Solidarité avec la France en Italie sur la place Farnèse
Solidarité avec la France en Italie sur la place Farnèse © ©Riccardo Antimiani / EIDON/MAXPPP
**Après les évènements du 13 novembre et face à la barbarie, la peur s’installe. Une fois passée la sidération, l’effroi, comment peut-on vivre avec cette peur ? Comment surmonter le sentiment d’insécurité ? Avec Michèle Vitry, psychologue, psychanalyste, Marc Crepon, philosophe, et Antoine Pelissolo, psychiatre interrogés par Mathieu Vidard.** **Mathieu Vidard : Quel est le niveau d’angoisse dans la population ? Plus ou moins par rapport à l'après Charlie ?** > Michèle Vitry : L’angoisse post-attentat **est plus répandue qu’après l’attentat de Charlie Hebdo parce qu’elle ne vise pas une population particulière.** Elle concerne beaucoup plus de monde, d’une manière directe. Le processus d’identification psychologique, mais aussi la proximité sociale, en tous les cas à Paris, fait que beaucoup de gens sont touchés de manière directe… **Mathieu Vidard : Qu’est-ce qui nourrit la terreur ?** > Marc Crepon : Il y a une spécificité à la terreur post attentat. Au contraire de la catastrophe aérienne, où après on peut faire le deuil des victimes, mais on n’est pas hanté par la reproduction de l’évènement à l’avenir.**On a peur que ça se répète, et en pire…** **Mathieu Vidard : La philosophie face à la violence ? Qu’est-ce que la philosophie peut apporter ?** > Marc Crepon : C’est une longue histoire. Tout au long du 20e siècle, la philosophie a été confrontée à des épisodes violents. Les philosophes se sont attachés à rappeler ce à quoi nous tenons, les principes auxquels nous sommes attachés. Ce que l’on sait, **c’est qu’un traumatisme ébranle nos convictions morales. Et elles ont besoin d’être réaffirmées.** Comme l’attachement indéfectible à l’état de droit et aux libertés fondamentales, le refus absolu de confondre la vengeance et la justice, et le refus de stigmatisation collective qui se tromperait d’adversaire. **Mathieu Vidard : Peut-on établir un parallèle entre la France en guerre de 1943, et celle d’aujourd’hui ?** > Marc Crepon : Le terme de guerre est légitime parce que ces attaques sont commandées par un Etat qui n’est bien sûr reconnu par personne, mais qui existe : l’Etat islamique.**Je trouve un avantage à parler de guerre : elle fait attendre la victoire.** Au fond, ce qu'il y a de plus terrible dans les attaques terroristes, c’est la crainte de leur répétitions indéfinies. Donc quand on parle de terrorisme, on ne sait pas quand ça va s’arrêter, alors que quand on parle de guerre, et c’est la responsabilité des politiques de mettre ces mots-là sur ces évenements, on mène un combat. **Mathieu Vidard : A décréter l’état d’urgence, est-ce que les politiques ne finissent pas par nous aggraver cette peur anxiogène ?** > Antoine Pelissolo : la peur existe de toutes les façons. Ce qu'il y a de particulier dans cette sensation de panique, c’est que l’ennemi est intérieur avec des gens **qui ont été attaqués dans leur vie quotidienne, dans une salle de spectacle, donc, on n’a pas un front avec des militaires.** > Michèle Vitry : on est ici dans l’inconnu. […] Et la vie qui va reprendre ne peut pas être comme avant vendredi. On parle de retour à la normale**, mais c’est plutôt un retour aux activités quotidiennes dans un temps qui ne sera plus jamais comme avant.** > Marc Crepon : l’état d’urgence est un état d’exception. Mais le propre d’un état d’exception est que s’il s’inscrit dans la durée, il court toujours le risque de retourner les mesures que l’on prend pour protéger les citoyens en mesure d’insécurité**. Il faut que l’état d’urgence soit défini dans ses limites** et que l’on dise exactement en quoi il consiste. Il faut que l’expression en elle-même qui fait penser à un état d’exception puisse générer des peurs chez les citoyens aux principes fondamentaux. **Après Charlie, on a repris la vie de la même manière malgré tout…** > Marc Crepon : l’effet premier de la terreur**est de briser la confiance naturelle dans les espaces que nous fréquentons, dans les transports que nous utilisons, dans les êtres que nous croisons… C’est exactement ce que cherche la terreur. Comment surmonter la peur ? En s’attachant par tous les moyens à restaurer cette confiance. Et ça prend du temps…** **On ne va pas rester pendant des mois à avoir peur de prendre le métro, le bus, à fréquenter les salles de spectacle. Le travail de deuil va prendre du temps, et pour l’instant on est encore dans la compassion, et à juste titre pour les victimes. On est encore dans la sidération, mais ils ont raison tous ceux qui disent qu’il faut sortir aller au théâtre, et au spectacle…** **Écoutez l'extrait de la Tête au carré :**
[**►►► I Écoutez l'émission consacrée à ce sujet** ](http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-attentats-comment-vivre-avec-la-peur)
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