Pour la seconde Nuit des solidarités, jeudi soir, 2000 bénévoles étaient mobilisés dans la capitale. 150 agents de la RATP ont sillonné les stations du métro parisien, à la rencontre des sans-abris qui y passent la nuit.

Les agents bénévoles de la RATP distribuent des livrets. À l'intérieur, un répertoire de structures où "se nourrir", "se loger", "se soigner" etc.
Les agents bénévoles de la RATP distribuent des livrets. À l'intérieur, un répertoire de structures où "se nourrir", "se loger", "se soigner" etc. © Radio France / Léa Guedj

Munis de leurs questionnaires, une petite équipe de cinq agents de la RATP débarque sur les quais à 21 heures. Objectif : recenser le nombre de personnes sans-abri et sédentaires dans le métro, mais surtout, établir un répertoire de leurs besoins. "C’est une première écoute, explique Monique Gautry, on demande depuis quand ils sont sur le réseau, leur histoire de vie." "De quoi avez-vous besoin ?", questionne sans cesse la chef d'équipe, tout en cochant les cases sur sa liste : un repas chaud, des produits d'hygiène, un accès à internet, des soins, un hébergement...

C’est une sorte de confort qu’on n’a pas dehors.

Sur la ligne 10, ce soir-là, entre la station Gare d'Austerlitz et Segur, ils étaient dix-huit. Des hommes, entre 25 et 65 ans, qui s'apprêtent à passer une nouvelle nuit rythmée par le ballet des trains et la litanie des annonces des hauts parleurs pendant quelques heures encore."Les bruits de métro, ça m’a rendu un peu dingue au début, mais on s’habitue", concède Franck, 26 ans. Arrivé dans la rue à la suite d'une rupture familiale, il y a trois ans, il a rapidement fait le choix de s'installer dans le métro, plutôt que de rester dehors. "Dehors, il fait froid (...) Ici, j'ai mon coin, je m'y sens bien", assure le jeune homme assis au sol, au bout du quai. Un lieu clos, où il craint moins de "faire de mauvaises rencontres".

Chaque jour, des agents de la RATP recensent environ 300 personnes sédentaires dans le métro. Près de 10 % des personnes sans abri, à Paris.
Chaque jour, des agents de la RATP recensent environ 300 personnes sédentaires dans le métro. Près de 10 % des personnes sans abri, à Paris. © Radio France / Léa Guedj

"Ici, il y a la chaleur, c’est primordial. Et puis, on peut disposer ses affaires au sol. C’est une sorte de confort qu’on n’a pas dehors", ajoute Franck. Son CAP de charcutier-traiteur en poche, il s'apprête à passer un entretien dans une boîte d'intérim dès le lendemain. Sa principale préoccupation : "rester propre". Il prend régulièrement des douches dans des structures associatives, "ça aide". Sous ses couvertures, il conserve précieusement son dossier avec tous ses papiers, sa lettre de motivation et son CV... Là, sous la voûte de briques blanches, il peut disposer ses affaires plus librement autour de lui. 

36 sec

Un échange entre Franck, sans abri, et un bénévole de la RATP

Par Yann Gallic

Le métro, lieu de socialisation

Tout comme son compagnon d'infortune, Pierre, 24 ans, préfère le métro à la rue, et même aux structures d'hébergement. "La dernière fois que j'y ai passé une nuit, j'ai attrapé la gale, on m'a volé mon téléphone et j'ai pris un coup de bouteille !" déclare-t-il aux agents. Sur le même quai tous les jours, certaines personnes qui empruntent ce métro quotidiennement finissent par bien le connaitre. "Ils viennent me voir spontanément, ils me donnent des choses", dit-il, tout juste revenu d'une discussion avec une jeune voyageuse. Une solidarité vitale pour Pierre, sans aucune autre source de revenus depuis six ans qu'il n'a plus de toit sur la tête.

Jusqu'au 5 mars, le recueil social de la RATP met à disposition un hébergement d'urgence ouvert à 90 personnes sans abri, à Porte de Choisy.
Jusqu'au 5 mars, le recueil social de la RATP met à disposition un hébergement d'urgence ouvert à 90 personnes sans abri, à Porte de Choisy. © Radio France / Léa Guedj

Même ressenti du côté de celui qui se fait appeler "Président". À quelques stations de là, il est assis sur un banc. Jambes croisées, l'allure élégante, un chapeau soigneusement disposé sur sa chevelure ondulée, le personnage ne passe pas inaperçu. D'ailleurs, lorsque les bénévoles l'abordent, il est déjà absorbé dans une conversation animée avec un jeune voyageur. "Des gens s’assoient à côté de moi, on entame des discussions", raconte-t-il. Sans domicile fixe depuis 17 ans, il a d'abord enchaîné les nuits d'hôtel, avant de faire arrêt sur les quais. Muni d'une carte d'invalidité, ses jambes ne le portent plus. À la question : "Savez-vous qu'il existe des structures d'hébergement, des haltes de nuit ?", la réponse est claire et sans appel : "Je n'irai pas, il y a trop de voyous !". Pour le reste, l'homme a "besoin de tout", notamment d'une connexion internet, car "mon petit plaisir à moi, c'est le cinéma", confie-t-il.

Dangers sur les quais

Emmitouflé dans son sac de couchage, Éric, 62 ans, a lui aussi besoin de tout. "Un vestiaire pour stocker vos affaires ? Des vêtements ? De l'aide dans vos démarches ? Un repas chaud ? Une domiciliation administrative ? Un hébergement ?", l'interroge Monique. "Oui", répond timidement Éric à chacune des questions. Il se dit "touché" par la démarche de ces agents qui se "préoccupent de [ses] besoins". Inhabituel pour cet homme qui entame sa 45e année à la rue. Les yeux encore à demi-fermés, il disparaît à nouveau à l'intérieur de son duvet, se protégeant de la lumière persistante. 

Sous les néons, "les personnes sédentaires dans le métro ne savent plus si c’est le jour ou la nuit", observe Emmanuelle Guyavarch. C'est l'une des raisons pour lesquelles "ça n'est pas un endroit pour vivre", estime la responsable de la mission de lutte contre la grande exclusion à la RATP qui assure se préoccuper du "bien des personnes sans abri, même si on tient compte, bien sûr, de l'insatisfaction des voyageurs". Dans le métro la nuit, de nombreux "dangers" menacent leur sécurité : "les lignes de métro sont électrifiées au sol, il y a un risque qu’ils tombent sur les voies. Et puis, il y a des trains de maintenance qui circulent sur les voies la nuit", détaille-t-elle.

Lors de la première Nuit des solidarités, l'an dernier, 3035 personnes sans abri avaient été dénombrées à Paris. Une opération de "visibilité" qui a permis de "faire évoluer le point de vue des voyageurs" sur les personnes sans abri dans le métro, estime la RATP. Cette année, d'avantage qu'un dénombrement, il s'agit d'avoir "une meilleure connaissance de leurs profils pour adapter notre réponse".

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