À Paris, Médecins sans Frontières s'est installé dans la rue pour vacciner les plus démunis. Avec la généralisation du pass sanitaire, de plus en plus de personnes sollicitent l'association pour obtenir leurs doses de vaccins. "Les tests PCR vont devenir payants et je ne pourrai pas les payer", dit un réfugié syrien.

 Médecins sans Frontières est présent tous les mardis et jeudis sur plusieurs sites éphémères pour vacciner les personnes en situation de grande précarité.
Médecins sans Frontières est présent tous les mardis et jeudis sur plusieurs sites éphémères pour vacciner les personnes en situation de grande précarité. © Léo Lefrançois

"Bonjour monsieur ! Vous parlez français, anglais ? Vous êtes venu pour votre première ou votre deuxième dose ?". 11 heures du matin, Porte de la Villette, une cinquantaine de personnes est déjà attroupée devant les barnums disposés le long de l'avenue menant au périphérique parisien, à deux pas de la Cité des sciences. Les membres de Médecins sans Frontières commencent à accueillir et orienter les personnes qui se présentent devant le site éphémère. L'opération est menée tous les mardis et jeudis en étroite collaboration avec la mairie de Paris et l'Agence Régionale de Santé. C'est elle qui fournit les doses de vaccin (essentiellement Pfizer-BioNTech) à MSF.

Certains, comme Issam, un réfugié syrien de 28 ans, sont déjà là depuis presque trois heures pour être les premiers à recevoir leur dose : "J'ai vu que les tests PCR allaient bientôt devenir payants et je ne pourrai pas les payer. Si ça peut me permettre de ne pas être malade et de pouvoir continuer à circuler normalement, alors il faut le faire", lance-t-il en haussant les épaules, d'un air assuré. Il est accompagné vers l'une des files d'attente pour recevoir sa première dose. Avant cela, une salariée de MSF fera un point avec lui sur sa situation de santé et un rendez-vous avec un médecin lui sera proposé s'il le souhaite.

Dominique, salariée de Médecins sans Frontières, pose quelques questions aux futurs vaccinés juste avant l'injection.
Dominique, salariée de Médecins sans Frontières, pose quelques questions aux futurs vaccinés juste avant l'injection. / Léo Lefrançois

Le cap des 5 000 vaccinés bientôt franchi

Installé depuis le 8 juin dernier, le dispositif est désormais bien rodé. "On vaccine une centaine de personnes par jour et on devrait bientôt franchir le cap des 5 000 vaccinés", se félicite Cristiana Castro, responsable d'activité Covid à MSF Île-de-France. Elle ajoute : "La plupart des gens qui viennent ici sont des personnes éloignées du système de santé. On ne connait pas vraiment leur état de santé et eux non plus. Ce sont principalement des hommes, pas forcément migrants d'ailleurs, qui vivent dans une situation de grande précarité et qui se sentent oubliés voire délaissés par la société". Bien reconnaissable grâce à son brassard floqué du logo de l'association, elle part aussitôt prêter main-forte à ses collègues, déjà débordés. 

Les membres de MSF sont principalement des salariés, mais quelques bénévoles, notamment des étudiants infirmiers, sont venus grossir les rangs face à la demande croissante. L'ONG fait également appel à des traducteurs et des travailleurs sociaux pour faciliter le dialogue. Si cette grande campagne rencontre un tel succès, c'est notamment grâce au réseau associatif parisien et au bouche-à-oreille : "Plus les semaines passent et plus il y a de gens qui viennent... C'est très frustrant de devoir refuser certaines personnes, mais nos moyens sont forcément limités", glisse un bénévole. Moussa, ouvrier du bâtiment, est arrivé trop tard : "J'en ai vraiment besoin et je n'ai pas envie de perdre mon travail à cause de ça", soupire le jeune homme. Il devra repasser demain pour obtenir sa deuxième injection.

Se vacciner pour continuer à vivre

Même si certains ne cachent pas leur inquiétude concernant les effets secondaires, le vaccin est devenu une nécessité absolue. Abdirisak, demandeur d'asile d'origine somalienne, n'a pas hésité une seule seconde dès qu'il a appris l'existence du dispositif. "En France, le vaccin est devenu presque obligatoire. Et puis je n'ai pas envie de mettre en danger les gens autour de moi. Je veux pouvoir continuer à vivre : voyager, voir des gens ou m'amuser", explique-t-il dans un anglais balbutiant. Sous le barnum servant de salle de surveillance post-injection, Ahmed, originaire du même pays, enchérit en souriant : "Je dois aller dans des cafés pour avoir une connexion internet... et sans pass sanitaire, pas de cafés !". Lui vient de terminer sa phase de surveillance de 15 minutes règlementaires, chronomètre à l'appui lancé sur son smartphone. Il enjambe la bande de sécurité, le sourire aux lèvres, et remercie plusieurs bénévoles en brandissant son précieux QR code.

Abdirisak reçoit sa première dose de vaccin.
Abdirisak reçoit sa première dose de vaccin. / Léo Lefrançois

L'annonce de la généralisation du pass sanitaire dans les lieux publics fermés fait planer un vent d'inquiétude chez ces populations précaires. "Beaucoup vont d'hôtel en hôtel, font appel au Samu Social ou dorment dans la rue s'ils n'ont aucune solution. Il faut continuer d'accompagner ces publics pour ne pas davantage les exclure. C'est pour ça qu'on mène cette campagne en coordination avec d'autres associations comme les Restos du Cœur, La Chorba ou Emmaüs. Il faut faire vivre cette solidarité face à la pandémie", estime Cristiana Castro.

MSF demande davantage de moyens financiers et humains

Dans un communiqué paru le 28 juillet dernier, l'ONG appelait à une plus grande mobilisation pour vacciner l'ensemble des personnes en situation de grande précarité.

Pour éviter que le déploiement du "pass sanitaire" ne devienne une double peine accentuant l’exclusion et la détresse des plus fragiles faute d’accès à la vaccination contre la Covid-19, il est indispensable que les autorités sanitaires débloquent de nouveaux moyens pour faire monter en puissance les initiatives de vaccination pensées spécifiquement pour ce public.

Médecins sans Frontières s'inquiète également de la situation des mineurs non-accompagnés. Ni adultes ni enfants aux yeux de l'État, ces personnes se trouvent dans une situation ambivalente qui les empêchent d'accéder à la vaccination. "Des solutions réalistes doivent être trouvées en urgence pour pallier à l’absence de représentant légal de ces adolescents et garantir un interprétariat afin de s’assurer de leur consentement", déclare l'association.