En dévoilant tardivement ses critères, la Commission européenne réalise certes une avancée, mais elle est largement insuffisante, selon les défenseurs de l'environnement.

Siège de la Commission européenne
Siège de la Commission européenne © Radio France

Plus de deux ans après la date promise, la Commission européenne a donc enfin donné ses critères pour établir une liste des perturbateurs endocriniens, afin de pouvoir commencer à encadrer leur utilisation dans des produits comme les pesticides ou les biocides (herbicides, fongicides, etc.). Ils sont simples, peut-être trop simples puisque cette définition a immédiatement provoqué un tollé.

Pour la Commission, est considéré comme perturbateur endocrinien "toute substance qui a des effets indésirables sur la santé humaine et qui agit sur le système hormonal, et dont le lien entre les deux est prouvé".

Où est le problème ? Seuls les êtres humains sont évoqués. Or ces produits peuvent aussi, le plus souvent, avoir un effet dramatique sur de nombreuses autres espèces. Et ces effets sont souvent un indice d'une possible influence sur l'homme, extrêmement difficile à prouver directement.

"C'est désastreux", pour Lisette Van Vliet de l'Alliance Santé et Environnement HEAL (qui regroupe 70 ONG). "Normalement on regarde non seulement toutes les preuves trouvées sur les humains mais aussi ce qui se passe chez les animaux, soit sur un rongeur dans un laboratoire soit dans la nature. Toute possibilité de faire ce qu'on fait depuis des décennies dans la gestion des produits chimiques toxiques est effacée." L'eurodéputée Verts-ALE Michèle Rivasi estime même que cette manière de détecter les perturbateurs endocriniens fait des humains "des cobayes".

Un perturbateur endocrinien, c'est quoi ?
Un perturbateur endocrinien, c'est quoi ? / Visactu

La Commission se félicite

Son de cloche différent du côté des dirigeants européens. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, se réjouit de voir aboutir une définition claire des perturbateurs endocriniens, absente jusqu'ici. "Les critères stricts, fondés sur la science, feront du système réglementaire de l'UE le premier dans le monde à définir ces critères scientifiques sur le plan législatif". Les substances nocives ainsi identifiées seront interdites. Avec une exception toutefois, qui indigne elle aussi les défenseurs de l'environnement : les pesticides resteront autorisés en cas "d'exposition négligeable".

Les industriels du secteur se sont eux aussi montrés déçus par la décision de la Commission, mais pour d'autresraisons. L'association européenne de l'industrie phytosanitaire (ECPA) estime que les critères ne font pas suffisamment la différence entre les substances "vraiment nocives et celles qui ne posent aucune menace à la sécurité des humains". Pour son directeur général Jean-Charles Bocquet, "cela pourrait mener à l'interdiction de pesticides avec les mêmes propriétés de perturbateur endocrinien que l'on retrouve dans des produits de la vie courante comme le café".

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