Quatre familles de victimes de la toxicité d'une molécule de chimiothérapie, déposent plainte contre X, reprochant aux autorités sanitaires de ne pas avoir recommandé plus tôt un test qui aurait permis de déceler la sensibilité de leurs proches à ce traitement, selon leur avocat.

Chez certains patients, qui présentent un déficit total ou partiel d'une enzyme particulière, les effets toxiques du 5-FU sont décuplés.
Chez certains patients, qui présentent un déficit total ou partiel d'une enzyme particulière, les effets toxiques du 5-FU sont décuplés. © AFP / Jonathan Pow

Ces plaintes contre X pour homicide involontaire, blessures involontaires, mise en danger de la vie d'autrui, émanent des proches de trois personnes décédées et d'un homme qui a souffert gravement de cette toxicité. Elles sont déposées au pôle santé du tribunal de grande instance (TGI) de Paris. 

Les victimes sont deux femmes d'une soixantaine d'années soignées toutes les deux pour un cancer du sein, un homme de 45 ans soigné pour un cancer du pancréas, et un autre pour un cancer colorectal. Les trois premiers sont morts en 2016 et 2017. Le quatrième a très mal vécu une cure de chimiothérapie.

Les médicaments en cause sont à base de 5-fluorouracile dit 5-FU, ou de son précurseur la capécitabine. 

Le 5-FU, utilisé depuis plus de cinquante ans, est un anticancéreux essentiel parmi les plus utilisé en chimiothérapie, seul ou associé à d'autres anticancéreux. Cette molécule intervient dans le cadre de chimiothérapies pour les tumeurs solides (sein, colon, estomac, ORL...) D'après l'Institut national du cancer, 80 000 personnes sont traitées chaque année avec ce médicament.

Mais cette molécule, si elle est efficace, n'est pas sans danger : elle peut même être mortelle chez une minorité de patients qui ont un profil génétique particulier et souffrent d'un déficit d'une certaine enzyme.

Une question de dose

Ces risques sont connus depuis 30 ans, mais pas suffisamment pris en compte, selon les quatre victimes et familles de victimes qui portent plainte contre les autorités sanitaires.

La quatrième victime, le patient qui s'en est sorti, a découvert la dangerosité pour lui de l'5-UF en faisant un test de dépistage. Ce test a permis de comprendre la cause de son mal et de réduire la dose de son traitement. Car c'est bien là le problème : la toxicité de ce médicament est connue pour certains profils génétiques depuis longtemps, il suffit de faire un test pour juger d'une éventuelle contre indication. 

Le 5-FU et son précurseur sont "contre-indiqués chez les patients qui ont un déficit total connu" car ils sont "considérés comme extrêmement à risque", soulignait le ministère de la Santé dans une réponse écrite au Parlement le 9 décembre.  Des tests existent pour dépister les patients à risque, mais jusqu'à récemment certains hôpitaux ne les pratiquaient pas. "Quelque part on joue à la roulette russe, selon le lieu où l'on est traité", lance Me Vincent Julé-Parade qui dénonce cette "inégalité territoriale".

Le 28 février 2018, l'Agence du médicament (ANSM) a recommandé le dépistage. Et le 18 décembre, l'INCa et la Haute autorité de santé (HAS) ont recommandé la réalisation systématique d'une des deux méthodes de dépistage, "pour prévenir certaines toxicités sévères" des chimiothérapies par 5-FU.

Puisque le risque est connu et que les tests sont disponibles depuis des années, pourquoi les autorités sanitaires ont-elles attendu 2018 pour faire des recommandations ? C'est la question que posent les plaignants aujourd'hui, par la voix de leur avocat Me Vincent Julé-Parade.  Entre 10% et 40% des patients seraient plus ou moins intolérants à la molécule. Elle serait mortelle pour 0,2 à 0,8% d'entre eux.

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