Le procureur de la République de Paris François Molins a donné une conférence de presse ce lundi. Il est revenu sur le profil et les intentions de Mohamed Lahouaeij Bouhlel.

François Molins, procureur de la République de Paris
François Molins, procureur de la République de Paris © AFP / François Guillot

Lors d'une conférence de presse donnée ce lundi après-midi, le procureur de la République de Paris, François Molins, qui a compétence nationale pour les affaires de terrorisme, n'a pas révélé d'information inconnue jusque là, mais il a précisé quelques points.

Un attentat "prémédité"

Si les investigations sur le matériel informatique et le téléphone du tueur de Nice sont toujours en cours, François Molins a détaillé certains éléments qui attestent du caractère prémédité de l’attentat. Quatre jours avant l'attentat, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, chauffeur-livreur de 31 ans loue un poids lourd à Saint-Laurent du Var, à côté de Nice, camion réservé le 4 juillet. Des photos retrouvées sur le téléphone portable de Mohamed Lahouaeij-Bouhlel le montre ainsi plusieurs fois sur la Promenade des Anglais. Le 12 juillet, il photographie cette Promenade depuis son camion. Le 14 juillet, il prend plusieurs selfies : devant la plage, devant un camion remorquant char d’assaut, sur la Promenade, et devant une allée piétonne.

Mohamed Lahouaeij-Bouhlel aurait effectué deux repérages. Il est filmé le 12 juillet à 6h, entrant dans un camion pour traverser Nice d’Est en Ouest. Une fois sur la Promenade des Anglais, il s’arrête devant l’hôtel Negresco, allumant les warnings, avant de redémarrer. Le 13 juillet, il est filmé vers 22h en train d’effectuer le même parcours. Une photographie extraite de son téléphone montre un article de Nice Matin daté du 1er janvier 2016, intitulé « Il fonce volontairement sur la terrasse d’un restaurant ».

L’exploitation d’un ordinateur saisi à son domicile indique plusieurs recherches ont été effectuées sur internet depuis le 1er juillet 2016, sur les festivités de la Promenade des Anglais et les feux d’artifice à Nice, sur des vidéos d’accidents mortels de la route, sur la location de poids lourds, ainsi que sur une adresse à Nice qui correspond à une armurerie. Sur internet, entre le 1er et le 13 juillet, Mohamed Lahouaeij-Bouhlel a effectué quasi quotidiennement des recherches sur des sourates, et sur les anachîds, ces chants religieux utilisés par le groupe Etat Islamique dans ses vidéos. D’autres recherches portent sur l’Aïd El Fitr (la fête de la rupture du jeûne du Ramadan), sur la tuerie d’Orlando et la fusillade de Dallas, ainsi que l’assassinat de deux policiers à leur domicile de Magnanville dans les Yvelines. On trouve enfin des photos de cadavre, et de combattants arborant le drapeau noir de Daech, ainsi que des couvertures du journal Charlie Hebdo, et des photos des deux chefs djihadistes Oussama Ben Laden et Mokhtar Belmokhtar.

Il ressort également que Mohamed Lahouaeij-Bouhlel avait besoin d’argent. Il a essayé, en vain, de contracter un prêt à la consommation de 5.000€ fin juin, a tenté de retirer 1.000€ à un distributeur automatique le 14 juillet, a vendu son véhicule le 13 juillet.

Pour François Molins, ces éléments conduit à penser que l’attentat a été "pensé et préparé, au moins dans les jours précédents l’attaque".

Un profil toujours difficile à cerner

Les témoignages recueillis font état d’un homme "très éloigné des considérations religieuses", qui ne pratiquait pas, mangeait du porc, buvait de l’alcool, prenait de la drogue, et menait "une vie sexuelle débridée". Il est décrit comme particulièrement violent, notamment envers sa femme et ses trois enfants.

►►►REECOUTER : Les témoignages recueillis à Nice par Mathilde Lemaire.

