Les manifestations qui secouent l'Amérique depuis la mort de George Floyd ont essaimé partout dans le monde. Elles donnent un nouvel écho à ceux qui dénoncent dans leur pays les violences policières ciblant les minorités.

Dans leurs pays respectifs ils sont les visages des victimes de la brutalité policière pour lesquels on se mobilise
Dans leurs pays respectifs ils sont les visages des victimes de la brutalité policière pour lesquels on se mobilise © DR

À Paris, une manifestation a rassemblé plus de 20 000 personnes mardi 2 juin autour de la figure d'Adama Traoré, jeune homme noir de 24 ans mort dans le Val-d'Oise en 2016 après son interpellation. Au Canada, au Brésil ou au Nigeria, coup de projecteur sur ces autres visages qui incarnent la dénonciation du racisme systémique.    

Au Canada, Regis Korchinski-Paquet  

Le 27 mai, cette femme noire de 29 ans fait une chute mortelle du 24e étage de son immeuble à Toronto, lors d'une intervention de la police appelée par sa mère, après une dispute familiale. Selon certains média canadiens, la jeune femme souffrait de troubles psychiques et a fait une crise d'épilepsie. L'Unité des Enquêtes Spéciales de l'Ontario a lancé une enquête, afin de déterminer les circonstances du drame.  

Depuis, son nom est scandé dans les manifestations de soutien à la communauté afro-américaine à Toronto, Vancouver et Montréal où un rassemblement pacifique a dégénéré dimanche 31 mai. 

Dans la capitale québécoise, 40% des jeunes hommes noirs ont déjà subi un contrôle d’identité, contre 6% des jeunes hommes blancs. À Toronto, le risque pour un homme noir d'être tué par la police est 20% supérieur à celui encouru par un homme blanc.    

Au Brésil, João Pedro Mattos Pinto 

Cet adolescent noir de 14 ans a été tué le 18 mai à São Gonçalo, banlieue pauvre de Rio de Janeiro. L'adolescent jouait avec ses cousins quand, selon les témoins présents, des policiers d'élite ont fait irruption dans la maison qu'ils pensaient être occupée par des narcotrafiquants. Ils ont ouvert le feu et lancé des grenades à l'intérieur du domicile où 72 impacts de balles ont été recensés. 

Le 31 mai, des centaines de personnes se sont rassemblées devant le siège du gouvernement de l'État de Rio de Janeiro sous le mot d'ordre #VidasNegrasImportam, traduction en portugais de #BlackLivesMatter. Les manifestants dénoncent la recrudescence des opérations meurtrières de la police dans les favelas pendant la pandémie de Covid-19. À la demande du président Bolsonaro, ces interventions de la police se sont multipliées, provoquant la mort de 177 personnes en l'espace d'un mois.  

Durant le premier semestre 2019, 80 % des personnes tuées par la police à Rio étaient noires ou métisses, dans une ville où elles représentent environ la moitié de la population.  

Au Nigeria, Uwa, Jennifer, Tina et les autres 

Jennifer, 18 ans, violée fin avril par cinq hommes, après s'être faite piéger par ses agresseurs sur Facebook.  

Tina, 16 ans, abattue par un policier lors d'une altercation entre les forces de l'ordre et un chauffeur de bus qui ne respectait pas les heures du couvre-feu imposé à Lagos, la capitale économique.  

Uwa, 22 ans, retrouvée morte dans une église évangélique après avoir été violée et frappée à mort par ses agresseurs. 

Ces jeunes filles dont les noms ont donné naissance à des hashtag, partagés des dizaines de millions de fois sur les réseaux sociaux, incarnent la colère contre les violences faites aux femmes. Dans ce pays le plus peuplé d'Afrique où les manifestations de rues sont rares et souvent réprimées dans le sang, la contestation s'exprime sur internet. Elle est désormais relayée par de nombreuses célébrités dont plusieurs rappeurs très connus au Nigeria.   

En Israël, Iyad Halak  

Ce Palestinien de 32 ans a été abattu "par erreur" samedi 31 mai par la police israélienne dans la Vieille Ville de Jérusalem. Les policiers le soupçonnaient d’être armé. Il tenait en fait un simple téléphone, était autiste et cherchait à s’enfuir après avoir pris peur. 

À Jérusalem-Est, des milliers de personnes sont descendus pacifiquement dans la rue pour ses funérailles au lendemain de sa mort. Le président palestinien Mahmoud Abbas a dénoncé un "crime de guerre" et une "exécution". Le ministre israélien de la Défense Benny Gantz a offert ses "condoléances" à la famille et promis de pousser pour une enquête "rapide".  

Sur les réseaux sociaux arabes, le hashtag #PalestinianLivesMatter ("La vie des Palestiniens compte") croise #Blacklivesmatter. Des rassemblements ont lieu presque tous les soirs, côté israélien comme palestinien.

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