Un million de signatures à récolter en un an : c'est l'objectif de la pétition soutenue par 130 ONG, contre l'élevage en cage dans l'UE. À l'occasion de son lancement ce mercredi 10 octobre, une manifestation choc avait lieu à Paris. Mais d'ici à faire sauter les barreaux des élevages, il reste encore beaucoup à faire.

Pamela Anderson et Maxime Dereymez le 10 octobre 2018 à Paris
Pamela Anderson et Maxime Dereymez le 10 octobre 2018 à Paris © Maxppp / Leon Tanguy

Pamela Anderson, enfermée dans une cage, place de la République : le tableau a de quoi détonner. Mais il'image est là pour marquer les esprits. Ce mercredi 10 octobre, personnalités, politiques et militants se sont rassemblés à Paris, pour soutenir le lancement de l'Initiative citoyenne européenne, pour la fin de l'élevage en cage. Cette pétition géante, soutenue par 130 ONG européennes, vise à récolter un million de signatures en un an, pour obliger Bruxelles à légiférer sur le sujet. 

300 millions d'animaux élevés en cage dans l'UE

Cette question du bien-être animal, vous en entendez parler régulièrement, depuis quelques années, via notamment des vidéos d'associations qui filment les élevages en caméra cachée, pour dénoncer leurs conditions de vie. Et la liste des scandales est longue : animaux morts ou entassés les uns sur les autres, conditions de vie déplorables, saleté, blessures, comportements pathologiques...

Des militants anti-cages place de la République à Paris
Des militants anti-cages place de la République à Paris © Radio France / Nina Valette

Aujourd'hui, 9 européens sur 10 affirment se préoccuper du bien-être des animaux d'élevage, et 8 sur 10 pensent qu'ils devraient être mieux protégés. En France pourtant, les filières élevant des animaux en batterie sont encore nombreuses : poules, lapins, canards, cailles et porcs, naissent et vivent majoritairement en cage.

L'élevage "naturel", impossible selon certains professionnels

Paul Auffray est le patron de la Fédération nationale porcine et éleveur depuis 30 ans dans les Côtes-d'Armor. Ses porcs sont rassemblés par dix dans un box, appelé "case". "J'ai toujours connu ça", explique-t-il. L'éleveur se défend des mauvais traitements que l'élevage en milieu fermé engendrerait. 

On leur apporte tout le confort nécessaire. Les bêtes qui seraient mieux à l'air libre, c'est une vision bucolique et très citadine. Chez nous, les animaux sont en milieu fermé pour éviter les problèmes de maladies, parce qu'on sait que lorsqu'un élevage est exposé aux éléments extérieurs, ça provoque de nombreux  problèmes respiratoires et digestifs.

Les truies enfermées pendant quatre semaines lorsqu'elles mettent bas ? "C'est pour qu'elles évitent d'écraser leurs bébés, qui sont entre 10 et 14 à chaque portée." Les dents des porcelets limées à la naissance ? Très pointues, elles risquent d'abîmer les mamelles des mères. Les queues coupées ? "Parce que plus tard, certains animaux peuvent se mordre entre eux, ce qui provoque des infections qui se propagent à la colonne vertébrale. Donc, nous anticipons : quand ils sont petits, ils ressentent peu de douleur, et ça cicatrise en 24 heures."

Si nombre d'opposants à l'élevage fermé réclament que les animaux passent leur vie dehors, en plein air, l'éleveur de 54 ans doute beaucoup de cette possibilité. 

Moi, je ne suis pas certain qu'on puisse faire de l'élevage dans les conditions des animaux sauvages, sauf à récupérer toutes les maladies possibles et imaginables.

Bref : d'ici à ce que ces bêtes gambadent dans l'herbe avant de finir dans notre assiette, le chemin est encore long, très long.

Les poules élevées plus respectueusement d'ici 2022

Pour autant, cette démarche, une filière l'a entamée il y a près de trois ans : la filière "œuf". En 2012, l'Union européenne interdisait les cages individuelles. Restent toujours les cages dites "aménagées", le code "3" sur les oeufs que vous achetez en supermarché : les poules sont logées en groupe de 20 à 60 individus, et disposent de 750 cm² minimum chacune. En 2015, nouvelle étape : faire en sorte que la moitié des poules française ne soient plus élevées en cage d'ici 2022. 

Depuis, la filière a augmenté de 13 % le nombre de poules élevées hors-cage, comprendre : les élevages au sol (mais en intérieur), en plein air ou en bio. En 15 ans, leur proportion a presque doublé. Une tendance encourageante donc, mais pour autant, 6 poules sur 10 continuent d'être élevées en batterie en 2018.

Une transition coûteuse... et imparfaite

Selon l'Interprofession des oeufs (CPNO), il faudra débourser en tout 277 millions d'euros, pour parvenir à cet objectif de "50/50". En outre, l'élevage respectueux a aussi un coût. Avec l'élevage en batterie, les économies d'échelle permettent d'être très rentable. Pour le reste, il faut compter 15 % de plus pour l'élevage au sol, 22 % de plus pour le plein air, 35 % de plus pour le Label Rouge. En bio, les coûts de production sont carrément doublés (113 % d'augmentation). Conséquence : les professionnels demandent une "revalorisation rapide des prix de vente". Autrement dit, il faudra vous apprêter à payer vos œufs plus chers.

Par ailleurs, si aujourd'hui la moitié des œufs vendus en grande surface ont été produits hors cage, ce n'est pas le cas du côté des industriels. Glaces, pâtisseries, pâtes, plats cuisinés : la grande majorité des produits transformés avec de l’œuf (ovoproduits) restent obtenus avec des œufs issus de poules élevées en batterie. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.