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Le profil du tueur

Par Mathilde Lemaire

Selon un autre témoignage, depuis huit jours, Mohamed Lahouaeij-Bouhlel s’était laissé pousser la barbe pour des raisons religieuses. A ce même témoin, le tueur a aussi déclaré qu’il ne comprenait pas pourquoi le groupe Etat Islamique ne pouvait pas prétendre à un territoire. Un autre témoin indique qu’il y a environ sept mois, le conducteur du camion lui avait montré une vidéo de décapitation d’otage, et expliqué qu’il était "habitué".

Caractère terroriste de l'attaque, radicalisation récente

Pour François Molins, ces éléments attestent d’un "intérêt certain", et à ce stade de l’enquête "récent" pour la mouvance djihadiste radicale, même s’il n’existe aucune preuve d’allégeance ou de lien avec des membres du groupe Etat Islamique. Le procureur de la République de Paris a conclu sa conférence de presse en expliquant que certains individus n’ont "pas besoin de consignes précises pour passer à l’acte". Les mots d’ordre du groupe Etat Islamique peuvent pousser certaines "personnalités perturbées ou fascinées par l’ultraviolence" à commettre des attentats.

La recherche des complices

Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a-t-il agi seul ? Dans les SMS retrouvés dans son téléphone, le tueur se félicite peu avant l'attaque de s'être procuré le pistolet 7.65 qu'il utilisera plus tard contre des policiers, avant d'être abattu, et évoque la fourniture d'autres armes. Plus de 200 enquêteurs de la Direction centrale de la police judiciaire sont mobilisés pour "identifier l'ensemble des destinataires" des messages.

Quatre membres de l'entourage de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel ont été interpellés et placés en grade à vue vendredi et samedi matin. Son ex-épouse a elle aussi été placée en garde à vue vendredi, avant d'être relâchée dimanche. Deux nouvelles personnes ont été interpellées à Nice dimanche, portant à sept le nombre de personnes arrêtées. Il s'agit de deux Albanais, un homme et une femme, soupçonnés d'avoir apporté une aide logistique à Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Une des gardes à vue a été levée dans la nuit de dimanche à lundi. Trois des six personnes toujours en garde à vue ont été transférées à Levallois-Perret, près de Paris, pour être interrogées dans les locaux de Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Lors de sa conférence de presse, François Molins n'a pas voulu faire de commentaire sur ces garde à vues.

L'attaque revendiquée par l'Etat Islamique

L'agence Amaq, liée au groupe Etat Islamique, a affirmé samedi 16 juillet dans un communiqué que "L'auteur de l'opération (...) menée à Nice en France est un soldat de l'Etat islamique. Il a exécuté l'opération en réponse aux appels lancés pour prendre pour cible les ressortissants des pays de la coalition qui combat l'EI".

L'agence Amaq est le canal de communication habituel de l'Etat Islamique pour revendiquer des attentats. L'appel à tuer des citoyens des pays qui combattent l'Etat Islamique avait été relancé au mois de mai 2015. L'organisation exhortait alors ses sympathisants à ne plus partir en Syrie, mais plutôt d'attaquer "sur place, là où vous êtes".

Les opérations de médecine légale terminées, l'identification des corps se poursuit

En préambule de sa conférence de presse, ce lundi après-midi, le procureur de la République de Paris a indiqué que le dernier bilan de l'attentat du 14 juillet était de 84 morts. 74 personnes restent hospitalisées, dont 28 en réanimation, et parmi elles, 19 ont toujours leur pronostic vital engagé. Les opérations de médecine légale pour déterminer les causes de la mort sont achevées. François Molins assure que tout est fait pour que l'identification des corps se fasse le plus vite possible, sachant qu'il s'agit d'un processus scientifique indispensable. Une procédure accélérée a été mise en place; la commission d'identification se réunit deux fois par jour. A ce jour, 71 victimes décédées ont été formellement identifiées; les premiers corps ont été rendus aux familles ce lundi matin.

Attentat de Nice : la chronologie des faits
Attentat de Nice : la chronologie des faits / Visactu
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