Toute la semaine, Mathilde Dehimi et Gilles Gallinaro vous emmenaient à la rencontre des migrants présents sur place, de ceux qui veulent les aider comme de ceux qui veulent les voir partir. Retrouvez tous nos reportages en vidéo sur cette page.

Ils sont des milliers, chaque jour, à attendre la première opportunité de passer de l'autre côté de la Manche. Depuis la fermeture du centre d'hébergement de Sangatte, la présence des migrants s'est faite plus forte, plus visible, plus sensible.

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Épisode 1 : Affrontements au cœur de la jungle

La situation a basculé très vite. Sur un coin de la lande, dans la bande de 100m entièrement rasée pour dégager la vue au pied de la rocade, les bénévoles distribuaient vêtements et nourriture. Une file de migrants sages et bien rangés, dépassés bientôt par des centaines d’autres, déterminés à sauter dans les camions sur la route au-dessus. Le port de Calais n’est qu’à quelques centaines de mètres. Les CRS les repoussent, la lande devient un champ de bataille, d’un côté des pierres, de l’autre du gaz lacrymogène… La fumée âcre et piquante envahit la jungle.

Épisode 2 : Les mineurs isolés de la jungle (1)

D’après les associations, 200 à 400 jeunes, enfants, bébés sont présents dans la jungle de Calais, dans des tentes ou dans les containers qui viennent d’être installés. Certains vivent là avec leur famille, d’autres sont de jeunes mineurs isolés, essentiellement des garçons. Des mineurs que la loi protège, l’Etat doit les mettre à l’abri et les aider jusqu’à leur majorité. Mais le seul dispositif d’urgence existant ne comporte que 30 places et il est totalement saturé. Ce centre géré par France Terre d’Asile est à 40 km de Calais, volontairement éloigné des passeurs. Il est difficile de convaincre les jeunes de s’y reposer au moins pendant une nuit.

Épisode 3 : Les mineurs isolés de la jungle (2)

Pour Marianne Humbersot, coordinatrice de la cabine juridique dans la jungle de Calais, les mineurs isolés sont la population la plus vulnérable du site, pour de multiples raisons.

Épisode 4 : La colère des Calaisiens (1)

Avant, ils voyaient des arbres et des dunes à l’horizon. Aujourd’hui, leurs fenêtres donnent sur un no man’s land, une zone de 100m de profondeur, aplanie et défrichée pour permettre aux CRS de voir les migrants qui approchent de la rocade. Ces riverains de la route de Gravelines sont à bout, soulagés de voir un camion de CRS stationné en permanence devant chez eux. Mais jusqu’à quand ? Certains ont eu des vols et des dégradations, ils disent comprendre la détermination des migrants mais se sentent aussi prisonniers de cette situation.

Épisode 5 : La colère des Calaisiens (2)

Jean-Yves Deléglise fait partie du collectif "Les Calaisiens en colère". Il estime que les habitants, "plus que des oubliés, sont des victimes".

Épisode 6 : Le port, une autre impasse pour les migrants

Comme Eurotunnel, le port de Calais est l’un des gros employeurs de la région. 10.000 salariés travaillent et ont l’habitude de gérer les aléas du trafic liés à la météo. Mais ils doivent aussi faire avec les migrants de la jungle juste à côté. Presque chaque jour, quelques-uns des 3.500 camions qui convergent vers le port sont ralentis ou arrêtés par ceux qui veulent monter dedans. Samedi dernier, 50 migrants ont même réussi brièvement à monter dans un ferry avant d’en être dégagés. Le directeur du port estime qu’au moins 40 personnes sont arrêtées par jour au moment des contrôles de sécurité.

Épisode 7 : Police contre réseaux de passeurs

En 2015, la Police aux frontières a démantelé 28 filières de passeurs en lien avec Calais et Grande-Synthe, dont 12 uniquement sur le Pas-de-Calais. Ces filières de 5 à 10 hommes - des Albanais, Afghans et Kurdes-Irakiens sur Calais, uniquement des Kurdes-Irakiens sur Grande-Synthe - proposent d’ouvrir les camions aux migrants ou leur garantissent un passage grâce à la complicité des chauffeurs routiers. Les tarifs varient de 4 000 à 10 000 euros selon les prestations. Des sommes souvent payées une fois la traversée réussie.

