Le candidat La République en marche à la mairie de Paris Benjamin Griveaux a indiqué, lundi matin sur France Inter, avoir voté contre un amendement destiné à créer une police municipale dans la capitale. Or, après vérification, il n'était pas présent lors de ce vote à l'Assemblée nationale.

Absent de l'Assemblée nationale, Benjamin Griveaux n'a pas voté pour ou contre l'amendement pour créer une police municipale à Paris.
Absent de l'Assemblée nationale, Benjamin Griveaux n'a pas voté pour ou contre l'amendement pour créer une police municipale à Paris. © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

Contre ou pas contre ? Interrogé lundi matin sur France Inter, Benjamin Griveaux affirme avoir "voté contre" un amendement à l'Assemblée nationale qui visait la création d'une police municipale à Paris. Sauf que, au moment de ce vote, le député La République en marche était absent de l'hémicycle. 

Après avoir déjà été rejeté par le Sénat, cet amendement a finalement également été rejeté par la majorité des députés le 21 novembre 2019, dans le cadre de l'examen du projet de loi "Engagement et proximité". C'est une exception parisienne : la maire ne peut pas se doter d'une police sans l’accord de l’État. À deux mois des élections municipales, c'est un coup dur pour Anne Hidalgo qui promettait l'engagement de cette police municipale "dans le courant 2019".  

Benjamin Griveaux reconnaît une absence "pour raisons personnelles"

Dans l'entretien à France Inter, Léa Salamé lance "Vous vous êtes abstenu". Mais Benjamin Griveaux insiste :

"Non, j'ai voté contre, je ne me suis pas abstenu, j'ai voté contre et j'assume."

"On ne crée pas une police municipale par un amendement fait la nuit [qui] ne dit rien ni des compétences de la police municipale par rapport à la police nationale, ni comment vous formez vos policiers municipaux, ni quelles sont leurs champs d'intervention", justifie le candidat LREM aux prochaines élections municipales. Il ajoute : "Ce n'est pas sérieux, c'est de la com' et moi j'en ai assez d'avoir une maire qui fait de la communication".

Pas de trace numérique des voix comptabilisées ce jour-là : le vote était organisé à main levé, relevé à vue par le président de l'Assemblée. On peut néanmoins consulter le compte-rendu et la vidéo de la séance, où l'on peut constater l'absence de Benjamin Griveaux dans un hémicycle clairsemé

Le texte était porté au Parlement par la députée socialiste George Pau-Langevin qui souhaitait "demander des pouvoirs plus importants pour les agents de la ville de Paris chargés du service de police"et que les agents qui exercent ces pouvoirs "aient des droits compatibles avec leur statut".

Contacté par téléphone après son passage sur France Inter, Benjamin Griveaux indique finalement qu'il était bien absent "pour des raisons personnelles", et que cette absence avait "déjà été relevée plusieurs fois, ça n'est pas une nouveauté. Mais le groupe majoritaire [La République en marche, NDLR] a voté contre et j'étais contre, comme le rapporteur de la loi, Bruno Quesnel". 

Par ailleurs, "c'était un vote à main levé et non un scrutin public, s'étonne-t-il, il n'y a donc pas de possibilité de déléguer son vote et on ne peut même pas savoir qui a voté quoi, c'est déclaratif". Il conclut : "J'assume de faire ce débat publiquement, pas en catimini à l'Assemblée nationale".

De son côté, Anne Hidalgo a dénoncé ce rejet comme une "manœuvre électoraliste". Son premier adjoint, Emmanuel Grégoire, estime que "c'est sciemment qu'il ne l'a pas fait en raison de la proximité des élections municipales en mars". Toutefois, plusieurs parlementaires parisiens, dont le candidat LREM dissident Cédric Villani, ont voté en faveur de l'amendement.

Anne Hidalgo a longtemps été contre

Au cours de son interview sur France Inter, l'ex porte-parole du gouvernement a aussi affirmé que la maire de Paris, Anne Hidalgo, "refuse" la police municipale "depuis 15 ans". Il a été immédiatement corrigé par Léa Salamé : "Elle demande la police municipale". En effet, l'élue socialiste s'y est longtemps opposée mais Anne Hidalgo a changé d'avis en janvier 2019, en annonçant être désormais favorable à la création d'une police municipale.

"Parce que depuis 2015, la police nationale a été beaucoup plus mobilisée sur ces tâches qui sont celles de la lutte contre le terrorisme, le grand banditisme, les trafics de drogue et le maintien de l'ordre, il fallait assurer une présence qui était beaucoup moins visible et beaucoup moins forte", explique-t-elle dans une interview au Parisien. Elle annonce cependant que cette "police du quotidien" ne sera "pas équipée d'armes létales".

C'est là un "point de divergence majeur" note Benjamin Griveaux qui confie avoir lui-même "changé d'avis sur cette question". Dans son programme, il propose une police municipale, mais avec 5 000 agents dotés d'armes de poing. "Quand vous avez un agent de la ville de Paris avec un uniforme marqué 'police municipale' dessus, vous en faites de facto une cible", juge-t-il.

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