Interpellé mercredi soir lors d'une manifestation, encensé en début de semaine par Jean-Luc Mélenchon sur son blog, Éric Drouet est en train de devenir la personnalité la plus visible - quoique l'une des moins médiatiques - du mouvement des gilets jaunes. Que dit-il sans ses différentes interventions sur Facebook ?

Éric Drouet était déjà présent dans les premières manifestations, le 17 novembre
Éric Drouet était déjà présent dans les premières manifestations, le 17 novembre © Maxppp / CHRISTOPHE PETIT TESSON/EPA/Newscom

Il est devenu, en un mois de mobilisation, l'une des figures les plus influentes du mouvement des "gilets jaunes", alors même qu'il refuse désormais toute intervention dans les médias "traditionnels". Mercredi soir, Éric Drouet a été interpellé pour "organisation d'une manifestation non autorisée" à Paris, alors qu'il s'était rendu en compagnie d'une cinquantaine de personnes sur la place de la Concorde pour déposer des bougies en hommage aux manifestants blessés dans les mobilisations organisées par les "gilets jaunes". 

Plus tôt dans la semaine, c'était via une publication sur le blog de Jean-Luc Mélenchon qu'Éric Drouet avait fait parler de lui. Dans ce texte intitulé "Merci, monsieur Drouet". Le leader de la France Insoumise saluait l'action de ce porte parole : "Puisse cette année être la vôtre, et celle du peuple redevenu souverain. Puisse-t-elle être celle de la fin de la monarchie présidentielle, et du début de la nouvelle république". 

Jean-Luc Mélenchon a ainsi été accusé, par l'éditorialiste Jean-Michel Aphatie et par l'ex-candidat à la présidentielle Benoît Hamon, de faire la promotion d'un militant qui a voté pour le Front national aux deux tours de la présidentielle de 2017. Éric Drouet a formellement démenti avoir voté pour le FN, contrairement à ce qu'affirmaient plusieurs commentateurs après la publication du billet de blog de Jean-Luc Mélenchon. Le porte-parole des "gilets jaunes" affirme ne jamais avoir révélé pour qui il avait voté en 2017. Il l'a également déclaré dans un live vidéo réalisé le même jour. Dans la foulée, des propos qu'il avait tenus dans une interview à La Croix ont été remis en avant : "Pour plein de gens, même s'ils voulaient voter contre Macron, ils ne pouvaient pas non plus voter Le Pen. C'est un problème qui s'est posé pour moi", affirme-t-il.

Mais que dit vraiment Éric Drouet sur les réseaux... et qu'est-ce que cela dit de lui, de ses opinions, son profil, ses façons d'agir ?

"Les gens dont on m'a parlé, comme Soral, je connais absolument pas"

Le 28 décembre dans un Facebook live : Éric Drouet a été pointé du doigt pour avoir coopéré avec le journaliste indépendant Vincent Lapierre, ancien collaborateur du théoricien d'extrême droite Alain Soral. "Moi, je ne juge Vincent Lapierre que sur ce qu'il a fait sur nos actes, le reste de ce qu'il a fait, ça ne m'intéresse pas", dit le "gilet jaune", affirmant même ne jamais avoir entendu parler de ce "Alain Soral" dont on lui a parlé. 

"C'est chaud, c'est chaud, c'est chaud"

Sur le pacte de Marrakech, le 3 décembre dans un Facebook live commun avec Maxime Nicolle (alias Fly Rider) : S'il semble assez peu politisé, Éric Drouet a aussi tendance à relayer des rumeurs, des fausses informations, voire des théories complotistes. La plus marquante est celle relative au "pacte de Marrakech", signé par la France le 10 décembre. Selon une partie des "gilets jaunes", ce texte devait représenter "la vente de la France à l'ONU", et ouvrir la porte à l'accueil massif de migrants. Éric Drouet n'a pas lui-même donné cette information, mais a laissé la parole à un autre porte-parole, Maxime Nicolle, sans le contredire, se contentant d'appuyer d'un "C'est chaud, c'est chaud, c'est chaud". Plus tôt dans un autre live, il affirmait, en réponse à des questions sur le sujet, ne pas vraiment savoir ce dont il était question. 

"Pas de liste aux européennes, c'est un piège à la con (...) Je ne suis pas pour, vraiment pas."

Le 28 décembre dans un Facebook live : Dans la plupart de ses prises de parole, la plupart par l'intermédiaire de "Facebook live", Éric Drouet répond aux questions des internautes qui le suivent. Depuis plusieurs semaines, il est interrogé sur l'éventualité de listes "gilets jaunes" en vue des élections européennes. A chaque fois, il se dit opposé à cette idée, qui risquerait selon lui de diviser le mouvement. 

