Santé publique France publie un rapport sur l'accès au soin des migrants, qui salue notamment l'efficacité de la surveillance des maladies infectieuses à Calais et Grande-Synthe.

Camp de Calais
Camp de Calais © Radio France / Philippe Reltien

C'était l'un des cauchemars des pouvoirs publics : qu'en plus de la situation dans la "jungle" de Calais et sur le camp de Grande-Synthe, ne vienne s'ajouter une catastrophe sanitaire avec le développement rapides de maladies ou d'épidémies parmi les migrants. Le 12 octobre 2015, explique le rapport, une mission interministérielle d'évaluation du dispositif de prise en charge sanitaire a été envoyée à Calais, elle a conclu à la nécessité de mettre en place un suivi épidémiologique. Il a été mis en place de deux manières : via le déploiement d'un dispositif de signalement à l'ARS (Agence Régionale de Santé), avec la distribution d'un "livret de signalement" aux ONG et à l'hôpital de Calais, et la surveillance des données des consultations médicales. Des données d'abord transmises chaque semaine, puis quotidiennement à partir de mai 2016.

Dans les dispensaires installés à Calais et Grande-Synthe, les patients venaient principalement pour des pathologies infectieuses (un peu plus de la moitié des cas), en particulier des infections respiratoires aiguës. La "jungle" de Calais a également connu 15 cas de tuberculose (sans lien épidémiologique entre eux), de nombreux cas de gale (13,6 % en moyenne de novembre 2015 à octobre 2016, avec un pic à 30 % des demandes de soin), quelques cas isolés d'hépatite aigüe A.

Des départs d'épidémies rapidement maîtrisés

L'inquiétude est en revanche venue de trois épisodes épidémiques cette année-là : grippe, rougeole et varicelle. Fin novembre 2015, Calais a ainsi connu une centaine de cas de grippe, dont 25 cas de virus grippal A(H1N1). Mais son impact a été largement limité par une campagne de vaccination lancée juste avant le début de l'épidémie par une ONG anglo-pakistanaise (3.000 personnes en avaient bénéficié).

En février 2016, c'est la rougeole qu'on a vu arriver aux urgences de Calais : 13 cas, dont 9 migrants, 1 bénévole et 3 personnels soignants. Un type de rougeole rarement isolé en France mais fréquent en Angleterre ou en Espagne, ce qui laisse supposer une contamination par des bénévoles étrangers sur le camp, et pas par les migrants eux-mêmes. Là encore, une campagne de vaccination sur 2 000 personnes à Calais (et 450 à Grande-Synthe) a permis de limiter les dégâts. Santé Publique l'explique aussi par une immunité élevée des migrants à ce virus.

Enfin, pendant l'été 2016, c'est une épidémie de varicelle qui a frappé le campement de Calais : cette fois, c'est au contraire la large proportion d'adultes non immunisés qui a favorisé la transmission de la maladie. Fin août, près de 800 vaccinations ont été réalisés, permettant de freiner rapidement la propagation de la maladie.

Efficace sur les épidémies, peu sur d'autres problèmes de santé majeurs

Les conditions de vie dans les deux camps de Calais et Grande-Synthe laissaient craindre des épidémies largement transmises et difficiles à combattre (comme cela peut être le cas dans d'autres pays d'Europe), mais d'après le rapport de Santé Publique France, le dispositif a permis de circonscrire tout "départ d'épidémie". Le rapport explique d'ailleurs qu'au-delà du travail de détection et de soins, les résultats"sont probablement liés aux efforts importants et constants de MSF et de l'État pour mettre à disposition des accès au réseau d'eau potable, des latrines et des douches en nombre suffisant." Des efforts qui, selon plusieurs ONG, ne seraient plus vraiment faits aujourd'hui.

En revanche, il y a d'autres pathologies où le système d'aide peine à agir : par exemple les troubles psychologiques, et notamment les états de stress post-traumatique, fréquents dans le cas de migrants ayant fui la guerre ou une dictature dans leur pays. Ils représentaient 4 % des consultations en 2016, un chiffre qui serait largement sous-estimé.

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