Dégradations, fermetures de commerces, mesures de précaution : les débordements, en marge des manifestations de “gilets jaunes”, commencent à coûter cher notamment aux collectivités locales, villes ou métropoles.

Un arrêt de bus détruit à Paris, en décembre 2018.
Un arrêt de bus détruit à Paris, en décembre 2018. © AFP / Lucas Barioulet

L’information vient de Bruno Le Maire, ministre des Finances : le mouvement des “gilets jaunes” aurait coûté – économiquement parlant – 0,2 point de croissance trimestrielle. “C’est très important” a-t-il estimé et, selon nos informations, cela représente entre quatre et cinq milliards d’euros de pertes. Au-delà des données purement économiques, les désormais nombreux week-ends de manifestation génèrent un véritable coût pour les communes, agglomérations, commerçants. France Inter a donc recensé les dépenses et frais supplémentaires générés par la gestion du mouvement et de ses conséquences.    

Pour les communes, environ 30 millions d’euros

L’association France urbaine a, selon les remontées de ses adhérents, c’est à dire les grandes villes et métropoles françaises, estimé à 30 millions d’euros l’impact sur les finances des collectivités locales. Mais quelles sont ces dépenses ? Il s’agit par exemple de frais supplémentaires de personnel de propreté urbaine pour nettoyer les villes après les manifestations, effacer des tags sur des monuments, réparer ou racheter le mobilier urbain dégradé (arrêts de bus, horodateurs, distributeurs de tickets de tram), des emplois supplémentaires de sécurité. Il faut noter également que l'indisponibilité des automates qui peuvent générer des recettes pour les collectivités (parcmètres, tickets de transports, etc.) crée, de fait, un manque à gagner.  

Paris, sans surprise, la plus touchée. La liste des dégradations est longue dans la capitale. Très vite, la ville de Paris a fait le décompte des frais engagés pour réparer les dégâts en marge des manifestations de “gilets jaunes”, souvent ponctuées de scènes violentes. Selon l'association France urbaine, le montant s’élève, fin février, à 18 millions d’euros de frais supplémentaires. 

Presque cinq millions de frais à Toulouse. Mi-février, le maire de Toulouse expliquait sur franceinfo que les dégâts estimés représentent environ 5,5 millions d’euros de frais. Selon les précisions, lors d’un conseil en début de mois, dont La Dépêche dressait le compte-rendu, Jean-Luc Moudenc précisait déjà que le coût des réparations s'ajoutait aux heures supplémentaires des agents de nettoyage, les pertes de recettes des transports en commun.

À Bordeaux, plus d’un million d’euros de frais.La ville de Bordeaux estime que le montant des dégâts en marge de la mobilisation des "gilets jaunes" depuis le 17 novembre s'élève à 1 200 000 euros, selon les informations recueillies par France Bleu Gironde. La facture la plus lourde concerne les dégâts causés aux lignes du tramway. Le montant annoncé est de 428 000 euros pour changer les boîtiers et les câbles qui permettent l'alimentation électrique des rames par le sol. Le reste concerne, notamment, des travaux de voirie pour 160 000 euros, pour refaire des enrobés de voirie, sécuriser des chantiers dans la ville ou encore effacer des graffitis et remplacer le mobilier urbain abîmé.  Selon l’association France urbaine, les villes de Rennes et Dijon estiment aussi avoir des frais supplémentaires avoisinant le million d’euros.

Près d’un million d’euros de dégâts à Saint-Étienne. La radio France Bleu Saint-Étienne Loire rapporte que les dégradations de sur l’espace public ont coûté près d’un million d’euros à la ville. Elle souligne notamment une forte hausse de ses dépenses de fonctionnement, il a fallu 2 500 heures supplémentaires pour réparer les dégâts, ajoute France Bleu.  

L'une des communes touchées à listé les dégradations subies.
L'une des communes touchées à listé les dégradations subies.

De nombreuses dégradations à Rouen. En début d’année 2019, la métropole de Rouen a estimé que les débordements des manifestations de "gilets jaunes" ont entraîné au moins un million d’euros de dégâts sur le mobilier urbain et les chantiers engagés dans le centre ville. "Un premier chiffrage établit le coût de ces dégradations à 850 000 euros, indépendamment de son impact en ressources humaines, compte tenu de la mobilisation particulière demandée aux services de la métropole pour prévenir nettoyer et réparer", avait expliqué la collectivité. 

