Avec onze tonnes de cannabis saisies sur le seul mois de décembre, soit plus de 15% de l'ensemble des prises de 2016, l'année 2017 s'annonce comme un très bon cru pour la lutte contre le trafic de haschisch et de marijuana. Mais ce business n'est pas mort, et loin de là. Décryptage.

Le cannabis est, de loin, la drogue la plus consommée en France. Les saisies sont à l'avenant.
Le cannabis est, de loin, la drogue la plus consommée en France. Les saisies sont à l'avenant. © AFP / JEAN-PIERRE CLATOT

En décembre, l'Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis) n'a pas chômé. Avec 10,8 tonnes de saisies de cannabis, l'institution annonce un mois record et, potentiellement, une année soutenue dans la lutte contre l'importation de shit. Qui, pour autant, ne devrait pas freiner un business encore très rentable, soutenu par une consommation massive et régulière : avec 1,4 million de fumeurs réguliers et 700 000 fumeurs quotidiens, les Français se placent dans le peloton de tête des "pot heads" européens.

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La France, gros consommateur de cannabis

Le marché du cannabis en France en 2010 a représenté entre 810 et 1 425 millions d’euros de chiffres d'affaires, pour une moyenne de 1 117 millions. Il représente presque la moitié des dépenses en drogues, soit 48 %, et en tout état de cause le best-seller, devant la cocaïne et loin devant l'héroïne.

La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives estime néanmoins que les volumes consommés n'ont pas vraiment évolué entre 2005 et 2010.

Un producteur hégémonique, des routes maîtrisées

La résine de cannabis, principale forme consommée en France (aucune étude ne permet néanmoins de chiffrer la répartition entre résine, herbe, huile…), vient à 80% du Maroc, et plus spécifiquement du Rif, où des paysans locaux se sont spécialisés dans la culture et la transformation.

Le négoce et le transport, eux, peuvent varier. Le cannabis peut voyager par bateau directement du Maroc vers les ports français, mais il peut aussi transiter par l'Espagne ou l'Algérie. Parce que les techniques changent (gros volumes par bateau, go-fast, cachettes dans des camions – dans des salades, pour l'une des dernières saisies...), la répartition des coûts n'est pas toujours la même.

L’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice a néanmoins tenté de chiffrer les différents postes, d'où il ressort que le transport pèse plus de 20% du prix final du produit. 

Un business toujours rentable (mais pas pour tous)

Perdre un chargement durant son transit entre le pays producteur et les consommateurs a un coût. Mais lorsqu'on s'essaye, comme la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, de chiffrer les revenus générés par les différents acteurs de la "filière cannabis", il en ressort que le détaillant moyen peut, dans une organisation classique (pyramidale), empocher plus de 8 000 euros annuels.

Un revenu relativement faible pour les quelque 132 600 dealers estimés, à comparer avec les 466 000 euros qu'une tête de réseau – un des 1 096 barons du trafic – peut empocher chaque année.

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