"Ce que je déplore dans les élections, c'est que dans leur campagne ils n'ont pas tous les mêmes moyens : il y a plein de gens qui sont bons dans leur façon de faire mais qui n'ont pas de budget."

Le 3 décembre dans un Facebook live : En revanche, sur l'action du gouvernement et sur le système politique français, Éric Drouet semble avoir des positions très arrêtées. Fervent défenseur du RIC, il oppose régulièrement le peuple à ses dirigeants, évoquant par exemple la visite d'Emmanuel Macron aux forces de l'ordre plutôt qu'aux citoyens et aux manifestants. 

"Ma mère travaille dans un CIO (Centre d'information et orientation, NDLR), elle est fonctionnaire depuis des années (...) je sais qu'il y a des fonctionnaires qui sont pauvres, ma mère en fait partie"

Le 28 décembre sur Facebook live : Autre argument qui sème le trouble : dans l'une de ses dernières vidéos, répondant à une fonctionnaire qui déplore le fait qu'Emmanuel Macron n'a pris aucune mesure pour les employés de l'Etat, il abonde dans son sens, appuyant son argument avec l'exemple de sa propre mère, fonctionnaire et en difficulté financière. Un argument plutôt considéré comme "de gauche". 

“Ma femme s’est demandé si elle n’allait pas se mettre à chômage plutôt que de travailler, parce que parfois c’est plus avantageux, mais nous on aime trop le travail”.  

Le 28 décembre sur Facebook live : Dans cette même vidéo, après avoir évoqué sa mère, il évoque sa femme. Et si sa défense des fonctionnaires semblait le placer plutôt à gauche, il tient ici un discours sur l'assistanat plutôt classé à droite, reposant sur l'idée que les aides sociales permettent à des chômeurs de mieux vivre que des actifs. 

A RT, j'ai dit oui, parce que pour moi ce sont les médias qui retranscrivent le mieux

Le 28 décembre sur Facebook live : Toujours dans ce même Facebook live, où il répond à de nombreuses questions, il répond de son choix de s'adresser exclusivement à quelques médias (Brut, RT, etc.). C'est l'un des grands axes défendus par Éric Drouet : une vaste défiance contre les médias "traditionnels", dans lesquels il ne veut pas s'exprimer. 

Si on arrive dans l'Elysée, on rentre dedans

Le 5 décembre... sur BFMTV : Alors qu'il s'exprimait encore dans les médias classiques, Éric Drouet avait lâché cette phrase choc, qui laissait voir une volonté de prendre le pouvoir, y compris de façon violente, en "entrant dans l'Elysée". Dans la foulée, et après qu'ait été brandie la menace de poursuites judiciaires pour "appel à l'insurrection", le "gilet jaune" avait rétropédalé, affirmant que c'était "pour le symbole". 

“Il y a des actions à faire pour bloquer l’économie, mais je pense qu’il y a surtout des actions pour se faire voir”. 

Le 28 décembre sur Facebook live : Désormais, le mode d'action privilégié par Éric Drouet est clair, et c'est cela qui fait de lui un porte-parole très médiatique : sa stratégie principale consiste à donner de la visibilité au mouvement avant tout. C'est pour cela qu'il a, de sa propre initiative, organisé ces dernières semaines des rassemblements à Paris le mercredi (en plus du samedi). Pour d'autres porte-paroles et anciens porte-paroles, son interpellation ce mercredi était même une stratégie pour se faire interpeller et donc faire parler de lui. 

"Aucune décision ne sera prise sans l'ensemble des gilets jaunes"

Le 26 novembre sur Facebook live : On peut reconnaître à Eric Drouet le fait de s'être tenu à son mot d'ordre : une représentation participative. Sur les trois groupes Facebook où il intervient régulièrement ("La France en colère", "La France énervée" et sa page désormais "officielle"), il poste de très nombreux messages et des sondages, sur les prises de parole qu'il doit prendre et les actions à mener. 

"Les pires mondialistes (Macron, Sarkozy ou Hollande) à la tête des pires politiques (chômage, terrorisme et immigration de masse)

C'est un cas particulier. Eric Drouet a partagé une publication Facebook le 24 décembre avant de la retirer rapidement. Il faut dire que la publication a semé le doute chez les observateurs des "gilets jaunes" et même au sein du mouvement. Le texte signé d'un certain "Victor Mara", inclue des tournures beaucoup plus élaborées que les prises de parole habituelles d'Éric Drouet lui-même... et évoque des "racailles" et "l’immigration de masse". Suite aux critiques très nombreuses sur ce texte, le "gilet jaune" a retiré ce texte. 

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