Le ministère de l'Éducation nationale a publié jeudi quatre circulaires et expédié des milliers de livrets sur l'apprentissage de la lecture au CP afin de donner un cadre précis à des méthodes d'enseignement pratiquées par les professeurs des écoles "à tâtons". Les syndicats dénoncent un manque de confiance.

Le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer en visite dans une école primaire de Toulouse en novembre 2017.
Le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer en visite dans une école primaire de Toulouse en novembre 2017. © AFP / REMY GABALDA

Les annonces de Jean-Michel Blanquer ce jeudi sur le retour aux fondamentaux font bondir les enseignants. Dans quatre circulaires publiées au Journal officiel du 26 avril 2018, le ministère de l'Éducation nationale donne un cadre très resserré sur la meilleure manière de mener l'apprentissage de la lecture, de l'écriture (grammaire et orthographe), du calcul et du savoir-vivre, un cadre destiné à "créer une référence commune" pour tous les professeurs des écoles et du collège.

Le ministre de l'Éducation nationale prône plus précisément des exercices d'écritures quotidiens, à raison de deux fois 15 minutes chaque jour, d'une dictée elle aussi quotidienne de 10 à 15 minutes, de l'étude de cinq à dix livres par an au primaire, de 15 minutes de calcul mental par jour, du retour au manuel de lecture plutôt qu'aux photocopies.

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"La liberté pédagogique n'a jamais été l'anarchisme pédagogique" désamorce Jean-Michel Blanquer dans un entretien au Parisien. Le ministre de l'Éducation nationale affirme que ces circulaires étaient "attendues" par "beaucoup d'enseignants", ainsi que le livret de 130 pages sur L'apprentissage de la lecture au CP, un carnet dont des milliers d'exemplaires sont expédiés dans les rectorats et les écoles françaises.

S'il assure "sa grande confiance" dans l'action des professeurs, Jean-Michel Blanquer met en avant sa priorité : la réussite des élèves. À propos de la lecture notamment, "pas de compromis mixte" entre méthode globale "qui ne marche pas", affirme le ministre en s'appuyant sur des démonstrations scientifiques, "et quelque chose qui fonctionne, la méthode syllabique".

Le ministère de l'Éducation national ne réinvente pourtant pas l'enseignement du socle de lecture et d'écriture du deuxième cycle (les classes de CP, CE1, CE2) et du troisième cycle (CM1,CM2, 6e). Comme Jean-Michel Blanquer le dit lui-même, "dans la majorité des écoles, les pratiques des enseignants correspondent à nos recommandations". Mais "ils y sont parvenus par tâtonnements", ce qui justifie selon lui ces textes de référence.

"Pas de recette miracle" rappellent les syndicats

"Que voulez-vous qu'un enseignant chevronné fasse de ce guide, puisque pour l'essentiel ce sont des choses qu'il fait, même s'il n'utilise pas le bon cahier Seyès ?" Les syndicats d'enseignants mettent en doute la confiance du ministre : "Ça va trop loin, parce que d'abord c'est vraiment un manque de confiance réel envers les enseignants qui savent exactement quel cahier donner en fonction de quel élève !"

Ces recommandations, dont certaines sont très précises, comme par exemple le format du cahier sur lequel travailler avec les élèves de CP, ne répondent pas aux difficultés rencontrées dans les écoles, dénonce sur Franceinfo Francette Popineau, co-secrétaire générale et porte-parole du SNUIpp : "Il y a des difficultés dans l'école, qui ne relèvent pas d'ailleurs que des apprentissages. L'école est aussi une éponge sociale. Il y a une difficulté sociétale, il y a des difficultés dans l'école. Il faut les prendre en charge. Ça passe par de la formation des enseignants, qui pour l'instant est totalement absente."

_"Il n'y a pas un seul type d'élève, donc on ne peut pas avoir une recette miracle qui fonctionnerait pour tous les élève_s, reprend encore Francette Popineau, si c'était cela, je peux vous dire qu'il y a bien d'autres ministres avant lui qui l'auraient trouvée."

Les quatre priorités scolaires de Jean-Michel Blanquer.
Les quatre priorités scolaires de Jean-Michel Blanquer. / Ministère de l'Éducation nationale
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