Plus de 90 médias, dont le groupe Radio France auquel appartient France Inter, co-signent ce mercredi un texte où ils appellent à défendre la liberté d'expression, "l'une des valeurs les plus fondamentales de notre démocratie".

Un kiosque parisien affichant la Une de Charlie Hebdo, juste après les attentats de janvier 2015.
Un kiosque parisien affichant la Une de Charlie Hebdo, juste après les attentats de janvier 2015. © AFP / Xavier Richer

Charlie Hebdo à nouveau menacé de mort par Al-Qaïda il y a un peu plus de 10 jours, après avoir republié les caricatures de Mahomet. La DRH de l'hebdomadaire satirique, Marika Bret, exfiltrée de son domicile. Face à ces menaces et aux violences à l'encontre des médias de plus en plus récurrentes, vos journaux, chaînes de télévision, radios, ont décidé de prendre la plume ce mercredi matin. Une tribune inédite, pour défendre la liberté d'expression, signée par plus de 90 médias, dont Radio France, tandis que Charlie Hebdo en fait sa "Une". 

"Ce n’est pas une lettre de gaieté de cœur parce que c’est historique", explique Éric Valmir, secrétaire général de l'information du groupe Radio France, groupe signataire de la tribune et auquel appartient France Inter : "Jamais l’ensemble de la presse ne s’est mobilisé pour défendre comme ça la liberté d’expression. En 2020, ça ne devrait même pas exister. C’est vous dire le niveau d’urgence à le faire aujourd’hui et à tous se mobiliser."

"Un climat délétère"

Pierre Louette, président-directeur général du groupe Les Échos-Le Parisien, aussi signataire du texte, abonde : "C’est plus qu’un climat délétère. Des gens ont été tués du fait de leurs idées, de leur façon d’écrire et de manifester leurs idées. C’est un climat extrêmement triste, le mot est très faible", alerte-t-il.

"Il y a un climat dans lequel pas mal d’États et d’intérêts idéologiques ont envie de manipuler les médias. Pour moi, c’est ce qui s’est le plus développé depuis cinq ans, et ça vient de tous les côtés"

Pas de corporatisme dans la démarche, simplement un constat : "La violence des mots s'est peu à peu transformée", écrivent les auteurs du texte, "en violence physique". Aujourd'hui, en 2020, poursuivent-ils, "certains d'entre vous sont menacés de mort sur les réseaux sociaux quand ils exposent des opinions singulières. Des médias sont ouvertement désignés comme cibles par des organisation terroristes internationales."

Le risque de l'autocensure

Éric Valmir souligne aussi "quelque chose de plus grave" : l’autocensure. "Aujourd’hui, par le simple fait d’être menacé, la peur d’être menacé ou la peur de courir un risque, on va préférer peut-être se taire ou simplement édulcorer ses paroles. C’est ça aussi qui ne va pas. On ne parle pas seulement d’attentats terroristes. Les journalistes d’investigation à travers le monde sont visés désormais par des attaques physiques, voire des meurtres.

"Il y a un climat de violence généralisé à l’égard de l’intolérance, de la liberté d’expression, qui frappe de plein cœur le métier de journaliste"

Les médias rappellent qu'en France "nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi". C'est l'article 10 de la déclaration Universelle des droits de l'Homme et du Citoyen, qui précise aussi, rappellent les auteurs, que "la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme."

Alors ils nous disent : cette liberté d'expression, "il ne tient qu'à vous de vous en emparer. Oui, vous avez le droit d'exprimer vos opinions et de critiquer celles des autres". En respectant les limites fixées par la loi, bien sûr. Le texte rappelle par ailleurs que le délit de blasphème n'existe pas en France. Et de conclure : "nous avons besoin de votre mobilisation, du rempart de vos consciences, pour chasser la peur et faire triompher notre amour indestructible de la Liberté".

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