Embarquez cette semaine sur les bateaux de la Brigade Fluviale de Paris, qui veille à la sécurité d'une partie de la Seine et ses canaux. Ses missions sont peu connues et pourtant essentielles, entre sauvetages, recherches pour la police criminelle et évacuation des quais lors des crues.

La brigade fluviale de Paris
La brigade fluviale de Paris © Radio France / Ariane Griessel

Épisode 1 : Des bureaux qui tanguent

3 min

épisode 1 : être policier sans être trop confronté à la violence

Par Ariane Griessel

Quai Saint-Bernard, dans le Ve arrondissement de Paris, nous découvrons les locaux d'un service de police un peu particulier : la Brigade fluviale de la Préfecture de police de Paris. Cette unité spéciale, créée lors de l'exposition universelle de Paris de 1900, est installée dans des préfabriqués, sur l'eau: "Si un bateau passe trop vite, on tangue!" raconte la commandante Sophie Malherbe, cheffe du service. 

Un des volets méconnus des activités de la brigade est le travail de police scientifique : "Ils nous sollicitent pour trouver l'arme d'un crime, nous sommes aussi amenés à faire des constatations lorsqu'il y a des découvertes de cadavre", détaille Sophie Malherbe. Mais, en été, la brigade est surtout préoccupée par les baignades, interdites car dangereuses par endroit  : "Malheureusement, chaque année nous avons des jeunes qui décèdent, parce qu'ils se font piéger par les fonds", explique la cheffe de service.

Les policiers de la brigade sont également chargés de faire respecter la réglementation fluviale, de contrôler les bateaux, qu'ils soient en navigation ou au port.  En marge des manifestations, c'est aussi à eux de veiller à ce que personne ne tombe à l'eau.

Pour Sophie Malherbe, travailler dans la brigade fluviale est un luxe, et les rapports avec la population sont très différents : "Les gens nous disent bonjour, ils nous sourient!". Pour Sophie Malherbe, c'est un peu comme "travailler dans un cocon", mais il ne faut pas oublier le danger, "toujours présent".

Épisode 2 : "Le moteur n'a pas le temps de chauffer!"

4 min

Episode 2 : "Le moteur n'a pas le temps de chauffer !"

Par Ariane Griessel

Qui dit brigade fluviale dit bateaux : celle de Paris en compte treize, dont un remorqueur équipé d'une grue, qui permet de sortir les véhicules tombés à l'eau. A bord de leurs semi-rigides, s'ils sont appelés pour un sauvetage, les policiers sont prêts à s'équiper en quelques minutes pour plonger.

La commandante Sophie Malherbe nous emmène visiter l'atelier mécanique. Au milieu des combinaisons en train de détremper, le chef d'atelier Stéphane, lui-même ancien plongeur, veille sur les bateaux parfois rudement sollicités: "C'est des départs rapides, le moteur n'a pas le temps de chauffer, il y a beaucoup de casse!

Le service a également un rôle de "maraude". Quand la Seine est en crue, la brigade fluviale est amenée à évacuer les sans-domicile installés sous les ponts  "avec les chiens, les chats" raconte Sophie Malherbe. "L'approche est parfois compliquée, car des sans domiciles fixes sont très bien installés" souligne la commandante. La brigade fluviale de Paris travaille ainsi avec la Brigade d'assistance aux personnes sans abri, pour établir une cartographie des sans-abris et permettre leur prise en charge.

Épisode 3 : Les "experts" de l'eau

4 min

Episode 3 : les "experts" de l'eau

Par Ariane Griessel

Un crucifix, des menottes, un casque de la Première guerre mondiale… La brigade fluviale de Paris a son petit musée des objets insolites retrouvés au fond de l'eau. Il y a aussi ces lingots… de plomb. "Une mallette pleine a été trouvée un jour, tout le monde pensait que c'était de l'or, raconte Nicolas Leclerc, brigadier-chef. En fait, c'était un tournage qui avait mal tourné. Ils avaient perdu la valise. C'était du plomb, ça ne valait rien. Les policiers de la Brigade fluviale sont les "Experts" de l'eau. 

Ils sont régulièrement missionnés dans des enquêtes criminelles : "Une personne disparue, une arme qu'on doit trouver suite à un meurtre… Il peut y avoir des recherches de véhicule, ou d'indices, ça peut être un téléphone, un ordinateur, un coffre-fort" énumère  Nicolas Leclerc.  Le fond de la Seine devient parfois une scène de crime à photographier et à analyser: "Il faut bien comprendre qu'on est les yeux du magistrat ou de l'enquêteur et que lui ne voit pas ce qu'il y a sous l'eau." Or, "l'eau est un endroit où les gens se disent que ça peut disparaître et donc il y a pas mal de choses à chercher".  

Épisode 4 : La police du fleuve

4 min

épisode 4 : la police du fleuve

Par Ariane Griessel

Au sein de la Brigade,  une unité judiciaire est chargée de faire les contrôles dans les ports et les écluses. Les policiers vérifient les documents de bord, les dispositifs de géolocalisation et la présence des équipements de sécurité sur les bateaux de marchandise comme de plaisance.

Marie-Charlotte, qui fait partie de cette unité, explique qu'il faut travailler avec une réglementation "compliquée", sur la vitesse et l'alcoolémie. Ces contrôles sont généralement bien acceptés des mariniers comme des bateaux de plaisance, à l'image de ce groupe de jeunes touristes. Les papiers sont en règle, l'équipement aussi, et le fonds d'alcool "gentillet".

Épisode 5 : Sur la Seine, l'entraide au quotidien 

4 min

Episode 5 : Sur la Seine, l'entraide au quotidien

Par Ariane Griessel

Le fleuve et ses canaux, c'est un petit monde: quand la brigade fluviale effectue un contrôle, en amont et en aval, l'information circule vite entre les bateaux.

"Il y a vraiment de l'entraide, c'est un milieu très particulier" décrit la cheffe Sophie Malherbe. Et la brigade jouit d'une bonne image: c'est elle qu'on appelle pour aider un bébé cygne, coincé avec un hameçon de pêcheur dans le bec, ou sauver un chien tombé d'un bateau de marinier.

Les nouvelles recrues peuvent être surprises de ce rapport avec les mariniers ou les riverains: certains policiers "qui avaient l'habitude de se faire insulter ont un temps d'adaptation parce qu'ici les gens sont gentils avec eux!".

C'est le cas d'André, arrivé en septembre 2020. Après quatre ans et demi à La Courneuve dans le 93, il avait envie de découvrir un nouveau milieu professionnel, et de mettre à profit ses compétences de secouriste et de sauveteur aquatique. Il savoure aujourd'hui l'accueil réservé aux policiers sur le Seine: "Nous ne sommes pas perçus comme des policiers qui effectuent de la répression. Quand on passe, on nous fait coucou !".