[scald=70143:sdl_editor_representation]par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - L'ex-ennemi public n°1 Ilich Ramirez Sanchez, dit "Carlos", a été accablé vendredi à son second procès en France par un ancien compagnon, l'Allemand Hans-Joachim Klein, qui l'a décrit comme un tueur froid et un imposteur.

Le Vénézuélien de 62 ans, activiste le plus craint au monde dans les années 1970 et 1980, purge déjà une peine de prison à perpétuité et encourt une seconde peine à vie dans ce procès ouvert le 3 novembre visant quatre attentats ayant fait 11 morts et 200 blessés en 1982 et 1983.

A la barre des témoins, Hans-Joachim Klein, qui fut son compagnon d'armes avant de renoncer aux actions violentes en 1976, a eu des mots terribles pour son ancien chef, auquel il n'a pas même jeté un regard.

"Il se dit 'révolutionnaire professionnel'. Mandela était révolutionnaire, Solidarnosc (le syndicat polonais anticommuniste-NDLR) était révolutionnaire, les gens qui manifestaient à Dresde (contre la RDA-NDLR) étaient révolutionnaires. Transformer une femme en steak haché rue Marbeuf n'a rien de révolutionnaire", a-t-il dit à la cour.

Pour lui, "Carlos" n'avait pas de convictions et prenait goût à tuer froidement pour asseoir son autorité.

"Il avait une politique de massacre gratuit, il pensait que plus il tuait, plus on le respectait. Il était capable de tuer quelqu'un et d'aller dans un grand restaurant sans perdre l'appétit", avait déjà dit le témoin à la police, des propos confirmés à la barre.

Remarquant que Carlos avait fait l'éloge d'Hitler, il a dit : "On peut se poser des questions sur son état mental".

Carlos est accusé d'avoir organisé les attentats le 29 mars 1982 contre le train Capitole Paris-Toulouse (5 morts et 77 blessés), le 22 avril 1982 rue Marbeuf à Paris devant le siège du journal El Watan (un mort et 63 blessés) et le 31 décembre 1983 dans le TGV près de Tain-l'Hermitage et à la gare Saint-Charles de Marseille (5 morts et 50 blessés au total).

UN QUASI-AVEU DE CARLOS

Visiblement hors de lui après cette déposition, Carlos a menacé le témoin et, emporté dans son élan, a fait un quasi-aveu à la cour. Comme le président faisait remarquer au témoin que l'accusé niait les faits jugés, Ilich Ramirez s'est levé dans son box en faisant signe que non.

"Non, je n'ai jamais contesté", a-t-il dit. Se tournant vers Han-Joachim Klein, il a dit : "Nous exécutons les traîtres, les indics, les informateurs de police".

Comme le président lui demandait de préciser sa position sur les attentats, il a expliqué : "Il y a trois possibilités : je suis innocent, je suis coupable, je vous emmerde", précisant qu'il retenait la dernière.

Le témoin a longuement raconté ensuite ce que fut l'histoire du "groupe Carlos" dont il a fait brièvement partie et qui fut protégé par plusieurs pays communistes européens, la Syrie, la Libye, l'Irak et le Yémen. Sous des dehors idéalistes, Carlos était un "mercenaire", a dit le témoin.

L'Allemand, qui vivait dans sa jeunesse à Francfort avec Daniel Cohn-Bendit et Joschka Fischer, qui deviendront ensuite respectivement député européen et ministre allemand des Affaires étrangères, a dit avoir glissé vers la radicalité armée.

Il a participé à l'action qui fit la légende de "Carlos", la prise d'otages en décembre 1975 des ministres de l'Opep à Vienne. Le problème, a dit le témoin, c'est que le but officiel de cette action exposé par Carlos à ses hommes, défendre la cause palestinienne, était un mensonge.

"C'était un contrat de Kadhafi qui voulait contrôler l'Opep", a-t-il dit. Il a expliqué avoir appris après-coup que le dirigeant libyen, qui avait fourni les armes et les plans du bâtiment, avait chargé Carlos de tuer les ministres du pétrole iranien et saoudien, ce qui ne s'est finalement pas fait.

Par la suite, Hans-Joachim Klein a abandonné la lutte quand un détournement d'avion s'est fini par un tri des passagers entre juifs et non juifs, un geste qu'il a jugé "insupportable".

Il avait refait sa vie en France dans la clandestinité avant d'être rattrapé au début des années 2000 et extradé en Allemagne où il a purgé cinq ans de prison pour l'attaque de l'Opep, avant d'être libéré. Il est revenu aujourd'hui en Normandie.

L'arrêt concernant Carlos est attendu le 15 décembre.

Edité par Yves Clarisse

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