Nice-Matin a publié ce mercredi un article compilant les messages "ignobles" postés sur sa page Facebook par certains internautes. Un procédé déjà utilisé par Nord Littoral et L’Union. Avec quels effets ?

En publiant les commentaires avec le nom de leurs auteurs, Nice-Matin explique vouloir dénoncer les trop nombreux messages "malveillants, injurieux, cruels, racistes et sexistes"
En publiant les commentaires avec le nom de leurs auteurs, Nice-Matin explique vouloir dénoncer les trop nombreux messages "malveillants, injurieux, cruels, racistes et sexistes" © Maxppp / LP/ Matthieu de Martignac

"La semaine dernière a été la fois de trop". Dans un article publié mercredi 31 juillet, la rédaction de Nice-Matin dénonce les nombreux commentaires racistes, homophobes et sexistes, déversés sur les réseaux sociaux en réaction à ses publications. Pour frapper fort, le quotidien azuréen a donc décidé de publier les messages "ignobles" postés sous les photos des mariages du week-end - dont deux étaient des mariages homosexuels – avec les noms de leurs auteurs.

"Des homos en pagail kelle monde de dingue. C est beau le modernisme 2019. Berk berk", écrit ainsi un internaute. "Ils sont vraiment trop beaux et vraiment je leur souhaite plein de bonheur… de tout cœur. Cependant, très directement et sans polémique… ça devient compliqué pour la reproduction… à méditer pour un monde qui se cherche", renchérit par exemple un autre lecteur.

"Nous nous efforçons de modérer les commentaires régulièrement, malheureusement certains peuvent échapper à notre vigilance", explique la rédaction de Nice-Matin, qui souligne son "attachement au respect de chaque être humain" et dit ne pas se reconnaître dans ce torrent de haine, cette "homophobie archaïque".

Avant de rappeler que l’injure est punie de 12 000 euros d’amende, y compris si elle est diffusée par écrit, dessin ou image. Si le caractère homophobe ou transphobe est retenu, la peine encourue est portée à six mois d’emprisonnement et 22 500 euros d’amende. 

"Mur de la honte"

D’autres journaux ont déjà fait de même. L’un des précurseurs est le tabloïd allemand Bild. En octobre 2015, alors que le pays était confronté à une vague de réfugiés sans précédent, le journal le plus vendu d’Allemagne publiait son "mur de la honte" : sur une double page étaient ainsi compilés les commentaires laissés sur la page Facebook de Bild. On y découvrait alors les noms de famille, les photos de profil et les lieux de résidence des internautes concernés. 

L’idée a fait des émules de l’autre côté du Rhin. Quelques semaines après Bild, le quotidien du Calaisis Nord Littoral recourait au même procédé, écœuré par les messages xénophobes découverts jour après jour. 

Pour quels résultats ? 

Cela n'a pas été sans conséquences sur la vie du journal. Certains membres de la rédaction ont reçu des menaces de mort. "Clairement, nous avons perdu des lecteurs", constate aujourd'hui Philippe Hénon, rédacteur en chef de Nord-Littoral. "Pas uniquement à cause de cette opération, mais aussi plus globalement pour notre traitement des sujets liés aux migrants. Mais on est contents de l’avoir fait. C’était important pour nous"

Depuis, le quotidien local a mis en place une équipe de modérateurs au sein même de ses lecteurs. Ils sont chargés d’alerter l’équipe de rédaction s'ils découvrent des messages haineux sur la page Facebook de Nord Littoral. "À nous ensuite de décider si nous supprimons le commentaire en question", explique Philippe Hénon.

S’ils étaient une douzaine au début, ces lecteurs-modérateurs ne sont aujourd’hui plus que trois ou quatre. Mais selon Philippe Hénon, le ton des commentaires est globalement moins virulent. "Mais cela tient sans doute aussi au fait que les migrants ne sont plus au cœur de l’actualité", estime-t-il. Le journal admet par ailleurs ne pas publier sur les réseaux sociaux certains articles susceptibles de susciter des commentaires racistes.

En 2016, L’Union dénonçait également dans ses pages le torrent de messages homophobes postés après la dégradation d’affiches de prévention contre le Sida à Châlons.

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