France Stratégies publie ce vendredi une étude qui démontre que l'origine sociale détermine notre niveau de vie, nettement plus que le sexe, l'âge ou l'origine migratoire. Plus précisément, l'origine sociale a une forte influence sur la réussite scolaire, qui détermine largement la suite.

Ouvriers sur une chaîne de montage de Renault Trucks
Ouvriers sur une chaîne de montage de Renault Trucks © AFP / Mychele Daniau / AFP

L'organisme (rattaché à Matignon) a observé la situation des Français nés entre 1970 et 1984, entre 2011 et 2014, en observant plus particulièrement leur origine sociale, à travers la profession de leur père. Une analyse qui démontre chiffres à l'appui quelque chose dont on se doute souvent spontanément : cette origine est déterminante, non seulement pour le niveau de vie futur, mais aussi le contexte familial (comme le revenu du conjoint ou le fait que vous ayez ou non des enfants).

Évidemment, cette origine n'est pas un carcan insurmontable. Il a en revanche une influence importante sur la probabilité d'atteindre une position sociale plutôt qu'une autre. L'étude explique ainsi que "les enfants de la classe moyenne ont les mêmes chances d'accéder aux classes les plus modestes ou aux plus aisées", mais qu'il en va "autrement pour les autres. Un individu dont le père exerce une profession libérale a 50 % de chance de faire partie des 20 % les plus aisés, celui dont le père est professeur 40 %. _Pour un enfant d'ouvrier agricole, la probabilité chute à moins de 10 %_."

L'étude précise que l'origine sociale a un effet plus important sur la probabilité de monter sur l'échelle sociale, que sur la probabilité de descendre sur cette même échelle. Dans les catégories les moins aisées, on retrouvera plus souvent un fils d'ouvrier non qualifié qu'une fille de cadre supérieur, une situation qui s'inverse si l'on observe les personnes aux revenus les plus élevés.

Plus surprenant, l'origine sociale a un impact largement supérieur à d'autres critères, comme le sexe, l'âge ou le pays d'origine de sa famille. L'écart moyen de niveau de vie va par exemple varier d'un peu moins de 70 euros entre hommes et femmes, de plus de 250 euros entre une personne d'origine européenne et quelqu'un dont les parents viennent du Maghreb, mais de quasiment 1000 euros entre un enfant d'ouvrier et un enfant de cadre supérieur.

L'étude permet aussi d'évaluer à quel point la reproduction sociale joue jusqu'à nos relations amoureuses. Ainsi, une personne dont le père est ouvrier non-qualifié, et qui n'a pas obtenu le bac, n'a que 36 % de chances d'épouser un bachelier ou une bachelière. Tandis que quelqu'un dont le père serait cadre supérieur, et qui aurait eu son bac, partagera sa vie dans 89 % des cas avec un autre bachelier ou une autre bachelière. Même Cupidon ne peut pas grand-chose contre Bourdieu...

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