Depuis le début de la semaine, un mouvement social de grande ampleur touche la Guyane. Les collectifs demandent que les négociations se tiennent dans le département et non à Paris.

Une vue de Cayenne (illustration)
Une vue de Cayenne (illustration) © CC BY-SA 2.0 / Flickr / Dan Sloan

Les 37 syndicats réunis au sein de l'Union des travailleurs guyanais (UTG) ont voté samedi à l'unanimité la grève générale, à compter de lundi sur ce territoire ultramarin confronté à un mouvement social, a annoncé le secrétaire général de l'UTG, Albert Darnal.

Alors que la Guyane est touchée depuis plusieurs jours par une grogne sociale d'ampleur, cette grève générale a été décidée pour protéger les salariés grévistes dans des secteurs très divers, a précisé M. Darnal.

Des mesures pour une sortie de crise ?

Cette grève intervient alors qu'une mission interministérielle, dépêchée par le gouvernement et conduite par Jean-François Cordet, conseiller maître à la Cour des comptes et ancien préfet de Guyane, est arrivée samedi à Cayenne et a formulé plusieurs propositions dimanche, notamment la mobilisation de "25 policiers et 23 gendarmes [pour] renforcer les effectifs de la police nationale et de la gendarmerie, et la fidélisation d'un escadron de gendarmes mobiles à Cayenne", ainsi qu'une enveloppe de 60 millions d'euros débloquée en urgence pour le centre hospitalier de Cayenne.

L'envoi de cette "mission interministérielle de haut niveau en Guyane" a été annoncé dès vendredi par Bernard Cazeneuve. Il espère ainsi "entendre et analyser toutes les difficultés soulevées et poser les bases d'une négociation susceptible de déboucher sur des mesures opérationnelles et rapides", précise le communiqué.

Jeudi, la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts a appelé à la levée des barrages qui paralysent une partie des circulations dans le département de la Guyane. L’impact le plus spectaculaire, c’est le report jusqu’à nouvel ordre du tir de la fusée Ariane 5, vitrine économique du territoire. Mais le mouvement commencé en début de semaine a bien d’autres implications en Guyane.

Pourquoi ce mouvement social ?

Cette grève de grande ampleur est en fait une agrégation de plusieurs conflits sociaux.

L’un des premiers mouvements lancés était celui, lundi, des salariés de la société de transport Endel, une filiale d’Engie chargée en Guyane du transfert de la fusée Ariane vers son pas de lancement, à Kourou, pour demander une hausse des salaires.

La grève des salariés d’Endel était nationale mais a eu en Guyane une résonance particulière : la mobilisation s’est étendue et concerne désormais d’autres domaines : les salariés d’EDF se sont mis en grève, de même qu’une partie des agriculteurs du département, et que le personnel du centre médico-chirurgical de Kourou qui s’inquiètent de voir la Croix Rouge, gestionnaire du centre, s’en désengager.

La mobilisation concerne aussi des questions de sécurité : plusieurs collectifs, comme “Les 500 frères”, demandent à l’Etat de prendre ses responsabilités pour lutter contre la délinquance. L’implantation d’un commissariat à Kourou fait notamment partie des revendications.

A cela vient encore se greffer une mobilisation contre un projet d’extraction aurifère, rejeté par les associations de lutte contre l’orpaillage et contre les Amérindiens, qui dénoncent le “vol” de leur terre.

Quelle situation en Guyane ?

Le mouvement se traduit essentiellement par des blocages et des barrages, notamment à l’initiative du syndicat UTG-CGT (Union des travailleurs guyanais). Jeudi, plus d’une dizaine de barrages ont été érigées à l’entrée de plusieurs villes, dont le chef-lieu Cayenne. Devant ces barrages, essentiellement pacifiques, des chapiteaux ont été érigés. Le Grand Port de Cayenne, la préfecture et la Collectivité Territoriale (équivalent du conseil départemental et régional), sont aussi bloqués.

La semaine dernière déjà, la visite de Ségolène Royal en Guyane avait donné lieu à des barrages pour protester contre le retard de la signature du “Pacte pour l’avenir de la Guyane”, une promesse de François Hollande en 2013, jamais concrétisée, qui devait représenter 2 milliards d’euros.

Conséquences des barrages : le recteur a annoncé la fermeture des écoles, des collèges et des lycées “jusqu’à nouvel ordre”. Plusieurs stations-service commençaient également à subir des pénuries d’essence, et un Boeing 777 d’Air France qui devait se poser a dû rebrousser chemin, le personnel anti-incendie censé assurer la sécurité de l’atterrissage ayant été bloqué.

Problème : d’autres barrages ont vu le jour. Ces “barrages sauvages” montés par des personnes n’appartenant pas aux collectifs mobilisés ont été dénoncés jeudi par un communiqué du préfet, qui explique qu’il s’agit de blocages “sauvages” où des “rackets” ont lieu. “Seuls les barrages dressés par les collectifs seront maintenus”, déclare le préfet.

Du côté du transporteur Endel, un accord entre la direction a été trouvé pour une revalorisation des salaires, mais le blocage du site de Kourou s'est poursuivi. Le directeur du centre spatial guyanais, Didier Faivre, a annoncé qu'il n'y "aurait pas de lancement tant que la situation sociale ne sera pas réglée".

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