Les dons en faveur de la Ligue contre le cancer se sont effondrés : 8 millions d'euros en moins cette année, une baisse "sans précédent" de 16 %, que l'association attribue à la crise et aux "incertitudes fiscales" (CSG et prélèvement à la source). Christophe Leroux est directeur de la communication de la Ligue.

La Ligue contre le cancer constate en cette fin d'année une baisse de 16% des dons
La Ligue contre le cancer constate en cette fin d'année une baisse de 16% des dons © Maxppp / Sébastien JARRY

Comment expliquez-vous le fait que les dons se soient effondrés cette année ?

"C'est dû au climat général, on note d'ailleurs une accélération de la baisse à peu près au début des mouvements sociaux, de ce qu'on a appelé 'gilets jaunes'. Cette baisse est due aussi aux incertitudes fiscales. Elle avait commencé nettement en septembre, avec les hésitations sur le prélèvement à la source. Et puis bien sûr il y a la CSG qui n'a rien arrangé, en particulier pour les personnes retraitées qui sont les grands donateurs des associations en France (dont la Ligue). Tout ce climat de défiance, la crise du pouvoir d'achat, ont des conséquences directes pour la Ligue contre le cancer.

D'autant plus qu'on note un petit désintérêt concernant la lutte contre le cancer, les Français se reportant un peu sur d'autres causes. Parce qu'on a fait des progrès, ils pourraient imaginer qu'on est en passe de gagner la lutte contre le cancer, ce qui est malheureusement loin d'être le cas."

Avez-vous vous eu des contacts avec les donateurs ? Vous ont-ils confirmé les raisons de cette baisse des dons ?

"Nos donateurs fidèles nous appellent pour s'excuser, ce qui nous touche beaucoup, en nous disant que dans le meilleur des cas ils reportent leurs dons à l'année prochaine, si tout va bien. Mais dans une forte proportion, ils annulent leurs dons en expliquant qu'ils veulent préserver plutôt la générosité au sein de la famille, c’est-à-dire : donner à leurs enfants et à leurs petits-enfants, qui semble-t-il connaissent des problèmes importants. Également mettre de côté, au cas où.  Il y a beaucoup de 'au cas où'. Les gens sont vraiment dans l'incertitude et la crainte.

Les départements qui sont les plus économiquement fragiles sont ceux où il y a le plus de besoins pour les personnes malades. Ce sont aussi les départements où la baisse des dons est la plus drastique : je pense aux départements ruraux, aux départements périurbains, à l'Outre-me, où la baisse s'est faite dans des proportions incroyables. Sur certains départements, on est à -40 %."

Quelles sont les conséquences pour la Ligue de cette baisse de dons ?

"Elles vont être dramatiques. La Ligue est le premier financeur privé de la recherche contre le cancer en France, mais c'est aussi la première association d'aide et d'accompagnement des personnes malades pour ne citer que deux de ses missions. Si on applique le ratio, c'est par exemple une quinzaine d'équipes d'excellence de recherche contre le cancer et 37 jeunes chercheurs qui pourraient ne pas être soutenus. 2 000 familles qui pourraient ne pas être aidées, alors que malheureusement la précarisation due au cancer s'accentue aussi. Ce sont des choses très concrètes ! Évidemment nous chercherons à préserver le plus possible les personnes malades, les arbitrages seront douloureux et totalement inédits.

En 2017, le soutien à la recherche représentait 36 millions d'euros et le budget alloué à l'action et l'accompagnement des personnes malades était de plus de 21 millions d'euros, selon la Ligue.

Une situation sans précédent qui peut être corrigée. Il reste encore quelques jours avant la fin de l'année, un élan de générosité peut modérer, tempérer un peu cette baisse dramatique. Mais c'est vrai que là, on termine l'année avec tous les voyants au rouge et ça, ça ne s'est jamais produit comme ça."

► SUR LE WEB - Vous pouvez notamment donner sur le site de la Ligue

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