Ils veulent savoir s'ils sont positifs avant d'avoir les symptômes, travailler sans masque ou protéger leurs proches... Certains Français ont décidé de se faire tester (très) souvent. France Inter a recueilli leurs témoignages.

Certains Français font le choix de se faire tester au coronavirus très régulièrement.
Certains Français font le choix de se faire tester au coronavirus très régulièrement. © Radio France / Julien Mougnon

"Le test n'est pas un geste barrière", prévenait Olivier Véran, lors de sa présentation le 17 septembre dernier des mesures pour désengorger les laboratoires. "Il ne sert à rien de se tester trop souvent" et un test de dépistage du coronavirus ne doit être fait "qu'en cas de doute", à savoir être cas contact ou avoir des symptômes, a répété le ministre de la Santé.

"C'est complètement stupide", balaie Tiphanie. Depuis début août, cette professeure de français de 29 ans se fait tester une fois par semaine. "Beaucoup de gens sont asymptomatiques et sont des voitures à virus. Ils font voyager le virus sans savoir qu'ils l'ont. C'est justement parce que beaucoup ne se font pas tester systématiquement après avoir eu des situations à risque que le virus circule encore activement aujourd'hui", avance-t-elle. Comme elle, Sahra, Nina, Romain se font tester toutes les semaines. Certains ont été testé plus de dix fois. Voici leurs témoignages.

"Ca me rassure, pour moi et pour les autres"

Les tests à répétition que pratique Tiphaine ne l'empêchent pas de respecter les consignes sanitaires à la lettre, chez elle comme au travail : gestes barrières, masque pour les adultes comme pour les élèves dans le collège de Lorraine où elle enseigne, gel hydroalcoolique ou lavage de mains assidu et désinfection régulière des tables de classe. "Et je sors très peu, ajoute-t-elle. Je fais partie des gens à risque à cause de l'asthme et de la tachycardie donc en dehors de mon travail, je respecte les mêmes préceptes que quand j'étais en confinement. Je ne sors pas."

"Mais la vérité, c'est qu'on n'a pas tellement de solution pédagogique pour pouvoir répondre à toutes les situations en gardant le masque", soulève l'enseignante. Elle enlève par exemple son masque pendant les dictées, "pour pouvoir épeler distinctement ou pour aider les élèves malentendants". La dizaine de tests qu'elle a déjà réalisés jusqu'à maintenant sont tous revenus négatifs, mais elle continue, par crainte de véhiculer le virus malgré elle. "Ça me rassure pour moi et pour les autres".

"Mes clients sont âgés et ma femme est enceinte"

Romain, agent immobilier à Bordeaux, fait la même analyse. "Mes clients sont âgées, mes parents et mes grands-parents sont âgés, ma femme est enceinte, expose le trentenaire. Et même si on respecte les gestes barrières, on n'est pas à l'abri d'attraper le coronavirus, surtout quand on habite dans les grandes villes, avec les transports en commun notamment."

Depuis la fin de l'été, il s'astreint donc lui aussi à faire un test par semaine : "c'est 15 minutes de mon temps et comme ça j'ai l'esprit serein". Surtout, il s'appuie sur l'expérience récente de sa sœur, qui a été cas contact, qui s'est faite tester directement, "et c'est comme ça qu'elle a su qu'elle était positive, avant même d'avoir des symptômes". Depuis, lui aussi "préfère savoir tout de suite" s'il est positif, pour "rompre la chaîne si c'est le cas".

"Pour pouvoir porter le masque le moins possible"

Nina se souvient aussi que "les gens ont commencé à psychoter un peu" quand trois de ses collègues sont revenus avec un test positif. La jeune femme de 21 ans, danseuse à l'opéra de Nice, assure que son métier est "horrible et insupportable à faire avec un masque". Alors depuis que les test de trois danseurs sont revenus positifs début septembre, sans qu'aucun ne développe jamais de symptômes, tous les danseurs de la compagnie ont décidé de faire un test chaque mardi, "pour pouvoir se toucher et porter le masque le moins possible".

Sahra*, étudiante de 21 ans vit à Paris. Elle s'astreint aussi à un test hebdomadaire pour... pouvoir continuer à "faire la fête". C'est la condition sine qua non que lui ont fixée ses parents si elle veut continuer à sortir. Depuis la fin de l'été, elle se fait tester "en début de semaine en général" pour "être sûre" qu'elle ne met personne en danger.

Mais cette logique n'est pas imparable, reconnaît Nina, puisqu'il se passe toujours 48 heures entre le test et le résultat pendant lesquelles elle et ses collègues continuent de danser. "C'est pour nous rassurer. C'est un moyen de savoir où on en est, mais ce n'est pas du tout une protection", concède-t-elle. D'autant qu'elle fait attention en dehors du travail, qu'elle "ne fait pas de grosses fêtes" mais "n'est pas confinée non plus".

"J'appelle le laboratoire avant pour ne pas l'engorger"

Tous, néanmoins, nient contribuer aux embouteillages devant les laboratoires, comme le leur a reproché à demi-mot Olivier Véran mi-septembre. Certaines personnes "sont prioritaires mais n'arrivent pas à obtenir un rendez-vous ou un résultat de test dans un délai raisonnable", signalait alors le ministre de la Santé.

"J'appelle [le laboratoire] avant pour savoir à quel moment y aller sans les engorger", se justifie Tiphanie. Idem pour Romain, qui reconnaît que son dernier test date "de neuf jours déjà", faute de disponibilité dans la région bordelaise. "L'idée n'est pas d'engorger les laboratoires : je prends toujours rendez-vous, assure-t-il. Je comprends que ça coûte cher mais il y a beaucoup plus de personnes qui ne se testent jamais que de personnes comme moi, qui se font tester tout le temps". Surtout qu'avec le nombre de contaminations qui s'accélère ces derniers jours, lui est certain qu'il finira par être contaminé : "et au moins, quand je l'aurais, je saurai".

* le prénom a été changé

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