Depuis plusieurs semaines, le réseau social Facebook prend, dans plusieurs pays du monde, des décisions qui ont eu une incidence sur la politique des pays en question. Une tendance paradoxale, à l'heure où Facebook dit vouloir faire apparaître moins de contenu politique sur ses fils d'actualité.

Facebook veut-il moins publier de politique... mais en faire plus ?
Facebook veut-il moins publier de politique... mais en faire plus ? © AFP / Josh Edelson

Dimanche, la page Facebook de l'armée birmane n'était plus accessible. "Tatmadaw True News Information Team" - c'est le nom de cette page – a été suspendue par la plateforme Facebook, "après des violations répétées de nos politiques interdisant l'incitation à la violence". Or, depuis le 1er février et le coup d'État qui a conduit notamment à l'arrestation de la dirigeante Aung San Suu Kyi, c'est l'armée, aussi appelée Tatmadaw, qui contrôle le pouvoir en Birmanie. Et c'est sur cette page, notamment, que les militaires ont justifié leur putsch, et dénoncé depuis novembre ce qu'ils estimaient être des "fraudes" lors des dernières élections. À plusieurs reprises par ailleurs, les militaires avaient coupé l'accès à Internet dans le pays, rendant impossible l'accès à Facebook. 

Dans sa justification, Facebook ne prend pas clairement position pour un camp ou pour l'autre. Mais sa décision n'est pas sans conséquences politiques pour le pays. Une action qui n'est pas sans rappeler une précédente suspension : celle de la page Facebook de Donald Trump, candidat perdant à l'élection présidentielle aux États-Unis, survenue juste après les violences au Capitole, à Washington. 

Là encore, Facebook (comme d'autres réseaux sociaux) avait suspendu la page du président sortant en raison des "incitations à la violence" qu'elle pouvait relayer. Mais cette suspension avait suscité un débat politique autour de la liberté d'expression et du pouvoir de censure des réseaux sociaux – et ce bien au-delà des États-Unis. 

Moins de politique dans les fils d'actualité

Facebook se met-il à faire de la politique ? Le réseau social semble engagé, depuis plusieurs semaines, dans un double mouvement paradoxal : après avoir passé plusieurs années à devoir répondre de son influence sur la propagation de fausses informations et sur certains résultats électoraux, Facebook a annoncé, début 2021, vouloir réduire la présence de contenus politiques dans ses fils d'actualité. 

Fin janvier, Mark Zuckerberg disait vouloir favoriser les interactions "positives" sur sa plateforme. Ainsi, des utilisateurs canadiens, brésiliens et indonésiens testent, depuis cette semaine, de nouveaux algorithmes réduisant la distribution des contenus à caractère politique. 

"Pendant ces tests, nous explorerons différentes façons de classer les contenus politiques sur les fils des utilisateurs, à partir de différents signaux, et nous déciderons ensuite quelles approches nous utiliserons à l'avenir", a expliqué l'une des responsables du réseau social, Asatha Gupta, qui ajoute qu'aux États-Unis, les contenus politiques ne représentent en réalité que 6% de ce que voient les utilisateurs et utilisatrices. 

Un vrai bras de fer politique en Australie

Pourtant, en parallèle, Facebook est engagé actuellement dans la bataille la plus politique de son histoire, en Australie : alors que le gouvernement australien défend un projet de loi visant à obliger les géants du numérique à rémunérer les titres de presse locaux, Facebook a répliqué de manière radicale. Le réseau social a bloqué tous les contenus d'actualité pour les internautes australiens : sur tout le territoire, il est devenu impossible de partager des liens vers des sites d'info, et toutes les pages des médias australiens ont été bloquées. 

Dans ce cas, pas de référence aux conditions d'utilisation du site, il s'agit bien d'un réel bras de fer politique et diplomatique entre un État, d'un côté, et un acteur privé surpuissant de l'autre (il compte 2,7 milliards d'utilisateurs dans le monde, si l'on cumule tous ses services), qui entend bien faire entendre sa voix dans le débat public. Un bras de fer alarmant à l'heure où, aux États-Unis et dans l'Union européenne aussi, les législateurs planchent sur des modes de rémunération plus équitables pour les médias locaux. Et, avec les interventions du réseau social en Birmanie et aux États-Unis, un rappel du poids politique que celui-ci peut avoir