Épisode 8 : Le quotidien des chauffeurs routiers (1)

Depuis six mois, il y a plus de violences entre les chauffeurs routiers et les migrants. Les migrants tentent des actions désespérées pour forcer les camions à s’arrêter. Ils jettent des pierres, du bois, des barres de fer, ou s’allongent sur la route. Certains routiers ont pris des coups et ne veulent plus se laisser faire. Julien, chauffeur de Deroo Transports à Wizernes, a toujours son pied de biche à portée de main au cas où.

Épisode 9 : Le quotidien des chauffeurs routiers (2)

Alain Noyelle est responsable Angleterre de l'entreprise Deroo Transports. Pour lui, "les migrants gentils au bord de l'autoroute, il n'y en a plus. Ils agressent les transporteurs."

Épisode 10 : Le cimetière des migrants et la catastrophe sanitaire à venir

On ne sait pas toujours qui ils étaient, à peine combien ils sont : 14, 30, 40 migrants en 2015 selon les sources. Ils sont morts poignardés dans la jungle, percutés par un camion sur l’autoroute, noyés ou électrocutés près du tunnel. Parfois, il faut du temps pour les identifier et les corps restent longtemps à la morgue. Quand leurs familles ou proches le décident, ou faute d’argent pour les rapatrier, ils sont enterrés au cimetière nord de Calais.

Épisode 11 : Grande Synthe, un dépotoir pour Amin Trouvé Baghdouche

La jungle de Grande-Synthe a grossi très rapidement. Seules quelques dizaines de familles étaient installées il y a moins d’un an. Aujourd’hui, 1.900 personnes vivraient là, dans des tentes noyées dans la boue, d’après la dernière estimation. La préfecture du Nord estime aussi que 700 personnes sont parties ces dernières semaines. Chaque jour de nouvelles familles arrivent, notamment des Kurdes Irakiens. Malgré l’aide d’associations, de bénévoles anglais et de certains riverains, le camp n’a pas vraiment d’organisation ni suffisamment de sanitaires. Il est noyauté par les passeurs. Dans un mois, un nouveau camp plus au sud ouvrira. Construit par Médecins sans frontières, il répond aux normes internationales en vigueur.

Épisode 12 : Klevi, albanais, a choisi la France

Il y a ceux qui veulent à tout prix passer en Angleterre et ceux qui décident volontairement de rester en France. C’est le cas de Klévi, jeune Albanais de 18 ans. Dans son pays, il n’avait plus les moyens de payer le lycée alors qu’il était bon élève. Orphelin de père, il choisit de quitter l’Albanie, direction la Belgique puis la France. Il raconte son arrivée à Paris, son parcours de migrant et son choix de rester en France, « pays d’opportunité ». Il juge aussi ceux qui rêvent du mirage anglais. Klevi est accompagné par l’aide sociale à l’enfance, recueilli un temps au foyer pour mineurs isolés France Terre d’Asile de Saint-Omer. Il espère obtenir le droit de rester définitivement en France.

Le contexte

De par sa proximité avec l'Angleterre, le Calaisis est la zone la plus attractive pour les migrants qui veulent tenter la traversée vers un pays qu'ils imaginent plus accueillant. Au fil des différentes crises humanitaires (Kosovo, Irak, Syrie...) ils sont arrivés de plus en plus nombreux dans la région, dans des conditions parfois préoccupantes.

  • Automne 1999 : ouverture du "centre d'hébergement et d'accueil d'urgence humanitaire" à Sangatte , administré par la Croix-Rouge dans un hangar de 27 000 m². Il est au départ conçu pour accueillir 200 personnes. Trois mois après, ce nombre a triplé.
  • Septembre 2002 : on compte 2 000 migrants à Sangatte.Au total, près de 70 000 personnes s'y sont succédé.
  • Décembre 2002 : sur décision de Nicolas Sarkozy, le centre d'hébergement de Sangatte est définitivement fermé . La plupart des migrants présents sur place (environ 1 300 personnes) ont pu traverser la Manche légalement suite à un accord avec la Grande-Bretagne.
  • À partir de 2003, les camps de fortune vont se multiplier dans le secteur de Calais, de façon exponentielle après la fermeture de Sangatte.
    • Avril 2009 : les campements sauvages sont rasés au bulldozer. Deux mois plus tard, un nouveau camp est établi, regroupant 800 habitants.
    • Mai 2014 : trois campements sauvages sont démantelés suite à une épidémie de gale.
    • Septembre 2014 : Bernard Cazeneuve instaure le centre d'accueil de jour Jules Ferry , pour faire face à une nouvelle vague d'arrivées.
    • Octobre 2015 : On estime à 6 000 le nombre de réfugiés sur place , un record. Un chiffre dû notamment à la vague de migrants arrivés lors de l'été 2015.