Elle est un peu vieillotte, cette expression, quelque peu compassée : se rendre "au chevet" de quelqu’un. "Au chevet" d’un parent malade ; un enfant, une grand-mère… ça ne se dit plus beaucoup. Sauf peut-être pour les médecins. Aujourd’hui, mis à part les proches, il n’y a guère plus que les médecins qui se rendent "au chevet". Les médecins… et les prêtres. Si c’est un médecin, pas de panique, c’est qu’il y a encore de l’espoir. Le médecin peut soigner. Si c’est un prêtre, par contre, on a raison de s’inquiéter : appeler un prêtre "au chevet" d’un malade, à de rares exceptions, c’est pour l’extrême onction, les derniers sacrements, le malade est mourant… Pourtant, à la télé, à la radio, dans les journaux, ce ne sont ni les médecins ni les prêtres qu’on dit "au chevet", non : ce sont les politiques. Surtout ceux qui sont au pouvoir. Et alors que dans le langage courant, c’est toujours "au chevet" d’une personne qu’on se rend, les hommes et les femmes politiques, eux, ils vont "au chevet" de tout… et parfois de n’importe quoi ! Exemple avec Roselyne Bachelot : elle sa spécialité, si l’on écoute comme on nous parle, c’est de se rendre "au chevet"… des hôpitaux ! Mais on a pu lire aussi, c’était dans un quotidien normand, que la ministre était allée un jour au chevet… de la méningite ! Non pas des victimes de la méningite, mais "au chevet" de la méningite. Bizarre. François Fillon, lui, sa spécialité, c’est d’aller "au chevet"… de l’économie : "au chevet" de l’emploi des jeunes, "au chevet" des PME, mais on l’a aperçu également, c’est plus ancien, "au chevet" de Françoise de Panafieu – tient, enfin une personne, c’était après l’une de ses défaites électorales, j’ai oublié laquelle… Sachant, bien entendu, que celui qui se rend le plus "au chevet", c’est le chef de l’Etat. Nicolas Sarkozy "au chevet" de l’industrie, de la filière bois, de l’automobile, de la croissance, de la presse, de l’école, du capitalisme, de la Camargue, de l’Union Européenne, de la République Démocratique du Congo – véridique… Avec cette expression, ce qui émerge, en fait, c’est l’impression d’un pays et d’un monde entièrement peuplé de gens et de secteurs malades. Mais heureusement les politiques sont là pour les soigner, les aider, les soutenir dans leur souffrance… Encore faut-il toutefois qu’ils soient là en tant que médecin. C’est ce qu’avaient cru les ouvriers de Gandrange quand en janvier 2008, le président de la République était venu à leur "chevet"… Il avait dit "je reviendrai"… Depuis, le site a fermé… Ceux qui vont constamment "au chevet" des autres ne sont donc pas forcément les meilleurs médecins. Certains sont plutôt prêtres et d’autres, pire encore, viennent juste fermer le cercueil. Soyez attentif : dans le langage médiatique, le gimmick "au chevet" signale parfois la présence d’un croque-mort. Chronique (Gimmick) du 15/10/09 dans "Comme on nous parle"

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