Le mouvement de grève aux urgences dans les hôpitaux parisiens ne faiblit pas. Une manifestation est prévue ce jeudi à Paris, en plein congrès des urgentistes, où la ministre Agnès Buzyn n'a pas encore confirmé sa venue. Témoignage d'une gréviste de l'hôpital Lariboisière à Paris.

Les personnels des urgences de l'hôpital Lariboisière à Paris sont en arrêt maladie depuis la nuit de lundi à mardi
Les personnels des urgences de l'hôpital Lariboisière à Paris sont en arrêt maladie depuis la nuit de lundi à mardi © AFP / Mathias Zwick / Hans Lucas

Pour dénoncer des "conditions de travail devenues insupportables", une grève illimitée a été lancée il y a deux mois dans plusieurs services d'urgence de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris à l'appel de la CGT, SUD et FO.

Inès, 28 ans, est infirmière depuis quatre ans au service des urgences de l'hôpital Lariboisière à Paris. Comme ses collègues grévistes, elle est en arrêt maladie depuis la nuit de lundi à mardi pour protester contre la surcharge de travail devenue ingérable.

FRANCE INTER : À quoi ressemble une nuit de travail ?

INÈS : "Quand on arrive à 21 heures, tous les secteurs sont pleins à craquer, et on court de partout. Tout le début de nuit, on dit aux gens 'Attendez! Attendez! Attendez !' Quand quelqu'un a mal, je dis 'attendez, j'arrive'. Quand quelqu'un veut un verre d'eau, c'est 'Attendez !'

C'est vraiment insupportable d'avoir sans cesse 50 trucs à faire en même temps et avec ça, d'avoir un impératif qui est de répondre à la douleur des gens et faire en sorte que leur temps d'attente soit le plus court possible."

De quoi avez-vous besoin aujourd'hui pour travailler normalement ?

"Le nombre de patients augmente en permanence. À chaque grève, on rajoute quelques postes, mais le nombre est risible par rapport aux besoins. Le plus difficile c'est la fatigue psychique, c'est le soir quand on rentre chez soi et qu'on repense à des prises en charge qui ont été "merdiques". Ça détruit une personne. Il y a quatre ans quand je suis arrivée, j'étais pleine d'empathie. Mais maintenant quand je vois les gens souffrir, je me blinde sinon je ne tiens pas.

En septembre je vais changer de poste, comme beaucoup de mes collègues. La 'durée de vie' aux urgences pour un infirmier, c'est 2 ou 3 ans. Et il faut compter les gens qui explosent au bout d'un mois en disant 'j'y arriverai jamais'."

"Une espérance de vie de dix ans de moins que la moyenne en France"

"Ce qu'on réclame aussi c'est une augmentation de 300 euros de salaire. On manque de vocations. On commence à avoir le même problème que pour les médecins. Tout le monde sait que les urgences, c'est la galère et quand des jeunes arrivent dans le service parce qu'ils aiment les montées d'adrénaline, ils repartent au bout d'un an ou deux.

En travaillant la nuit, et donc en ayant une espérance de vie de dix ans de moins que la moyenne en France, je gagne entre 1 700 et 1 800 euros nets par mois, sans faire d'heures supplémentaires. En faisant des nuits supplémentaires l'année dernière je gagnais environ 2 200 euros, je me disais que c'était pas si mal. Mais j'ai arrêté les nuits supplémentaires car sinon je n'avais plus de vie à côté. Mon salaire a considérablement baissé. Je me dis que ça ne vaut pas le coup quand on voit comment on court toute la nuit. Pourtant j'ai envie d'aider les gens. Mais je fais pas du bénévolat, je veux être payée correctement pour le travail que je fais."

Pourquoi les médecins ne sont pas en grève ?

"Ils ont le même problème de sous-effectifs permanent. Mais s'ils se mettent en grève, on ne parlera que d'eux. Ils ont donc préféré nous laisser faire grève pour nos revendications." 

Pourquoi des arrêts maladie ?

"On a fait grève dans les règles de l'art, en demandant à être écoutés, en faisant des propositions intéressantes, et ça n'a pas été regardé. On essaie de rattraper un retard de 20 ans. C'est parce que les patients sont soignés comme des chiens. Si je me retrouve un jour aux urgences, je veux être soignée correctement. C'est pour l'intérêt du patient qu'on fait ça."

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