Alexandre Demoule est chef de service réanimation à la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Alors que la France affronte l'épidémie de Covid-19, il est tombé malade. Testé positif au coronavirus, il ne peut plus aider son équipe sur place mais il assure un travail essentiel à distance : trouver des lits.

Le chef de service Alexandre Demoule, touché par le Coronavirus, travaille sur les ouvertures de lits à distance pour la Pitié-Salpêtrière.
Le chef de service Alexandre Demoule, touché par le Coronavirus, travaille sur les ouvertures de lits à distance pour la Pitié-Salpêtrière. © AFP / Kenzo Tribouillard

La France fait face à une crise "sans précédent". Elle poursuit sa "guerre" contre le coronavirus. En première ligne : les soignants. Les hôpitaux accueillent désormais 3 626 patients en France dont 931 sont en réanimation. Leur rôle est essentiel, vital, mais cela ne les immunise pas pour autant contre le Covid-19. 

Le chef du service réanimation de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, le sait bien. Il a été testé positif au coronavirus dimanche 15 mars, après s’être senti fiévreux, avec des maux de tête, des courbatures et des frissons. Alexandre Demoule a pourtant respecté toutes les mesures de protection dans son exposition professionnelle. "Il est fort probable que j’ai contracté le Covid-19 en dehors de mon travail, en faisant des courses...", explique-t-il. En attendant, il poursuit sa mission : aider à sauver des vies, mais à distance cette fois. 

Trouver des lits et du matériel 

Pour ce médecin, être malade en pleine crise, alors que l’hôpital a besoin de lui, n'est pas facile à vivre : "J'ai une grande frustration de ne pas pouvoir être avec mon équipe en ce moment. Elle se donne à fond. C'est une équipe merveilleuse d'infirmiers, d'aides soignants, de médecins avec qui je travaille depuis très longtemps et qui fait face à une grosse épidémie." 

"C’est extrêmement douloureux de ne pas être avec mon équipe dans ces moments-là. Je les remercie de tout ce qu'ils font".

Confiné dans son logement, le chef du service réanimation de la Pitié-Salpêtrière fait ce qu'il peut. Il a pris en main l’administratif. Sa mission : trouver des lits, du matériel et du personnel de réanimation. "Il faut toujours être en capacité d'ouvrir de nouveaux lits et ne jamais se retrouver plein, au cas où la vague s'intensifie". 

"On a vraiment une politique d'ouverture massive de lits".

Pour l'heure, l’hôpital a un peu de marge : "Nous avons 22 lits, il nous reste un petit peu de place. Surtout, nous venons d’ouvrir à l’étage du dessus : 10 lits pour les patients touchés par le Covid-19, ils sont entièrement libres. On ne peut pas faire de la réanimation dans une chambre trop petite. Elles sont donc toutes de bonne taille et après, nous avons juste à parfaire l'équipement."

Se préparer au pire "pour ne pas être surpris"

Alexandre Demoule préfère anticiper. Pour le personnel, il ne se fait pas de soucis. Il l'aura, les blocs opératoires étant moins occupés depuis quelques jours car les interventions non urgentes ont été déprogrammées. Des professionnels vont devoir, pour certains, suivre une formation complémentaire. 

Quant au matériel, il garde un œil sur les ventilateurs, indispensables pour assurer l’assistance respiratoire des cas les plus graves. Là encore, l'hôpital ne devrait pas en manquer : "Il y a des ventilateurs dans beaucoup de petites structures qui ne sont pas utilisés en ce moment. Je vais vous donner un exemple très concret. La réanimation pédiatrique est beaucoup moins sollicitée et c'est une épidémie qui, par chance, épargne presque totalement les enfants. Ces services vont pouvoir nous aider un petit peu en matériel. L’assistance publique a également passé des commandes massives en plusieurs centaines d’unités."

Cela peut paraître beaucoup mais "mieux vaut trop que pas assez", insiste le médecin. "On se prépare au pire pour ne pas être surpris." 

De son côté, le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire a annoncé ce jeudi, sur France Inter, une enveloppe supplémentaire pour aider les hôpitaux. Il veut "rendre un hommage sincère à tous les personnels des hôpitaux qui nous sauvent. S'il faut de l'argent pour bien les équiper, bien sûr que nous allons regarder ça."

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