Le terme a fait un retour fracassant avec le débat sur le burkini, certains invoquant la laïcité pour justifier son interdiction. Mais à quoi correspond ce concept en France ?

Journée nationale de la laïcité dans une école de Paris, en 2015
Journée nationale de la laïcité dans une école de Paris, en 2015 © Maxppp / Christophe Morin

À l'origine (ou presque), il y a la fameuse loi de séparation des Églises et de l'État, en 1905. Le principal changement qu'elle apporte ne concerne pas vraiment la visibilité des différentes pratiques religieuses, qu'on ne souhaitait pas faire disparaître, mais bien leur financement : "la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte". La laïcité imaginée en 1905 visait avant tout à prendre ses distances (financièrement en particulier) avec les religions.

De fait, le premier article du texte fondateur en terme de laïcité ne parle pas d'interdire les cultes, mais au contraire de permettre qu'ils puissent être librement exercés.

Article 1 : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

► ► ► DOCUMENT | Le texte intégral de la loi de 1905

Dans la Constitution de 1958, base de la Ve République, on évoque dès le premier article la France comme "République indivisible, laïque, démocratique et sociale". Mais aucune autre disposition n'explique ce qu'est la laïcité.

► ÉCOUTEZ | Pour le sociologue Jean Baubérot, il faut revenir à "une laïcité de sang-froid" (au micro d'Alain Passerel)

Les exceptions vestimentaires

Ça, c'est pour la République laïque. L'autre institution qu'on associe généralement avec la laïcité, c'est l'école publique. Il s'agit ici d'une laïcité un peu plus restrictive, en particulier depuis le 15 mars 2004, et cette loi portée par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin interdisant "le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse".

► ► ► DOCUMENT | Le texte de la loi de 2004

Une troisième loi, votée en 2010 par le gouvernement de François Fillon, étend l'interdiction de tenues "destinées à dissimuler son visage" à tout l'espace public (voies et transports publics, lieux ouverts au public, services).

Article 1 : Nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage.

► ► ► DOCUMENT | Le texte de la loi de 2010

Elle vise généralement les tenues ne permettant pas d'identifier la personne, pour des raisons de sécurité cette fois, et plus de laïcité. Toutefois, au moment du vote, tout le monde a plus particulièrement en tête le voile intégral, à l'origine d'une vaste polémique. L'interdiction du voile "traditionnel" (ne couvrant pas le visage) n'existe aujourd'hui que dans les écoles, les collèges et les lycées publics, et pour les agents du service public. Ces derniers, en tant que représentant de la République, sont directement touchés par le principe de laïcité.

Peu de lois, beaucoup (trop) d'interprétations

Du point de vue législatif, c'est à peu près tout... Et la laïcité reste donc un concept assez flou, qui n'est d'ailleurs défini dans aucun texte législatif (y compris la loi de 1905 où le mot n'apparaît pas une seule fois). D'où une certaine confusion et de multiples sens donnés à la laïcité selon l'idéologie de chacun. La version officiellement soutenue par le gouvernement Valls, par exemple, décompose la laïcité en trois principes (pas vraiment moins flous) : "la liberté de conscience et la liberté de culte, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l'égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions". Ou pour faire plus simple : "la laïcité n'est pas une opinion parmi d'autres mais la liberté d'en avoir une", "pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l'ordre public".

La limite de la laïcité, c'est donc l'ordre public. Autrement dit, une notion pas vraiment plus précise...