Avec plus de 8 200 participants au moment de sa clôture, la cagnotte ouverte sur internet pour aider Christophe Dettinger et sa famille a été un succès. Ses donateurs nous racontent pourquoi ils ont donné malgré les fins de mois difficiles. "C'est une manière de me révolter contre une justice à deux vitesses".

En quelques heures, le montant de la cagnotte a dépassé les 100 000 euros
En quelques heures, le montant de la cagnotte a dépassé les 100 000 euros © Maxppp / Jean-François Frey

Après son arrestation, samedi à Paris, pour avoir roué de coups des forces de l'ordre, Christophe Dettinger, un manifestant gilet jaune de 37 ans, a fait part dans une vidéo des difficultés dont sa famille allait pâtir en raison de ses ennuis judiciaires à venir. Une cagnotte a été ouverte dans la foulée pour l'aider. Ce mardi, au moment de sa fermeture par la plateforme Leetchi, elle affichait plus de 8 200 participants et plus de 117.000 euros récoltés. Le principe de cette cagnotte et son succès ont choqué plusieurs membres du gouvernement, dont Marlène Schiappa. Pour la secrétaire d'état à l'égalité femme homme, soutenir cette cagnotte, "c'est être complice de cet acte et encourager [les violences]". On a demandé aux donateurs pourquoi ils avaient donné.

Malcolm (Nord), 33 ans, au RSA, a donné 5 euros : "C'est une manière de me révolter contre une justice à deux vitesses"

"J'ai donné 5 euros, parce que je ne peux pas donner plus, c'est symbolique. Ce qui m'a poussé à le faire, c'est le sort de sa famille, parce que j'imagine qu'il va finir en prison. Je condamne les violences, mais je me suis mis à la place de cette famille. Si ces 5 euros peuvent les aider dans un futur proche, je préfère prendre un peu sur ce que j'ai, et acheter moins au supermarché. Pour moi, c'est le signe que la fraternité renaît en France, ce n'était pas du tout pour donner du crédit ou valider ce qu'a fait Christophe Dettinger. Comme je ne suis pas sur le terrain, aux côtés des gilets jaunes, car je n'aime pas forcément la forme que prend ce mouvement parfois, c'est une manière de me révolter contre cet état et cette justice à deux vitesses."

Mélanie (Somme), 32 ans, serveuse, a donné 5 euros : "Ça fait partie du combat"

"Je manifeste pacifiquement tous les samedis à Paris. Je ne casse pas, je ne suis pas haineuse, je n'insulte pas les forces de l'ordre. Mais toutes les semaines, j'assiste à des scènes insoutenable de gilets jaunes qui se font attraper par les forces de l'ordre. Bien souvent, on assiste à des scènes de violence en réunion, de tabassage, face auxquelles on est impuissant. On souffre de voir ces images de personnes mutilées qui tournent sur internet, on a 2 000 blessés chez les gilets jaunes, en grande partie à cause de violences policières, mais on voit rarement les images de ces victimes à la télévision. Je suis juste une maman, qui élève ses quatre enfants toute seule, et qui a du mal à boucler ses fins de mois. Je ne suis pas pour la violence, ni pour celle des gilets jaunes, ni pour celle de la police, mais j'ai donné cinq euros. Je n'ai pas spécialement d'argent à donner aux autres, mais je me dis que cet homme va faire office d'exemple pour tous ceux qui auraient envie de trop se rebeller, ça nourrit un sentiment d'injustice. Pour ceux qui ont un tout petit pouvoir d'achat, donner ne serait-ce qu'un peu, ça fait partie du combat, on contribue à faire en sorte qu'il soit défendu correctement. Je veux qu'il ait un jugement juste, donc qu'il soit bien défendu par ses avocats. Il faut qu'il prenne la peine qu'il a à prendre, on est conscient que ce qu'il a fait, ce n'est pas un comportement à avoir, mais je pense qu'il doit avoir un jugement équitable."

Jean-Jacques (Pyr.-Atlantiques), 59 ans, employé de grande surface, a donné 15 euros : "On se reconnait plus ou moins en lui"

"J'ai donné une quinzaine d'euros, car je suis solidaire avec les gilets jaunes, dont je fais partie. Pendant les manifestations, j'ai vu des copains se faire gazer et taper dessus. Être pacifique, c'est bien, mais quand on se fait attaquer, au bout d'un moment il faut se défendre, donc je suis solidaire avec Christophe Dettinger. Ce qui m'a poussé à participer à cette cagnotte, ce sont les explications qu'il a données par la suite, quand il a détaillé les embêtements qu'il allait avoir, notamment au niveau judiciaire. Ce n'est pas un signe de soutien à son geste, que je condamne et que j'approuve en même temps. A sa place, si j'avais pris des coups, je pense que je me serais emporté aussi. On se reconnait plus ou moins en lui : quand on en aura marre de se faire agresser, on commencera à riposter. Le problème, c'est qu'une fois que le gouvernement tient une personne, il ne la lâche plus, et pour se défendre, il faut avoir un peu d'argent pour avoir un bon avocat. Or, d'après ce qu'il a dit, n'a pas grand chose, juste de quoi vivre comme moi. Il a une femme et des enfants, donc s'il prend de la prison ferme, il n'aura plus de salaire, et ce n'est pas le gouvernement qui va les aider. Personnellement, je mange déjà des pâtes et de moins en moins de viande, et ce n'est pas la quinzaine d'euros que j'ai donnée qui va améliorer ça. C'est l'esprit des gilets jaunes, comme j'aide ceux qui tiennent les barrages en leur faisant quelques courses, je leur apporte de l'eau ou du café."

Laurence (Nord), 57 ans, commerciale, a donné 5 euros : "Ses larmes contenues m'ont émue"

"Sa vidéo d'excuses m'a poussée à donner cinq euros. Je l'ai trouvé sincère, ses larmes contenues à la fin m'ont émue. Je suis contre toute violence, de part et d'autre, et je ne suis pas gilet jaune, j'ai manifesté le 17 novembre, mais l'évolution du mouvement ne me convenait pas du tout. Il aurait du garder son self-control, mais on ne le garde pas tous forcément, et je peux comprendre qu'il ait 'pété un câble', comme certains CRS et policiers 'pètent des câbles' également, et frappent sans raison apparente. Il va avoir plusieurs années de prison, j'en suis certaine, il va devoir assumer des frais d'avocat, alors qu'il a des enfants à charge. Le fait que la cagnotte ait atteint une telle somme témoigne du retour d'une solidarité qu'on avait perdue depuis longtemps : ceux qui n'ont rien sont ceux qui donnent le plus ! Ces cinq, dix euros qu'ils ont donnés sont une somme qui va leur manquer à la fin du mois".

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