Les températures vont frôler les 35 à 40 degrés, partout en France dès lundi. La canicule est de retour et avec elle, cette question existentielle : comment s'habiller pour aller travailler sans finir en nage au bout de cinq minutes ? Surtout, votre patron peut-il vous reprocher de venir en jupe ou en short ?

Le choix du vêtement n'est pas une "liberté fondamentale" du salarié.
Le choix du vêtement n'est pas une "liberté fondamentale" du salarié. © Getty / Drew Angerer

Préparez les glaçons, il va faire chaud : 29 degrés au Nord à partir de dimanche, 32 degrés au Sud. Dès lundi, les seuils de canicule seront dépassés partout en France. Jusqu'à vendredi, attendez-vous à 30 degrés minimum, et près de 40 degrés dans le Centre et l'Est selon Météo France. Dans ces conditions, comment éviter les auréoles sous les bras dès 8 heures du matin ? Devant votre armoire, l'envie vous démange : enfiler short et tongs et partir au travail lunettes de soleil sur la tête. Mais est-ce bien raisonnable ?

Au bon vouloir de l'employeur

Théoriquement, rien dans la loi n'interdit de dénuder ses mollets au bureau. Mais attention : le choix du vêtement n'est pas une liberté fondamentale au travail. C'est ce qu'a jugé la Cour de cassation en 2003. "Le salarié peut s'habiller à sa guise, à condition d'avoir une tenue propre et décente. Mais l'employeur peut limiter cette liberté", explique Florent Hennequin, avocat au barreau de Paris et spécialisé en droit du travail.

"Le bermuda c'est non, ça fait vacances"

Le rédacteur en chef de la radio France Bleu Mayenne interdit par exemple aux journalistes, hommes et femmes, de venir en short ou en marcel : "J'en ai déjà renvoyé chez eux pour qu'ils enfilent un pantalon, se souvient Thierry Ruffat. Il y a un minimum de respect à avoir pour les gens que l'on interviewe." Il autorise cependant la jupe "qui peut se porter toute l'année, alors que le bermuda fait vraiment vacances."

Il existe deux motifs de restriction. D'abord, "pour des raisons d'hygiène ou de sécurité" : si vous travaillez sur un chantier, par exemple, vous ne pouvez pas enlever votre casque sous prétexte qu'il vous fait transpirer. En 2008, la Cour de cassation a donné tort à un agent technique, licencié suite à son obstination à venir travailler avec un bermuda sous sa blouse de travail : "En vertu de l'article L. 1121-1 du code du travail, un employeur peut imposer à un salarié des contraintes vestimentaires si elles sont justifiées par la nature des tâches à accomplir et proportionnées au but recherché."

Dans les entreprises où un uniforme est imposé, comme à la SNCF, les tenues sont adaptées en fonction des saisons. "Les vendeurs et les agents d'escale ont des polos et des chemisettes au lieu des chemises à manches longues. Les femmes peuvent porter une jupe si elles le souhaitent, mais les hommes sont en pantalon toute l'année" indique l'entreprise. Dans les ateliers de maintenance, "les agents peuvent porter un tee-shirt SNCF quand il fait chaud s'ils travaillent sur un établi par exemple, mais dès qu'ils sont à proximité d'objets coupants ou sous les trains ils doivent porter des manches." Par contre, il est possible de croiser un conducteur de train en bermuda : "ils n'ont pas d'uniforme imposé et sont libres de venir en short pour avoir moins chaud dans leur cabine de conduite".

Quid des mini-jupes et des chemisiers transparents ?

Autre limitation possible en raison des "contraintes liées à l'intérêt de l'entreprise", notamment quand l'image de la société est en jeu, en cas de contact avec des clients par exemple. En 2001, une salariée d'une agence immobilière s'était vue interdire de venir travailler en survêtement pour cette raison. Dans sa PME, Lucas n'a pas ce problème. Il travaille dans l'agroalimentaire dans le Pas-de-Calais : "L'un de mes collègues, un cadre commercial, est déjà venu travailler en bermuda, car il est en contact avec ses clients uniquement par téléphone." Même liberté dans la start-up lilloise où travaille Pierre, ingénieur électronique : "Plusieurs développeurs viennent au bureau en short l'été, c'est tout à fait accepté."

Dans l'absolu, mini-jupes et décolletés pigeonnants sont autorisés... tant que l'employeur considère que la tenue est décente. "La définition de la décence est bien sûr très subjective. En cas de litige, le conseil de prud’hommes tranche", explique Florent Hennequin. Le 22 juillet 1986, la Cour de cassation a donné raison à une entreprise qui avait licencié une salariée travaillant seins nus sous un chemisier transparent, des vêtements "suggestifs" selon l'employeur. "Ce genre de cas est rare. D'ailleurs, je ne suis pas sûr que la décision de justice serait la même aujourd'hui", tempère l'avocat.

Climatiseurs et eau fraîche

Comment dès lors se rafraîchir sans risquer de prendre la porte ? "De manière générale, l'employeur a l'obligation d'assurer la santé et la sécurité des travailleurs", souligne Florent Hennequin. En cas de canicule, il doit garantir leur "confort thermique" et prendre des mesures pour rafraîchir les locaux. Elles comprennent l'isolation des bâtiments et le renouvellement de l'air, mais aussi ponctuellement en cas de pic de chaleur, l'installation par exemple de ventilateurs ou de climatiseurs de bureau. "Si un accident du travail survient à cause de la chaleur, par exemple un malaise, _la responsabilité de l'employeur peut être mise en cause s'il n'a pris aucune mesure contre la canicule_. Le salarié peut alors demander la reconnaissance d'une faute inexcusable de l'employeur pour obtenir réparation du préjudice", ajoute l'avocat.

Sachez que votre employeur est également obligé, légalement, de vous fournir de l'eau potable et fraîche. "Les salariés doivent pouvoir boire un litre par heure", selon l'avocat. À vos gobelets : la vague de chaleur devrait durer toute la semaine. Un phénomène de canicule très prématuré pour la saison.

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