On les a appelés "les gueules cassées", ces soldats qui ont survécu à la guerre 14-18, mais avec des visages fracassés par des éclats d'obus. Ces hommes ont servi, bien malgré eux, de terrain expérimental pour la chirurgie maxillo-faciale qui a pu progresser en tentant de les réparer.

Carte postale représentant un hôpital militaire français pendant la Première Guerre mondiale
Carte postale représentant un hôpital militaire français pendant la Première Guerre mondiale © CC Wikipedia Yelkrokoyade

C'est grâce à ces soldats dont le visage a été détruit par la Grande guerre qu'aujourd'hui la chirurgie peut redonner un visage "humain" aux traumatisés, aux malades victimes de cancers, en leur permettant de vivre au quotidien en rétablissant les fonctions fondamentales que sont manger, parler…

Quatre de nos cinq sens sont situés sur le visage, donc lorsqu'il est touché par un accident ou par une tumeur, rétablir ces fonctions est indispensable.

Lors de la guerre 14/18, des hommes sont revenus sans une partie de la face. Il a bien fallu tenter sur eux des opérations, comme le rappelle le docteur Bernard Devauchelle, chirurgien maxillo-facial au CHU d'Amiens. C'est lui qui, en 2005, a réalisé la première greffe mondiale de visage. 

"On a vu toute une série de techniques chirurgicales de réparation avec des lambeaux locaux, où on utilisait la peau des alentours pour essayer de couvrir, explique le docteur Bernard Devauchelle. On arrivait à restaurer plus ou moins un visage mais au prix de séquelles fonctionnelles  extrêmement importantes." Comme avoir des difficultés à se nourrir, à parler, à respirer, car c'est ce que le chirurgien doit rétablir, avant l'esthétique. "C'est la complexité des fonctions qu'il faut s'efforcer de restaurer, insiste le chirurgien maxillo-facial. On a là, concentrées dans la partie supérieure du corps, la totalité de la sensorialité et les principales fonctions de relation à l'autre. Qu'on ne vous regarde plus comme une bête curieuse entre guillemets, c'est ça qui est compliqué de restaurer."

Aujourd'hui, on travaille en microchirurgie. On s'aide de modélisations, mais on utilise encore le lambeau, réalisé à partir du péroné, pour reconstruire une mâchoire, socle d'un visage qui permet de nouveau au blessé, au malade, de se présenter au monde.

Une expo photo sur la chirurgie maxillo-faciale se tient actuellement et jusqu'au 14 décembre dans un très beau lieu : la chapelle Saint Louis de l'hôpital de la Pitié Salpêtrière.

► Voir le reportage sur les actions de la Fondation "Les gueules cassées"

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