Bayer-Monsanto a annoncé mercredi un accord d'indemnisation d'environ 10 milliards de dollars, pour mettre fin aux milliers de litiges qui l'opposent à des plaignants américains sur le Round'up. Paul François, l'agriculteur charentais en lutte contre Monsanto depuis près de 15 ans, réagit au micro de France Inter.

Paul François, agriculteur charentais, a porté plainte contre Monsanto en 2005.
Paul François, agriculteur charentais, a porté plainte contre Monsanto en 2005. © AFP / Nicolas Liponne

Le géant allemand de l'agrochimie Bayer a annoncé mercredi un vaste accord d'indemnisation, pour un montant d'environ 10 milliards de dollars, dans le cadre du litige qui l'oppose à des milliers de plaignants aux États-Unis sur le Round'up, un pesticide accusé d'être cancérigène. Paul François, agriculteur en Charente a été gravement intoxiqué en 2004 en manipulant un autre herbicide de Monsanto, le Lasso, interdit en France trois ans plus tard. Depuis près de 15 ans, son long combat pour faire condamner la multinationale par la justice est devenu emblématique. Il répond aux questions de Sandy Dauphin.

FRANCE INTER : Accepteriez-vous une indemnisation de la part du groupe ?

PAUL FRANÇOIS : "J’allais dire qu’il vaut mieux une condamnation. Mais en même temps, ça fait 15 ans que je me bats contre Monsanto, et Bayer aujourd’hui. Je serais à la place des victimes américaines, je crois qu’humblement, j’accepterais l’indemnisation. Parce que cette procédure m’a tellement usé, a usé ma famille, a tellement eu de conséquences sur ma vie, qu'aujourd’hui on m’aurait proposé le même deal, je l’aurais fait.

Quand on sait le coût moral, physique d’une telle procédure avant même le coût financier… Si j'étais une victime aux États-Unis, je pense que j’accepterais en me disant que de toute façon, c’est David contre Goliath. Quand vous êtes un simple citoyen, porter plainte contre une firme telle que Monsanto et Bayer aujourd’hui, on ne s’imagine pas ce que cela représente. Il vaut mieux des condamnations mais en proposant cette somme, ils savent très bien que les victimes préféreront accepter cette indemnisation et stopper les procédures."

Comment réagissez-vous à l’annonce de cette indemnisation ?

"Ça montre tout le côté paradoxal de cette firme. Comment peut-on verser 10 milliards de dollars si le produit n’est pas dangereux ? Ils disent que c’est pour stopper les procédures. Le droit américain le permet. Mais pour eux le produit n’est toujours pas cancérigène, ils ne donneront pas de précision supplémentaire sur l’étiquetage… et de l’autre côté, ils versent 10 milliards. Ça montre bien qu’ils ont peu de scrupules. Aujourd’hui ils sont prêts à verser 10 milliards pour continuer de le commercialiser. Cette firme préfère continuer à empoisonner des gens. L’argent passe avant l’intérêt de la santé humaine."

Vous retrouvez ce 'paradoxe' dans votre procédure ?

"Oui, le produit qui m’a intoxiqué en 2004 était déjà interdit sur le continent américain depuis 1985. Ce produit, le Lasso, était le produit phare à l’époque, le plus vendu par la firme Monsanto dans ces années-là, avant le Round'up. Il avait été retiré du marché canadien en 1985, des États-Unis dans les années 90, comme dans une partie de l’Europe. Il a été interdit définitivement en 2007, après mon intoxication."

La justice française a donné raison trois fois à Paul François, en reconnaissant la responsabilité de Bayer - Monsanto dans son intoxication. Il attend l'ultime décision de la Cour de cassation en septembre prochain.

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