Ils sont plus de 300 soignants venus d’autres régions à renforcer ce week-end les hôpitaux parisiens, selon l’ARS IDF. Certains ont répondu plus tôt à l’appel du directeur général de l’APHP, comme Alexandra, infirmière de 32 ans qui a quitté sa famille à Mâcon pour s’engager au moins 5 semaines.

Alexandra, 32 ans, a répondu à l'appel de l'APHP et travaille depuis une semaine dans le service réanimation de l'hôpital Bichât
Alexandra, 32 ans, a répondu à l'appel de l'APHP et travaille depuis une semaine dans le service réanimation de l'hôpital Bichât © DR

Cela fait une semaine qu’Alexandra travaille de nuit en réanimation à l’hôpital Bichat de Paris. Ses nouveaux collègues parisiens lui sont reconnaissants d’avoir laissé sa famille à Mâcon pour les épauler dans la crise : un engagement naturel pour Alexandra.

FRANCE INTER : Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

ALEXANDRA : "En tant que professionnelle de santé - et de cheftaine chez les Scouts et Guides de France également - l'altruisme et le don de soi font partie de mes valeurs et de celles que j'essaie de véhiculer. Donc, je ne me voyais pas du tout rester sur mon canapé en voyant autant de souffrance chez mes confrères et les patients d'Île de France. Même si ça m'a emmené loin de mon foyer, je pense qu'à un moment donné il faut savoir où sont ses priorités. Chacun doit faire ce qu'il peut. En ce temps de crise, moi c'est d'aller en première ligne pour aller aider les gens." 

Comment vos collègues de l'APHP vous ont accueilli ? 

"J'ai été accueillie avec beaucoup de bienveillance. Les gens étaient presque choqués que je vienne de si loin pour les aider. S'il y a assez d'infirmiers, et si le matériel suit, le lit de réa sera peut-être disponible pour quelqu'un qu'on aurait refusé autrement. Parce que les infirmiers qui font de la chirurgie et de la médecine ne peuvent pas être mis en réanimation comme ça, du jour au lendemain. Il y a beaucoup de machines, on gère la vie de nos patients de façon très pointue. Et malheureusement, il faut avoir vraiment des capacités techniques de compréhension de ce qu'on fait à chaque seconde. Il faut au minimum un à deux mois de formation." 

Comment allez-vous, vous après cette semaine de travail ? 

"Fatiguée, fatiguée forcément. Physiquement, du fait d'être en décalage. Fatiguée aussi, parce que c'est quand même lourd. On ne s'arrête jamais. On piétine toute la nuit, on court de chambre en chambre, avec des poussées d'adrénaline quand un patient décroche et qu'il faut rentrer en urgence dans sa chambre pour essayer de savoir ce qui se passe. Et d'ailleurs, pas forcément bien protégés quand ça se produit. Parce que quand votre patient est en train de s'étouffer dans son tube d'intubation, soit vous rentrez rapidement pour l'aider à respirer, parce que les secondes sont très longues pour lui. Soit vous prenez le temps de vous habiller correctement pour vous protéger et lui ne va pas bien pendant ce temps-là. Psychologiquement, c'est difficile aussi, parce que ce ne sont pas des chiffres, comme on entend à la télé, ce sont des gens, des familles entières, des histoires de vie qu'on essaie de sortir de là et donc forcément, ça nous affecte aussi quand ça ne se passe pas bien et qu'on les perd."

Avez-vous assez de masques ?

"Quand on arrive à 19h et que les cadres, gentiment, nous apportent nos boîtes de masques en nous disant 'vous avez une boîte de FFP2 et une boîte de masques chirurgicaux pour toute la nuit', ça donne le tempo de ce qui va se passer, c'est à dire que le masque FFP2 qu'on est censé enlever normalement - selon le protocole - à la sortie de chaque chambre de patient contaminé, on va le garder pendant des heures sur le nez. On en a suffisamment seulement pour pouvoir en changer deux à trois fois dans la nuit. Parce que forcément, si on s'est pris des gouttelettes sur le masque, qu'il a été souillé, il faut l'enlever. Donc oui, on manque un peu de matériel. J'espère que ça ne va pas s'accentuer".  

Avez-vous des craintes ?

"Ce qui nous fait le plus peur, c'est la deuxième vague. Donc, pour l'instant, parler de pic, c'est compliqué. En sachant qu'on fait déjà des choix de patients, quand ils sont en réanimation. 

J'ai été vraiment choquée en arrivant à Paris, de voir qu'il y avait autant de gens qui se promenaient dans les rues. Encore hier, sur une vingtaine de minutes de marche jusqu'à mon travail, j'ai croisé des centaines de personnes, des personnes qui toussaient même et zéro contrôle. Ça fait une semaine que je suis sur Paris, j'ai eu zéro contrôle et je trouve ça grave, parce qu'en fait, les gens qui sont dehors actuellement, sont des gens qui risquent d'être notre deuxième vague d'ici 15 jours, trois semaines."

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