Le ministre de l'Agriculture affirme que l'usage de produits phytosanitaires et de glyphosate a baissé de 35% entre 2018 et 2019. Des chiffres qu'il convient néanmoins de replacer dans leur contexte, avec notamment une explosion des ventes en 2018.

Les agriculteurs avaient fait de gros stocks de produits phytosanitaires avaient fait de gros stocks en 2018, ce qui explique en partie la baisse.
Les agriculteurs avaient fait de gros stocks de produits phytosanitaires avaient fait de gros stocks en 2018, ce qui explique en partie la baisse. © AFP / FRANCOIS GUILLOT

"Entre 2019 et 2018, la baisse des produits phytosanitaires et du glyphosate, c'est moins 35%", a affirmé le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume vendredi sur franceinfo. Le ministre répondait au député européen Europe Écologie - Les Verts Yannick Jadot, qui avait affirmé hier que l'utilisation du glyphosate avait "augmenté" en France. "Ce qui fait sur les deux ans -30%, entre 2019 et 2017. C'est une excellente nouvelle", s'est réjoui le ministre.

Dans la foulée, interrogé par France Inter, le ministère de l'Agriculture nous a communiqué d'autres chiffres, plus affinés : il y a ainsi eu, dit le ministère, une baisse de 35% de la quantité totale de substances actives vendues de glyphosate entre 2018 et 2019, et de 40% de la quantité de substances actives vendues de tous les produits phytosanitaires. La baisse de la quantité totale est en outre de 50 % pour les produits les plus dangereux (les CMR, les cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques...).

Si ces annonces étaient confirmées, cette baisse serait historique. Lancés en 2008 après le Grenelle de l'environnement, les plans Écophyto successifs, destinés à réduire massivement l'usage des pesticides en France, n'ont jamais respecté leurs objectifs. Un bilan du suivi officiel du dernier plan Écophyto est prévu mardi prochain.

Des chiffres qui s'expliquent par de gros stocks en 2018

Mais ces chiffres à la baisse, doivent être pris avec des pincettes. Car en 2019, les agriculteurs auraient utilisé les stocks constitués l'année précédente, indique François Veillerette, porte-parole de l'association anti-pesticides Génération future. 2018 a ainsi été une année où les agriculteurs ont acheté beaucoup de produits phytosanitaires parce qu'ils savaient que les taxes sur les produits de traitement allaient être bien plus élevées l'année suivante. En outre, la forte utilisation en 2018 s'explique aussi par une météo mauvaise. Autant d'éléments qui relativisent la baisse évoquée par le ministre Didier Guillaume.

"On a eu une année meilleure après une année mauvaise. Tous les stocks de produits qui ont été faits l’année dernière, qui ont justifié une augmentation forte des ventes, c’est autant de produits qui n’ont pas été acheté l’année suivante. Ça justifierait en grande partie cette baisse annoncée aujourd’hui", selon François Veillerette. Le militant écologiste en outre choqué de la communication "cavalière" de Didier Guillaume, "sans que personne ne soit au courant." Le ministère, de son côté, tempère : "les chiffres sont également en baisse par rapport à 2017, et la tendance globale est à la baisse : -8% en moyenne triennale sur le glyphosate."

Une tendance générale préoccupante

Qui plus est, une bonne année, ça ne veut pas pour autant dire que la tendance générale, si l'on remonte encore plus loin dans le temps, est bonne, pointe François Veillerette : "Globalement, on a vu une augmentation de 15-20% de l’usage des pesticides depuis le début du plan Écophyto, au lieu d’avoir une diminution. On a commencé à 62-63.000 tonnes, si le plan avait marché on serait aujourd’hui à 32.000 tonnes. Or on a été à plus de 80.000, donc c’était un échec total."

François Villerette cite aussi l'outil de calcul auquel se référerait le ministre : les quantités de substance active vendues, autrement dit le volume de ventes. Un indicateur qui n'est pas forcément idoine : "L’indicateur des quantités de pesticides n’est pas un indicateur pertinent car tendanciellement, les produits sont de plus en plus utilisés à des doses faibles par hectare. Cela veut dire qu’ils sont de plus en plus puissants et de plus en plus toxiques. Où avant il fallait plus d’un kilo de fongicides, aujourd’hui 50 grammes suffisent."

De son côté, le ministre de l'Agriculture précise qu'il n'y aura pas de sortie totale du glyphosate en 2021, car certaines filières n’ont pas trouvé d’alternatives. Il demande aussi aux organismes chargés de l’expertise scientifique en France (Anses, Inrae...) d’accélérer la recherche de produits alternatifs.

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