C'est la question à laquelle doivent répondre Santé publique France et l'Agence régionale de santé. Une campagne de prélèvement inédite a commencé au début de l'été. Notre reporter a pu assister aux premiers prélèvements dans l'école Notre-Dame de Lourdes, un établissement fréquenté par quatre enfants malades.

Prélèvement de l'eau du robinet de la cantine
Prélèvement de l'eau du robinet de la cantine © Radio France / Thibault Lefèvre

Comment expliquer le nombre inhabituel de cancers pédiatriques qui touchent les enfants de la petite commune de Sainte-Pazanne et de ses alentours en Loire-Atlantique ? 14 cas selon les autorités entre 2015 et 2019, 17 selon le collectif "Stop aux cancers de nos enfants" sur les quatre dernières années pour un bassin de population d’un peu moins de 15 000 habitants (le collectif compte les jeunes majeurs, à la différence des autorités). C’est environ 30 fois plus que la moyenne nationale

Une campagne de prélèvement inédite  

Prélèvement de l'eau du robinet de la cantine.
Prélèvement de l'eau du robinet de la cantine. © Radio France / Thibault Lefèvre

Ce sont les mots de Régis Lecoq, le responsable santé et environnement de l'ARS Pays de la Loire. Jamais de mémoire de scientifique, il n'a vu ou réalisé une campagne de prélèvement de cette ampleur. À l'origine, et selon un protocole bien rôdé, Santé publique France était le seul organisme à enquêter sur les cancers pédiatriques de Sainte-Pazanne. Mais face à l'insistance des familles d'enfants malades, l'Agence régionale de Santé s'est saisie et a mis en place un protocole de prélèvement validé par tous les acteurs. Santé publique France s'occupe désormais de la partie épidémiologique. Elle a, à ce titre, produit un questionnaire transmis aux 14 familles d'enfants malades qui entrent, selon les autorités, dans le champ de l'étude. L'ARS de son côté est responsable des prélèvements. Un travail qui a commencé début juillet à l'école Notre-Dame-de-Lourdes de Sainte-Pazanne. Il sera poursuivi aux domiciles des familles.  

Que recherche-t-on ? 

L’Agence régionale de Santé prélève tout ce qui peut être mesuré dans l'eau, l'air intérieur et l'air extérieur, soit environ une centaine d'agents chimiques comme le chlorophénol, le chlorobenzène, le radon ou des solvants chlorés qui pourraient être liés au rejet de polluants d'une usine de traitement du bois situé à proximité de l'école. Selon Régis Lecoq, "il y a beaucoup de paramètres à mesurer. On veut s'assurer que dans la cantine scolaire et dans l'école, on ne retrouve pas de paramètres chimiques qui soient liés notamment avec les activités de traitement du bois. Le spectre est très large mais il est important d'avoir ce spectre large pour ne pas oublier telle ou telle famille de produits ou tel ou tel paramètre chimique".  

Dosimètre pour mesurer la teneur en radon de l'air
Dosimètre pour mesurer la teneur en radon de l'air © Radio France / Thibault Lefèvre

L'ARS part à la pêche donc, sans à priori, ce qui satisfait pour le moment les familles de victimes. L'organisme va même plus loin, comme le cahier des charges l'impose. En début de semaine, la puissance des champs électromagnétiques a été mesurée car une ligne à haute tension de 63 000 watts passe par le village à moins de 300 mètres de l’école et une autre ligne électrique, trois fois moins puissante, passe sous la cour de récréation. Les tests doivent être terminés cet été et les résultats publiés le 29 août. 

Les doutes des familles d'enfants malades  

Le premier doute concerne les normes. Marie Thibault, maman du petit Alban, 7 ans et demi, actuellement en rémission et co-fondatrice du collectif "Stop aux cancers de nos enfants" estime que  "l'ARS ne trouvera certainement rien, ou en tout cas, ce qui sera trouvé sera dans les normes". Car au-delà de la bonne volonté des autorités pour mener à bien les prélèvements, il faudra selon Marie Thibault, "aller au-delà de ce qui est fait."

Un exemple : l'OMS estime que les facteurs de risque et notamment de leucémie pédiatrique, lié à la présence de champs électromagnétiques, commencent à partir du seuil de 0,1 microtesla. Certains pays européens comme l'Allemagne tolèrent des seuils allant jusqu'à 0,5 microtesla. En France, le seuil retenu est de 100 microtesla, soit 1 000 fois plus que la limite retenue par l'OMS. La peur des familles des victimes, c'est que les autorités ne poussent pas les investigations plus loin, si les relevés restent dans les normes françaises. 

La seconde inquiétude, concerne ce que Marie Thibault appelle "l'effet cocktail" : "_L'effet cocktail, c'est la multiplication des risques, les uns cumulés aux autres_. Même si chaque facteur est dans une valeur un peu acceptable, il vient se cumuler aux autres. On sait que c'est de toute façon le cumul de tous ces facteurs qui peut, à un moment, donné des mutations de cellules qui peuvent se transformer en cellules cancérigènes." Le problème, c'est que les mesures de l'ARS fonctionnent en silo. L'organisme n'évalue donc pas l'effet cocktail. 

Enfin, les familles de victimes ont une exigence. Elles sont aujourd'hui soutenues par une trentaine de personnes réunies en collectif et très entourées par des associations et des scientifiques. Elles demandent à avoir accès aux données brutes de l'ARS pour pouvoir livrer dès la rentrée, une analyse indépendante. 

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