La protection du centre-ville a aussi un coût à Clermont-Ferrand. Fin février, alors que des “gilets jaunes” s’étaient donné rendez-vous dans la capitale auvergnate, les bâtiments publics et les stations de tramway ont été protégés par des plaques de bois et de métal, le mobilier urbain et autres horodateurs retirés en nombre. Les grilles de la préfecture ont été fortifiées, et les chantiers, nombreux en ce moment dans la ville, protégés. Coût de l'opération: 300 000 euros, selon la mairie de Clermont-Ferrand, qui a engagé une cinquantaine de personnes pour transformer la ville en forteresse.

À Caen, le chantier du futur tramway dégradé. La communauté urbaine de Caen a chiffré à 300 000 euros le coût des dégradations du chantier du futur tramway survenues en marge de manifestations de "gilets jaunes". "Durant les deux premiers week-ends de janvier, les dégradations ont touché (...) une partie du chantier", précise la communauté urbaine qui avait annoncé début janvier avoir porté plainte. L’agglomération avait également annoncé avoir porté plainte début janvier pour des dizaines de milliers d'euros de dégradations, suite à une manifestation, sans communiquer de chiffrage plus précis.

À Bourges, “100 000 euros qu’on ne mettra pas ailleurs”. Remplacement du mobilier urbain cassé, réfection des enrobés qui ont souffert lorsque des poubelles ont brûlé, les salariés qui ont travaillé au soir et les nuits suivant les manifestations : au total, la mairie de Bourges enregistre une facture de 100 000 euros, pour les deux manifestations importantes qui ont eu lieu à Bourges. Une somme importante “qu’on ne mettra pas ailleurs” regrette au micro de France Bleu Berry le maire, Pascal Blanc. 

Toutes les villes n’ont toutefois pas encore estimé l’impact que feront peser les débordements du mouvement des “gilets jaunes” sur leurs budgets, c'est le cas par exemple de Nantes, Strasbourg, Lyon ou Marseille. Il ne faut pour autant oublier les communes plus petites qui ont eu à leur charge la réhabilitation de rond-points détériorés par l’occupation de “gilets jaunes”. Lorsque les dégâts sont importants, les frais de remise en état peuvent coûter jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros.

Une agence bancaire protégée par de grandes planches de bois à Bordeaux.
Une agence bancaire protégée par de grandes planches de bois à Bordeaux. © Radio France / Xavier Demagny

Les commerces et les banques, les autoroutes

Les commerces ont également souffert, notamment ceux de centre-ville. Selon les informations fournies par les élus locaux, le ministère de l'Économie a estimé les "pertes de chiffres d'affaires de -20% à - 40% pour les commerçants et parfois -60% pour les commerces de centre-ville qui n'ont pas d'autre choix que de fermer leur activité samedi après samedi". Le bilan des soldes d’hiver est aussi très mitigé et elles n'ont pas permis de compenser la perte de la fin d’année 2018. Mi-février, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) a affirmé que le mouvement des “gilets jaunes” avait provoqué une “catastrophe” pour les petits commerçants, évoquant 70 000 personnes en “activité partielle”.

Les banques ont aussi été touchées. Vitrines brisées, taguées ; les établissements prennent désormais très souvent leurs précautions les veilles de manifestations en se barricadant. Une protection préventive qui a un coût certain, mais, contactée par France Inter, la Fédération bancaire française indique ne pas avoir d’éléments précis à nous communiquer.

Incendies et péages gratuits. Mi-décembre, la société Vinci avaient enfin indiqué que les opérations de “gilets jaunes” aux péages autoroutiers allaient lui coûter des dizaines de millions d’euros.

Un plan d’action pour les villes ? 

Le gouvernement a indiqué aux maires des villes les plus touchées par les débordement en marge des manifestations de “gilets jaunes” qu’il allait mettre en oeuvre un “plan d’action” pour aider les commerces en difficultés et soutenir les villes qui réparent chaque semaine les dégradations. Début février, le Premier ministre Édouard Philippe avait annoncé qu'il allait débloquer une enveloppe de trois millions d’euros de soutien aux villes touchées.

Président de l’association et maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc a demandé une "prise en charge totale ou partielle" du coût des dégradations, des charges additionnelles occasionnées (comme le nettoyage de la voirie après les manifestations) et des pertes de recettes. Il a aussi demandé que "les dépenses de fonctionnement engagées pour faire face à la situation soient retirées du périmètre de la contractualisation" des relations entre les communes et l'État, les communes ayant une obligation de réduction de leurs dépenses. Le Premier ministre avait évoqué le déblocage de trois millions d’euros dans une lettre à la maire de Rennes, mais les maires réclament une somme plus importante. 

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, doit recevoir les représentants de France urbaine le 7 mars. Il doit présenter ce jour les tenants et aboutissants du plan d’action. 

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