L'usage du cannabis thérapeutique fait son chemin en France : un comité de spécialistes mandaté par l'Agence du Médicament vient de proposer une expérimentation sur deux ans pour en mesurer les effets sur des patients souffrant notamment de sclérose en plaques, d'épilepsie sévère, ou en soins palliatifs.

1 500 à 3 000 patients devraient être inclus dans l'expérimentation qui doit durer deux ans.
1 500 à 3 000 patients devraient être inclus dans l'expérimentation qui doit durer deux ans. © Getty / Lpettet

L'usage du cannabis thérapeutique en France ne sera pas généralisé tout de suite, mais les choses avancent. Le comité de spécialistes mandaté il y a quelques mois par l'ANSM, l'Agence du Médicament, pour réfléchir sur la question, propose aujourd'hui de mener une expérimentation sur deux ans pour en mesurer les effets.

Si l'Agence du Médicament valide cette proposition, l'expérimentation devrait inclure des patients dès le premier semestre 2020. Les médecins prescripteurs seront des spécialistes, volontaires et formés spécifiquement sur le sujet. Ils pourront prescrire du cannabis dans cinq indications spécifiques : les douleurs neuropathiques (douleurs sciatiques par exemple) réfractaires à tout traitement, certaines formes d'épilepsies sévères et résistantes, en soin de support pour les malades du cancer (pour soulager leurs douleurs ou leurs nausées par exemple), dans les situations palliatives (pour atténuer angoisses et douleurs notamment), et pour traiter les douleurs musculaires liées à la sclérose en plaques ou autres maladies du système nerveux central. 

Formes orales, sublinguales et inhalées, mais pas de cannabis à fumer

La forme administrée ne sera surtout pas à fumer : Il s'agira de formes orales, sublinguales ou inhalées (solutions buvables, capsules d'huiles, vaporisation de fleurs séchées), certaines à effet immédiat pour traiter des douleurs paroxystiques, d'autres à effet prolongé en traitement de fond. Les médecins prescripteurs jugeront de la dose minimale efficace. Plusieurs ratios de THC (tétrahydrocannabinol) et CBD (cannabidiol) sont prévus dans les formes qui seront proposées. Il s'agit des substances actives du cannabis. L'épilepsie nécessitant par exemple un taux plus important de CBD quand les douleurs neuropathiques nécessitent davantage de THC.

Combien de patients concernés ? "Dans l'absolu, les malades pouvant prétendre au cannabis thérapeutique se comptent en dizaines de milliers, en France, commente Nicolas Authier, pharmacologue et président du Comité mandaté par l'ANSM, mais l'expérimentation en concernera 1 500 à 3 000 environ." Ils seront suivis scrupuleusement, et leur expérience sera évaluée pour juger de la pertinence d'une éventuelle généralisation du cannabis thérapeutique d'ici deux ans. Le calendrier de l'expérimentation est le suivant : six mois de mise en place, six mois d'inclusion des patients, six mois de suivi des patients, et six mois d'analyse des données.

La cannabis entrant dans la catégorie "stupéfiant", les ordonnances seront sécurisées. C'est au Ministère de la santé qu'il appartient maintenant d'accepter ou pas cette proposition d'expérimentation, mais Agnès Buzyn y semblait favorable et prête à suivre. Beaucoup de patients traités pour les affections concernées disent déjà utiliser du cannabis pour se soulager, mais ils déclarent souffrir de devoir le faire en étant hors la loi et en se procurant difficilement les produits puisque prohibés. D'autres pays ont légalisé cette pratique depuis des années, notamment Israël ou le Canada.

D'après Nicolas Authier, le coût d'un traitement au cannabis devrait tourner autour de 10 à 15 euros par jour, soit jusqu'à 500 euros par mois.

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