Une campagne de communication a été lancée en grande pompe lundi sur Twitter pour promouvoir l'émoji drapeau breton. De quoi peut-être donner des idées à certains Corses et Basques, bien décidés eux-aussi à obtenir leur pictogramme sur les réseaux sociaux.

Une campagne a été lancée en grande pompe lundi matin pour promouvoir l'émoji drapeau breton. Image d'illustration.
Une campagne a été lancée en grande pompe lundi matin pour promouvoir l'émoji drapeau breton. Image d'illustration. © Radio France / Xavier Demagny

Les internautes ont dégainé l’émoji plus vite qu’un drapeau breton au premier rang d’un festival. Deux hashtags essaiment depuis ce lundi matin sur Twitter : #emojiBZH et #GwennHaDu, accompagnés du célèbre drapeau régional, le Gwenn ha Du. 

Objectif : convaincre le réseau social d’adopter définitivement l’émoji aux neuf bandes noires, qui correspondent aux neuf provinces historiques de la Bretagne. Et les internautes sont déjà – très – mobilisés pour faire adopter le petit pictogramme par les réseaux sociaux : 

"Nous avons obtenu de Twitter, grâce à l'action l'association Point BZH, l'émoticône drapeau breton en tapant #EmojiBzh. Toutes celles et ceux qui veulent voir cet émoticône arriver, toutes celles et ceux qui ont un manque au quotidien par rapport à cet émoticône qui n'a pas encore été mis en oeuvre, il faut utiliser matin, midi et soir #EmojiBzh pour faire monter les compteurs", exhorte le président de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, interrogé par France Bleu Breizh Izel.

Un matraquage en noir et blanc qui s'appuie sur une communication bien rodée. Parmi les partenaires recensés de l'opération sur le site de l'association Point BZH, le Conseil régional de Bretagne, mais aussi des marques comme le Slip Français ou Armor Lux. Résultat : un butin de plus de 20.000 euros récoltés pour financer la campagne de communication.

Pour Odile Ambry, experte et coach en communication, il s'agit d'une campagne "intelligente" : "c'est une campagne de com' pas très chère par rapport à des affiches dans le métro ou des organisations d’événements à la maison de la Bretagne : on est sur un coût très faible pour un résultat sur les réseaux sociaux qui est assez spectaculaire."

"On est essentiellement sur une campagne touristique"

Odile Ambry identifie deux gains majeurs pour la région Bretagne. Premièrement, "fédérer la diaspora, construire l’identité bretonne bien au-delà même du territoire de la Bretagne." Il y a aussi en ligne de mire l'enjeu touristique : "On est à peu près sur 70 % de la génération des 'millenials', les gens qui ont autour de 30 ans, qui choisissent leur destination sur Instagram. Et émoji ou pas émoji, on va parler de la Bretagne sur les réseaux sociaux : on est essentiellement sur une campagne touristique de promotion d’une marque qui se construit".

"C’est ce qu’on appelle dans le jargon de la communication du 'branding'. Le hashtag en vrai suffit : je ne suis pas sûre que l’émoji ajoute grande chose, en revanche il ouvre la porte à une super jolie campagne de com"

Une bataille est gagnée, mais pas la guerre. Au terme de quatre semaines d'opération, jusqu'au 9 février, il s'agira de trancher sur la pertinence de garder ou non le symbole breton. Pour cela, il faut convaincre le Consortium Unicode : une association privée à but non lucratif, chargée d'harmoniser les caractères informatiques et de valider les créations d'émojis. La réunion, décisive pour l'avenir 2.0 des Bretons, se tiendra à la fin du mois d'avril. En 2017, la proposition avait été rejetée. Mais "Unicode pourrait cette fois-ci accepter", juge Odile Ambry, la coach en communication.

Un émoji "Corsica" à 53.000 euros

Cela fait cher l'émoji. En novembre 2018, un texte avait créé la controverse sur l'île de Beauté : un rapport de l'assemblée corse, qui prévoit le financement d'un émoji "Corsica", pour la coquette somme de 52.800 euros. Soit un dixième du budget de l'aménagement numérique de la Collectivité de Corse (CdC), ont notamment noté nos confrères de France Bleu RCFM

But affiché : "asseoir l'image de la Corse sur le Web mondial". Cité par Le Parisien, Eric Ferrari, directeur de la transformation et de l'aménagement numérique de la Corse, abonde en ce sens : "Avoir un émoji dans tous les claviers de smartphone, pour nous, c'est une façon de se faire reconnaître dans l'univers d'aujourd'hui. Il est important d'avoir un symbole identitaire de la Corse dans le monde".

Lancée il y a deux ans, une pétition en ligne "Pour que le drapeau corse soit intégré aux émoji" n'a toujours pas franchi les 5.000 signatures. À la suite de l'annonce en grande pompe de l'émoji du drapeau breton, certains internautes corses accusent le coup.

Une pétition pour l'émoji drapeau basque

C'est en ligne que les partisans de l'émoji de l'ikurriña, le drapeau basque, se mobilisent. Une pétition, lancée en février 2017 par le journaliste Iñigo Landa Larrazabal, circule toujours afin de demander la création de l'émoji. Elle a récolté pour l'heure un peu moins de 15.000 signatures, sur les 25.000 souhaitées. Il s'agit de la deuxième tentative pour les signataires, dont la première pétition, remise à Google et au Consortium Unicode, n'avait pas débouché en raison de "problèmes techniques"

Une fois la barre des 25.000 signatures à nouveau franchie,  le journaliste enverra cette fois la pétition directement aux entreprises propriétaires des applications, comme WhatsApp ou Twitter, pour que ces dernières fassent pression sur la maison-mère et le Consortium.

"Un signe qui s'invente en fonction de ses usages"

"Il y a des enjeux identitaires autour des émojis, et ce sont des signes qui peuvent aussi être presque privatisables lorsqu’il s’agit d’émojis liés à des marques ou à des institutions", note de son côté Laurence Allard, maître de conférences en sciences de la communication, qui enseigne les cultures numériques à Lille. 

"Dans l’histoire des émojis des propositions émanent de tout un ensemble de groupes, qui peuvent être soit des citoyens qui militent pour l’inclusion et contre le 'technoracisme', comme les Africains qui ont réclamé des émojis à visage noir, mais aussi des marques, des ONG…", énumère la chercheuse. "C’est un signe qui s’invente en fonction de ses usages et de ses usagers."

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