Les forces de l'ordre ont évacué le site de Douchy les Mines vers 5h du matin
Les forces de l'ordre ont évacué le site de Douchy les Mines vers 5h du matin © MaxPPP

Alors que la majorité des raffineries de France ont voté la grève mardi, une nouvelle intervention de la police a eu lieu tôt mercredi matin pour débloquer le depôt de carburant de Douchy-les-Mines. Selon les professionnels du secteur, la France puise dans ses réserves pétrolières depuis deux jours. Le conflit se durcit entre le gouvernement et la CGT, qui appelle à ces deux nouvelles journées de mobilisation contre la loi travail, suivie sur les rails ou dans les centrales EDF.

Le gouvernement ne veut rien lâcher sur la loi Travail. Le Premier ministre Manuel Valls l'a affirmé ce mercredi à l'Assemblée nationale : "la CGT ne fait pas la loi dans ce pays", alors "pas de retrait" du texte de la ministre du Travail Myriam El Khomri, ni de "remise en cause" de l'article 2 sur les accords d'entreprise.

Pas de quoi décourager la CGT, qui poursuit sa mobilisation. Après le site pétrolier de Fos-sur-mer hier, les CRS sont intervenus ce mercredi matin vers 5h à Douchy-les-Mines (Nord), pour déloger les syndicalistes, environs 80 personnes, qui occupaient le dépôt de carburant depuis le 19 mai dernier.

Un déblocage sans heurts, mais rapide et avec l’utilisation de canon à eau, selon les précisions d’un représentant du syndicat Sud dans le Valenciennois :

On veut le retrait de la loi El Khomri, on est obligé de se battre. Durant notre mouvement, on s'est senti soutenu par la population, on a même reçu 4.000 euros de caisse de grève (Willy Dans du syndicat Sud dans le Valenciennois )

A 6h, les pompiers ont dégagé les routes et éteint les feux de pneus. Dans le même temps, les stations-essences de la région sont toujours, pour la plupart, à sec, (1 sur 5 selon la préfecture) et les automobilistes sont de plus en plus nombreux à franchir la frontière belge pour aller s’approvisionner.

La France a entamé ses réserves

L'Union française des industries pétrolières (Ufip) a annoncé que la France avait commencé, depuis deux jours, à puiser dans ses stocks de réserves stratégiques : "Chaque jour, on ponctionne l'équivalent d'un jour de consommation ", a précisé Francis Duseux, son président. Donc, au pire, si la situation restait très tendue, on ferait ça pendant trois mois ".

Dans le même temps, le président de l’Ufip estime que les automobilistes "contribuent un peu" au problème, en remplissant les réservoirs par peur du manque.

La consommation est multipliée par trois, voire par cinq dans certaines zones. Or, on n'est pas équipé pour ça (Francis Duseux, président de l'Union française des industries pétrolières - Ufip)

Stocks de carburant
Stocks de carburant © Visactu

Toujours 6 raffineries sur 8 au ralenti

Manuel Valls a réaffirmé qu'il n'y aurait "pas de retrait" du projet de loi travail et que "d'autres sites (de raffinerie) seront libérés".

Ce mercredi, six raffineries, sur les huit que compte le pays, sont toujours à l'arrêt ou tournent au ralenti, particulièrement celles de Total. Les sites de Feyzin (Rhône) et Gonfreville-L'Orcher (Seine-Maritime) sont ainsi totalement à l'arrêt , tandis que celui de Grandpuits (Seine-et-Marne) est en cours d'arrêt total, que "quelques unités" ne fonctionnent plus" à Donges (Loire-Atlantique) et que La Mède (Bouches-du-Rhône) fonctionne toujours "en débit réduit".

INFOGRAPHIE : Pénurie de carburant : tous les départements sont touchés sauf...
INFOGRAPHIE : Pénurie de carburant : tous les départements sont touchés sauf... © Radio France

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Mobilisation sur les rails et chez EDF

Ces deux nouvelles journées de mouvement social devraient provoquer des perturbations sur les rails, avec une nouvelle grève attendue mercredi et jeudi à la SNCF.

ChezEDF, la CGT Energie a appelé à un mouvement d’actions dans ses centrales nucléaires , et celle de Nogent-sur-Seine (Aube) a voté mardi pour action forte enclenchée dès ce mercredi à 22h. L’un de ses deux réacteurs est déjà arrêté pour un problème technique, les salariés envisagent de ne pas le redémarrer, avant de couper le second.

Selon les syndicats, des coupures de courant ont aussi été volontairement provoquées, en signe de protestation contre la loi El Khomri , sur le site du large centre commercial de Plan-de-Campagne (Bouches-du-Rhône) ou à Nantes .

INFOGRAPHIE : Loi Travail : les salariés de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine votent la grève
INFOGRAPHIE : Loi Travail : les salariés de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine votent la grève © Radio France

Cette fois, la CGT, qui a entamé un bras de fer avec le gouvernement, espère une participation plus importante pour ces deux nouvelles journées d’action que celle enregistrée le 19 mai dernier, qui a compté entre 128.000 et 400.000 personnes selon les sources. Le, syndicat majoritaire à la SNCF, a également déposé un nouveau préavis de grève pour le mardi 31 mai , afin de peser dans la phase finale de négociations des conditions de travail dans l'entreprise.

Des blocages contestés par la CFE-CGC

Ces blocages et manifestations ne plaisent pas à tous les syndicats. La confédération des cadres CFE-CGC a dénoncé mercredi dans un communiqué "la prise en otage et la paralysie de la France", de quoi "torpiller" une amorce de reprise économique. La CFE-CGC dit faire "le pari du débat parlementaire" et assure que "les résultats sont là".

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