La vidéo d'une agression transphobe, dimanche à Paris en marge d'un rassemblement pour l'Algérie, a provoqué l'indignation sur les réseaux sociaux. Le parquet a ouvert une enquête pour "violences aggravées par la circonstance qu'elles ont été commises à raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre".

La victime a été prise à partie alors qu'elle sortait de la station de métro République
La victime a été prise à partie alors qu'elle sortait de la station de métro République © Radio France / Capture d'écran Twitter

En quelques heures, la vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux. Diffusée lundi soir par Lyes Alouane, l'un des responsables de l'association Stop Homophobie, elle est reprise mardi matin par l'association SOS Homophobie, puis par de nombreux responsables politiques et associatifs. La vidéo aurait été tournée dimanche soir, à la sortie de la station du métro parisien République.

Dans la séquence d'une trentaine de secondes, on voit une jeune femme trans sortir de la bouche de métro, vite encerclée par une petite foule qui arbore de nombreux drapeaux algériens. Il s'agit vraisemblablement des participants à un rassemblement de protestation contre les événements politiques en cours en Algérie. Alors qu'une des manifestants tente visiblement de la dissuader de passer au milieu de la foule et essaie de la ramener dans la station, la jeune femme poursuit son chemin.

C'est à ce moment qu'elle est prise à partie par plusieurs manifestants, physiquement et verbalement : on la voit notamment prendre un coup dans la tête, un témoin de la scène affirme qu'elle a reçu un crachat au visage, avant que des agents de sécurité, postés dans la station de métro, ne viennent à son secours et la mettent à l'abri.

Au micro de Delphine Evenou, Julia raconte son agression : "J'ai voulu descendre pour prendre le métro. Trois individus m'ont bloqué la route. L'un d'eux m'a dit "mais en fait, toi tu es un homme [...] tu ne passeras pas'." 

"L'un des trois a porté sa main sur ma poitrine. Je commençais à me rendre compte que j'étais dans une situation assez compliquée et là je me suis retrouvée face à un homme qui a sorti son sexe devant moi et m'a dit que je devais lui faire plaisir. Les hommes qui étaient au-dessus m'ont jeté de la bière. À ce moment-là, la personne qui m'avait touché la poitrine est revenue vers moi et m'a mis une gifle."

Médiatiser les affaires, seule solution pour avoir accès à la justice

Interrogé sur franceinfo, Lyes Alouane, le militant associatif à l'origine de la diffusion de la vidéo, parle d'un "lynchage public", et explique l'avoir rendue publique "afin que cette agression ne soit pas banalisée [...] Les agents de police reçoivent très mal les victimes transgenres et en général quand elles déposent plainte, ce qui est rare, le parquet, souvent, classe la plainte sans suite."

Ce n'est, cette fois, pas le cas : le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "violences commises à raison de l'orientation sexuelle et de l'identité de genre", et précise qu'une personne a été placée en garde à vue dans la foulée, avant d'être relâchée. L'enquête a été confiée au Service de l'accueil et de l'investigation de proximité (Saip) du IIIe arrondissement de la capitale.

"[Ces faits] ne doivent pas rester impunis" 

"Malheureusement", poursuit Lyes Alouane, "aujourd’hui en France, si l’affaire n’est pas médiatisée, c’est complètement banalisé par les forces de l’ordre, par la justice. Les victimes l’ont compris et 'se médiatisent'. Mais c’est terrible que la victime d’un acte transphobe, homophobe ait l’obligation de se médiatiser". Il annonce par ailleurs que la victime va déposer plainte ce mercredi pour agression sexuelle.

Pour Joël Deumier, le président de l'association SOS Homophobie, qui a participé à relayer la vidéo, ces faits "ne doivent pas rester impunis". "Chacun devrait pouvoir se déplacer librement dans l'espace public quel que soit son sexe ou son genre", poursuit-il. "Cette vidéo montre que ce n'est pas le cas et qu'il y a encore beaucoup de progrès à faire".

Réactions indignées des responsables politiques

Une opinion largement relayée par plusieurs responsables politiques parisiens. Ainsi, la maire du Xe arrondissement, Alexandra Cordebard, qui se dit sur Twitter "très choquée par cette agression transphobe", a signalé les faits au commissariat de police car, estime-t-elle, "les agresseurs doivent être poursuivis".

Le message d'Anne Hidalgo, la maire de Paris, est quasiment identique : "Indignée par cette agression transphobe, que je condamne avec la plus grande fermeté. Je tiens à assurer la victime de tout mon soutien. Les coupables de cet acte intolérable doivent être identifiés et poursuivis".

La secrétaire d'État à l'égalité femmes-hommes et à la lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa, s'est elle aussi exprimée sur cette affaire sur Twitter, estimant que "les LGBT+phobies ne sont pas des opinions mais de la bêtise et de la haine. Elles agressent et tuent".

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