L'ONG Reclaim, dans son dernier rapport, montre que le monde de la finance, banques et investisseurs, malgré des engagements en faveur du climat, continue de financer des projets d'exploitation de pétrole et de gaz en Arctique. Une "bombe climatique" à venir.

Gazprom, ConocoPhillips ou encore TotalEnergies, qualifiés d'expansionnistes en Arctique par l'ONG
Gazprom, ConocoPhillips ou encore TotalEnergies, qualifiés d'expansionnistes en Arctique par l'ONG © AFP / Alexander NEMENOV

Le monde de la finance jette-t-il de l'huile sur le feu ? D'après le dernier rapport de l'ONG Reclaim, les banques et les grands investisseurs mondiaux participent encore massivement à l'exploitation des ressources de l'Arctique, peu importe les menaces que cela fait peser sur le climat. Ces réserves constituées de pétrole et de gaz "pourraient consommer 22% du budget carbone qu’il nous reste jusqu’en 2050 pour limiter le réchauffement climatique à moins d’1,5°C."

Plusieurs centaines de milliards de dollars de projets

Pour Alix Mazounie, chargée de campagne chez Reclaim Finance et autrice du rapport, "malgré les grands discours sur le climat, les banques et les investisseurs ont massivement financé les entreprises qui développent des nouveaux projets pétroliers et gaziers en Arctique." Au total, plus de 120 banques ont financé, sous forme de prêts ou d'émission d'obligation à hauteur de 314 milliards de dollars entre 2016 et 2020 ces entreprises, Gazprom, ConocoPhillips ou encore TotalEnergies qualifiées d'"expansionnistes en Arctique" par l'ONG.

Parmi ces banques, on retrouve JPMorgan Chase -de loin le 1er financier avec 18,6 milliards de dollars sur la période- Barclays, Citigroup, Goldman Sachs, mais aussi des françaises, comme BNP Paribas -en 7 place des plus gros soutiens avec 11,8 milliards de dollars- ou encore Crédit Agricole, BNP Paribas, Société Générale et BPCE/Natixis. Côté investisseurs, la région attire aussi les grands noms : BlackRock, Vanguard, Capital Group, Amundi. Au total, à date de mars 2021, 272 milliards de dollars étaient investis dans ces entreprises qui se lancent dans des  de nouveaux projets pétro-gaziers en Arctique.

Des engagements limités

Une situation pour le moins étonnante puisque certaines de ces banques et investisseurs, comme JPMorgan Chase, Barclays, BNP Paribas, ou encore Crédit Agricole, ont pris des engagements pour limiter l'impact de leurs financements et investissements sur l'Arctique. Crédit Agricole par exemple, a communiqué dès 2015, sur sa décision d'arrêter à partir de 2017 les financements de projets de mines de charbon ou d'exploitations d'hydrocarbures dans la région. Si elle s'y conforme effectivement depuis, et ne soutient plus directement les projets, la banque finance toutefois les entreprises, comme TotalEnergies, qui développent ces opérations en Arctique. Par ailleurs, Crédit Agricole, participe doublement au financement des entreprises expansionnistes, via sa filiale Amundi, qui elle n'a pris aucun engagement de limitation d'exploitation de la zone.

La question de la délimitation de la région dite "Arctique" prête également à interprétation. L'AMAP a établi en 1998 les contours d'une zone très large autour du Pôle Nord afin de prendre en compte le fait que les différents environnements sont interconnectés du Canada au Danemark et la Russie. Banques et investisseurs ont tendance à définir eux-mêmes cette zone Arctique, ouvrant l'exploitation possible dans de nombreuses régions considérées à risque par les ONG environnementales.

"Bombe climatique"

Pour Alix Mazounie, il y a urgence à agir car "aujourd'hui, les entreprises pétro-gazières font ce qu'elles veulent." Plus la fonte des glaces accélère, plus les entreprises découvrent de nouvelles zones de ressources à exploiter. Au début du mois, lors du Congrès mondial de la nature à Marseille, Emmanuel Macron a fait comprendre que l'État ne soutiendrait pas le projet de TotalEnergies "ArcticLNG 2" (qui prévoit de puiser du gaz naturel liquéfié en Arctique russe), mais "l'État n'a toujours pas confirmé qu'il ne soutiendrait pas financièrement le méga projet qui se situe justement en zone Arctique. C'est pourtant une bombe climatique qu'il faut désamorcer au plus vite. Le gouvernement doit dire clairement qu'il renonce à s'en porter caution et réguler les investissements au pétrole et au gaz."