuite il a poursuivi notre collaborateur. Il y avait vraiment une volonté de tuer."    

Emmanuel Macron a témoigné son soutien auprès des familles.  Une cellule psychologique a été ouverte dans les locaux de la mairie du XIe arrondissement. Premières Lignes emploie une cinquantaine personnes qui ont déjà vécu le traumatisme des attentats de janvier 2015. "Leur convalescence physique et psychologique prend énormément de temps et c'est différent pour chacun. Evidemment pour les deux blessés, la priorité est qu'ils soient entourés, mais aussi nos collaborateurs et les entreprises qui sont dans cet immeuble" explique Luc Hermann.

Un auteur principal

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a été saisi d'une enquête pour "tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste", confiée à la brigade criminelle et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Un "auteur principal" a été arrêté par la police près de la place de la Bastille, a indiqué le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard, et placé en garde à vue. Pour l'instant les perquisitions ne permettent pas d'établir un lien avec une organisation Islamiste. 

Le principal suspect de l'attaque au hachoir, qui a fait deux blessés vendredi à Paris devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, a "assumé son acte" en garde à vue, selon des sources proches de l'enquête.  Cet homme, qui se présente comme né au Pakistan et âgé de 18 ans, selon les premiers éléments de l'enquête, "assume son acte qu'il situe dans le contexte de la republication des caricatures (de Charlie Hebdo, ndlr) qu'il n'a pas supportée", a ajouté l'une de ces sources. De source proche de l’enquête, on apprend qu’il voulait s’en prendre aux journalistes de l’hebdomadaire satirique. L'attaque n'a pas été revendiquée par une organisation terroriste.

Selon le journal Libération, le suspect s’apprêtait à commencer une formation en apprentissage. De source judiciaire on confirme qu’il n’a pas de condamnation à son casier judiciaire ; seulement un rappel à loi pour port d’armes prohibé. Il n’avait jamais été signalé pour radicalisation. 

Il avait déjà été arrêté en juin en possession d'une arme blanche, "un tournevis" selon les indications qu'a donné le ministre de l'Intérieur. Il était arrivé en France encore mineur, il y a trois ans.  Pris en charge par l'aide sociale à l'enfance dans le Val-d'Oise, il ne présentait "aucun signe de radicalisation" jusqu'à sa majorité, en août dernier, a assuré le conseil départemental.

Plusieurs personnes suspectées

En tout, neuf gardes à vue sont en cours.

Peu après l'attaque, un Algérien de trente-trois ans a également été interpellé près des lieux et placé en garde à vue, une mesure levée à 23h30 vendredi, selon une source judiciaire.  Selon une source proche du dossier, son récit qui consiste à dire qu'"il a été témoin, a poursuivi l'auteur et a ensuite été menacé", a été corroboré par l'enquête. Sur Twitter, son avocate Me Lucie Simon a évoqué un "jeune homme héroïque qui a tenté d'arrêter l'assaillant".  

Deux domiciles présumés du principal suspect, présenté comme "itinérant" de sources concordantes, ont été perquisitionnés, un hôtel social situé à Cergy (Val-d'Oise) et un à Pantin (Seine-Saint-Denis). Cinq hommes qui se trouvaient dans ce dernier domicile présumé ont été placés en garde à vue vendredi après-midi et un sixième vendredi dans la soirée, un "ancien colocataire du principal suspect quand il résidait dans l'hôtel social" à Cergy, ce qui portait à sept le nombre de gardes à vue samedi matin.

Protection des lieux

Toutes les rues symboliques, frappées par des attaques, seront protégées par des gardes a annoncé le ministre de l'Intérieur. Le synagogues seront aussi "particulièrement protégées" a-t-il promis.

L'attaque pourrait connaître des conséquences sur le plan politique: sur France 2, Gérald Darmanin a en effet reconnu que la menace contre la rue Nicolas Appert avait été "sous-évaluée" : il a précisé avoir demandé au Préfet de Police "pourquoi". 

"Il y a eu un attentat, quand il y a eu un attentat, c'est que manifestement on aurait pu faire mieux", a ajouté le ministre de l'Intérieur, tout en précisant que la rédaction de Charlie Hebdo était partie depuis quatre ans et que la rue en question n'avait fait l'objet d'"aucune menace" explicite.  "Depuis le démarrage du procès de Charlie Hebdo, il n'y a eu absolument aucune sécurisation de cette rue et de cet immeuble symboliques", a déploré Luc Hermann, co-dirigeant de Premières Lignes, la société de production voisine de l'ancien siège de Charlie Hebdo. 

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